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HISTORIQUE

de Jarnac et de Montcontour, et suivit la fortune du roi de Navarre à travers toutes les vicissitudes des guerres civiles. Ses services ne furent pas oubliés, et quand la cause pour laquelle il avait vaillamment combattu devint triomphante, il fut nommé successivement chambellan du roi de Navarre , conseiller d'état, gouverneur de Montélimart, lieutenant-général au marquisat de Saluées (1593) \ On voit déjà par ces détails que l'importance du baron du Poët, comme chef du parti calviniste, est de beaucoup postérieure à la mort de Calvin. Mais il s'était déclaré pour la Réforme avant cette époque, et il dut entretenir avec le réformateur des relations dont nous croyons retrouver la trace dans la lettre adressée à un baron du Daupkiné (t. II, p. 522 de ce recueil). Ces relations sont d'ailleurs attestées par une tradition généralement répandue dans la partie méridionale du Dauphiné, et dont on ne peut méconnaître la valeur. C'est à la faveur de cette tradition qu'ont dû naître et s'accréditer dans le pays les fausses lettres frauduleusement insérées dans les archives de la famille du Poët; — à quelle époque, et par quelles mains? on l'ignore.

Est-il besoin de le dire? La seule lecture de ces lettres dans les Mémoires de l'abbé d'Artigny, nous avait inspiré des doutes invincibles sur leur authenticité. Mais ces doutes, équivalant à une certitude morale, ne pouvaient acquérir une certitude scientifique que par l'examen des pièces incriminées. Rien ne devait nous coûter pour atteindre ce résultat. Les archives de la famille du Poët, longtemps conservées dans le manoir seigneurial du Poët-Ceylar près de Dieuîefit, transportées plus tard au château de la Bastie-Roland, sont enfin échues à M. le marquis d'Alissac, de Valréas, dont la bienveillance nous a permis de consulter librement les correspondances que d'illustres successions ont accumulées entre ses mains 2. Entre

1 D'Aubigné, t. Iî, p. 455 et 1140. Aubenas, Notice déjà citée.

2 M. d'Alissac n'est plus au moment où nous traçons ces lignes : mais notre gratitude et notre respect demeurent acquis à sa mémoire pour la courtoisie avec laquelle il a facilité nos recherches.

toutes les pièces qui composent cet héritage domestique où brillent les plus beaux noms, Montmorency, Condé, Chàtillon, Lesdiguières, Henri IV, etc., deux lettres, on le comprend, devaient attirer presque uniquement notre attention. Leur seule vue a suffi pour confirmer tous nos doutes, et pour faire éclater avec une irrésistible évidence la fausseté de ces lettres.

Les preuves à l'appui sont si nombreuses, que notre unique embarras serait de les examiner toutes : il faut se borner à les résumer.

1° Ces originaux de la main de Calvin (c'est Voltaire qui l'assure!) ne sont rien moins qu'autographes. Ce n'est ni l'écriture de Calvin, ni celle de Charles de Jonvillers son secrétaire, ni celle d'Antoine Calvin qui écrivait quelquefois sous la dictée du réformateur pendant les dernières années de sa vie .

2° Si ces pièces ne sont pas de la main de Calvin, on y retrouve bien moins encore son style admiré de Bossuet lui-même, et l'un des plus beaux de notre langue; ce style concis, énergique et fier, cachet d'une individualité forte plus facile à outrer qu'à imiter.

3° De la forme passons-nous au fond, les deux lettres fourmillent de confusions et d'erreurs historiques qui trahissent l'œuvre d'un maladroit faussaire. La première, datée du 8 mai 1547, et adressée à M. du Poét, général de la religion en Dauplriné, décerne ce titre à ce seigneur quinze ans avant l'époque où il se déclara pour la Réforme, et lorsque la foi nouvelle n'ayant en Dauphiné ni une église, ni un soldat, y comptait à peine d'obscurs martyrs. La seconde, datée du 13 septembre 1561, a pour suscription à M. duPoët, grand chambellan de Navarre et gouverneur de Montélimart, dignités dont il ne fut revêtu que vingt ans après, en 1584. C'est un des accusateurs de Calvin, M. Aubenas lui-même, qui nous l'apprend, sans remarquer que la notice qu'il consacre à M. du Poct est la meilleure réfutation de l'authenticité des lettres attribuées au réformateur.

Nous aurions trop beau jeu à poursuivre en détail l'analyse

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de ces lettres. Mais comment aller jusqu'au bout? Comment relever une à une les erreurs, les invraisemblances, les inepties et les énormités de tout genre accumulées à plaisir dans ces pages où l'absurde ne le cède qu'à l'odieux, où les hommes et les choses sont niaisement travestis, où la grande et sainte révolution du XVIe siècle n'est plus, sous une plume effrontée, qu'une farce grossière jouée sur les tréteaux par des histrions sans pudeur! Ici la plume nous tombe des mains! Quand la calomnie anonyme ose attaquer les noms les plus révérés par d'abjectes diffamations, elle ne mérite pas l'honneur d'une réponse; pour la confondre, il suffit de la produire au grand jour. Citer les prétendues lettres de Calvin à M. du Poët, c'est les réfuter !

A Monseigneur, Monseigneur du Poët, gênerai de la religion

en Dauphiné.

Monseigneur,

Qui pourrai à l'encontre de vous résisté ? L'Eternel vous protège, les peuples vous aiment, les grands vous craingnent, les régions les plus éloygnées ressatendent (sic) de vos prouesses. Le ciel vous a sussité pour rétablir dans vos contrées son Eglise. Il ne reste à vous que recueillir la couronne de gloire que vous désiré. Au reste, Monseigneur, avez apparemment su les progrès de la religion en nos pays. L'Evangile est presché en nos vallées, comme en nos villes. Peuples accourent de touttes parts pour recevoir le joug. Dans les missions a esté grandes fruittes (sic) et gaignent maintes richesses. Les apostres n'ont onc travaillé avec tant de fruict, et si les papistes disputent la vérité de nostre religion, si elle dure, ne pourront en disputer à la richesse. Vous seul travaillé sans relâche et sans intérêt. Ne négligez nullement l'agrandissemant de vos moyens. Viendra un temps où vous seul n'aurez rien acquis en ces nouveaux changemens. Il faut que chacun songe à son intérêt; moy seul ay négligé le mien, dont ay grand repentance. Ains ceux à qui ay occasionné d'en acquérir, prendront

soucy de ia mienne vieillesse qui est sans suilte. Vous au contraire, Monseigneur, qui laissez valliantes lignées bien disposée à soutenir le petit troupeau, ne les laissez sans moyens grands et puissants sans lesquels bonne volonté seroit inutille. La royne de Navarre a bien affermy nostre religion en Béarn. Papistes en ont esté chassés entièrement. En Languedoc ont esté tenu maintes assemblées sur nostre croyance . Avec le temps partout seront ouy les louanges de l'Eternel. Je prie le Créateur de vous conserver pour son service, et à moy fournir occasion à vous marquer combien j'affectionne la qualité de Monseigneur,

Vostre bien humble et affectionné serviteur, J. Calvin.

A Genève, ce VIIIe may 1547.

A Monseigneur, Monseigneur du Poyet, grand chambellan de Navarre et gouverneur de la ville de Montélimar à Crest.

Monseigneur,

Qu'avét jugé du colloque du Poissy? Nons avons conduit sûrement nostre affaire. L'évesque de Valence aussy bien que les autres ont signé nostre profession de foy. Que le roy fasse des processions tant qu'il voudra, il ne pourra empescher les presches de nostre foy, les arrangues en public, ne faire autre fruict qu'à esmouvoir peuples desjà trop portés à soulèvement. Les braves seigneurs de Montbrun et de Baumont quictent leurs opinions. Vous, n'espargnez ni courses ni soings; travaillez, vous et les vostres trouveront tour (sic). Un jour honneur, gloire et richesses seront la récompense de tant de peines. Surtout ne faites faute de deffaire le pays de ces zellés faquins qui exortent les peuples par leurs discours à se bander contre nous, noircissent nostre conduitte, et veulent faire passer pour resverie nostre croyance. Pareils monstres doivent estre étouffés, comme fis icy en l'exécution de Michel Servet, Espagnol. A l'avenir ne pensez pas que personne s'avise de

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