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AU BARON DES ADRETS

Copie. Bibl. imp. Coll. Dupuy. Vol. 1O2.

Monsieur, nous sçavons bien que Dieu pour nous tenir en bride, attrempe tousjours les joyes qu'il nous

* François de Beauraont, baron des Adrets, un des principaux chefs du parti protestant qu'il déshonora par ses cruautés. — « C'étoit, dit Bèze, un homme vigilant au possible, hardi et heureux entrepreneur, et vrayment doué de plusieurs qualités requises en un

donne de quelques fascheries qui sont meslées parmi, et pourtant nous n'aions pas esté trop esbahis d'ouïr qu'on eust excédé mesure au changement qui est advenu à Lyon. Et combien qu'il nous ait fait mal qu'on se fust donné trop de licence en quelques endroits, toutesfois nous avons porté cela paisiblement. Mais depuis que vous estes arrivé pour avoir la superintendance des affaires, il est bien temps qu'on se modère, et mesmes que ce qui estoit confus soit remis en bon ordre. En quoy nous ne doutons pas que vous n'ayez travaillé soigneusement tant que vous a esté possible. Mais comme la charge est bien pesante et difficile, nous pensons bien que vous ne pouvez pas remédier à tous les maux qui vous desplaisent, comme il seroit à souhaitter. Si est-ce, Monsieur, qu'il vous y faut esvertuer, et surtout à corriger un abus qui n'est nullement supportable, c'est que les soudarts prétendent de butiner les calices , reliquaires, et tels instruments des temples. Qui pis est, on a rapporté que quelqu'un des ministres s'estoit fourré parmi, jusqu'à en exposer en vente quelque quantité. Mais en premier lieu, si cela advenoit, il y aura un horrible scandale pour diffamer l'Evangile , et quand la bousche ne seroit point ouverte aux meschants pour blasphémer le nom de Dieu , si est-ce qu'il n'est pas

grand capitaine, mais au reste extrêmement ambitieux et cruel, lesquels deux vices obscurcissaient le lustre de ses autres vertus, et finalement luy eussent fait perdre conscience et réputation. » — Hist. eccl., t. III, p. 224. Après la prise de Lyon par les huguenots, le baron des Adrets s'empara du gouvernement de cette ville qu'il dut remettre bientôt après entre les mains de M. de Soubise. Mécontent du prince de Condé, il entra en négociations avec la cour, redevint catholique, et tourna ses armes contre son parti. Il mourut en 4586, également réprouvé par les deux Eglises.

licite, sans auctorité publique, de toucher à un bien qui n'est à aucune personne privée. Et de faict nous sommes bien certains que Monsieur le Prince de Condé et tous les bons seigneurs qui tiennent nostre party, non-seulement désavoueront tel acte, mais le détestent, d'autant que c'est pour exposer en opprobre la cause qui est si bonne et saincte de soi, et la rendre odieuse. Nous sommes bien persuadez que vous ne voudriez point souffrir telles violences et extorsions, et que, sans estre beaucoup sollicité, vous serez prest et enclin à y mettre la main. Mais le seul moyen d'y pourvoir est, ce nous semble , de faire publier par les carrefours que tous ceux qui auront pris de tel butin ou en auront celé et caché , rapportent dedans huict jours ce qu'ils en ont, sur peine d'estre coulpables de larcins, et estre punis comme larrons ; et que tous ceux qui sçauront ceux qui en détiennent ou occupent, ayent à le déclarer dedans le dit terme, sur peine d'estre punis comme receleurs. Si tout le mal ne s'amende par cela, si est-ce qu'au moins le remède ne sera point inutile, et cependant vous clorrez la bouche aux médisants en tant qu'en vous sera.

Nous n'avons pas fait difficulté, Monsieur, de vous en mander privément nostre advis, et vous prier et exhorter au nom de Dieu de vous y employer vertueusement, selon que le cas le mérite. Sur quoy, Monsieur, après nous estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce, nous supplierons nostre bon Dieu vous tenir en sa protection , vous munir de sa vertu et vous accroistre en tout bien. De Genève, ce 13rae may (1562).

AUX SEIGNEURS DE BERNE

Original. Signature autographe. Arch. de Berne.

Magnificques , puissans et très redoubtés seigneurs , après vous avoir présenté mes très humbles recommandations, je vous prie me tenir pour excusé, si je m'ingère à vous escrire de rechef, d'autant que la nécessité m'y contraint, laquelle comme on dict n'a point de loy. C'est pour vous certifier, combien que ce gentilhomme, le seigneur de Sainct-Martin , n'ayt point lettres de créance, toutesfois qu'il est envoyé par Monsieur le Prince de Condé. Car il m'a apporté si bonnes enseignes, que je ne puis faillir à vous en asseurer, s'il vous plaist m'adjouster foy. Et ce que j'en fais n'est pas sans en avoir charge expresse du dict seigneur. Par quoy il vous supplie, magnificques seigneurs, faire entendre aux commis des magnifiques seigneurs de Zuric, Basle et Schaffouze qui seront à ceste journée deSoleure, que vous avez esté advertis que le dict seigneur prince n'a pu autrement dépescher le porteur, qu'en le m'adressant sans lettres, afin que je luy donnasse entrée et accès envers vous , et par ce moyen qu'il soit ouy des ambassadeurs des quattre villes.

* Au dos : A magnificques, puissans et très redoubtés seigneurs, Messieurs Padvoyer et Conseil de Berne.

Retranché dans la ville d'Orléans, le prince de Condé sollicitait activement les secours des princes protestants d'Allemagne et des cantons réformés de la Suisse. Calvin appuyait énergiquement ses démarches auprès des seigneurs de Berne.

Outre la commission qu'il vous exposera, j'adjousteray un mot touchant l'argent des pensions qui a esté arresté à Lion, pource que ce seroit une chose odieuse, qu'il y a bon remède et prompt de le faire délivrer. Mais il faudra que vostre affaire se gouverne par vostre bon conseil, par quoy je vous prie qu'il vous plaise donner instruction à vos ambassadeurs de ce que vous aurez advisé d'estre expédient. Mesmes si cela peut appaiser vos alliés , pour les faire tenir coys sans donner secours \ il y aura bonne provision et hastive.

Sur quoy, magnifîcques, puissants et très redoubtés seigneurs, je supplieray nostre Seigneur vous tenir en sa saincte garde et vous accroistre en toute prospérité. De Genesve, ce seiziesme de may 1562.

Vostre humble serviteur,

Jehan Calvin.

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