‹ LettresChapitre 47 sur 71 · AUX EGLISES DU LANGUEDOC · texte numérisé non relu

AUX EGLISES DU LANGUEDOC

Minute originale. Bibl. de Genève. Vol. 107.

Messieurs, très chers et honorés frères, je vouldrois bien me transporter par delà pour vous faire entendre de quelle affection je vous escripts la présente. Mais puisque le pouvoir de ce faire ne m'est point donné, j'espère que la chose mesme estant bien entendue de vous, suffira pour vous esmouvoir à vous emploier jusques au bout, chacun selon sa faculté. Il est question de trouver argent pour soustenir les gens que Monsieur

* Sans date. La fin manque. Septembre 1562.

Le massacre de Vassy avait donné le signal de la guerre civile. Pendant que le prince de Condé, fortifié dans Orléans, adressait un appel d'hommes et d'argent aux Eglises réformées du royaume (Ilist. eccl.. t. Iï, p. 14), d'Andelot allait solliciter l'appui des princes protestants d'Allemagne, et ramenait un corps de six mille reitres ou lansquenets, avec lesquels il se dirigeait vers la frontière de Lorraine. Il écrivait, le 26 août 1 562, à Calvin : — « C'est chose à quoy il ne se faut point lasser, et tousjours estre importun à chercher les moyens de recouvrer argent, car c'est de cela de quoy nous avons extrêmement affaires, ayant, Dieu mercy, trouvé tant de faveur par deçà envers les princes, que j'espère mener trois mil chevaulx et aultant de lansquenets, et si je les vois tous disposez à se bien et diligemment employer, j'ay esté un temps que je m'en voyois fort eslongné et quasi désespéré... J'espère que nostre bon Dieu se veult encores servir des moyens humains pour favoriser son Eglise... » — Coll. de M. Tronchin à Genève. Calvin s'adressant aux Eglises, les exhortait à pourvoir généreusement aux frais de la guerre provoquée par la violation de l'édit de janvier.

d'Andelot a levez. D'entrer en question ou dispute pour reprendre les faultes passées, ce n'est pas le temps. Car, quoy qu'il en soit, Dieu nous a réduicts à telle extrémité que si vous n'estes secourus de ce costé-là, on ne voit apparence selon les hommes que d'une piteuse et horrible désolation. Je sçay bien, quant tout sera ruyné et perdu, que Dieu a des moiens incompréhensibles de remectre son Eglise au-dessus comme s'il la résuscitoit des morts, et c'est là où il nous fault attendre et reposer, que, quant nous serions abolis, encores tout au pis aller il saura bien créer de nos cendres un peuple nouveau. Cependant nous avons à bien penser si nous ne voulons à nostre escient fermer la porte à sa grâce, de nostre part (ne point) deffaiilir à nostre debvoir. Il est certain que la tardiveté et nonchaîlance, ou plus tost la chischeté des Eglises nous y a apporté plus de dommaige qu'on ne sçauroit exprimer. Plusieurs qui ont espargné une partie de leurs biens, n'ont point esté espargnéz au total. Qui pis est, il y a un nombre infiny de povres gens qui en ont respondu pour leurs vies, combien qu'ils n'en peussent mais. Si ce mal continue, il est bien h craindre que Dieu n'augmente ses verges, et de faict c'est une grande honte que les ennemys de Dieu consument corps et substance pour une meschantc querelle à leur perdition , et que ceulx qui doibvent maintenir la vérité soient si restrains et prestenans [sic).

Mais c'est double honte que la nécessité

(Septembre 15G2.)

Page 1