‹ Lettres (volume 2)Chapitre 110 sur 163 · A UNE SUPÉRIEURE DÉPOSÉE · texte numérisé non relu

A UNE SUPÉRIEURE DÉPOSÉE

Heureux effets des peines intérieures. — Divers éclaircissements sur la Constitution XVIe. — Qui peut servir de clerc dans l'administration des sacrements. — En quel cas une Sœur tourière peut coucher dans la clôture. — Déposition de la Sainte; élection de la Mère de Blonay.

[Annecy], 1 mai 1641.

Ma très-chère fille,

Certes, votre lettre m'a donné de la compassion de voir l'exercice pénible où Notre-Seigneurvousafait passer; et par ce moyen Il purifie les âmes et leur donne un grand accroissement de mérites, quand elles le portent avec patience et soumission et se gardent de l'offenser, faisant tout le bien qu'elles peuvent; mais je vois, ma fille, que cette infinie Bonté ne vous a pas laissée

combien ses inquiétudes maternelles au sujet de l'établissement de ses deux petites-filles fuient tristement réalisées. Gabrielle de Toulonjon épousa en 1043 le trop célèbre comte Roger de Bussy-Rabutin , dont les brillantes qualités dissimulaient de tristes défauts. Elle décéda en 1040, laissant (rois filles : deux se firent Religieuses, et la troisième devint marquise de Coligny. Marie de Chantai épousa, en 1044, un gentilhomme breton, le marquis de Sévigné, bien dépourvu, pour son malheur et celui de sa jeune femme, des qualités tant souhaitées par la Sainte. Il mourut huit ans plus tard des suites d'une blessure reçue en duel, laissant deux enfants : Françoise- Marguerite, si connue sous le nom de madame de Grignan , et Charles, qui n'eut pas de postérité.

longtemps dans cette angoisse. Voilà une grande grâce, qu'il vous ait donné le sentiment de sa présence et remise dans vos premiers attraits; il faut tâcher de se maintenir dans ce bon état, par une grande pureté et humilité de cœur, par une douce société et condescendance avec vos Sœurs, et par une exacte obéissance. Notre-Seigneur vous a grandement gratifiée dans votre solitude, et le meilleur est la fidélité que sa Bonté vous donne de profiter dans les occasions; ayez-la toujours, ma fille.

Je suis bien aise que vous ayez soin de la santé de votre bonne Mère, car il est vrai que les filles sont fort sujettes à faire beaucoup d'empressements autour de leur Supérieure, lesquels sont quelquefois plus nuisibles que profitables à leur santé; car enfin tant de remèdes et de médicaments ne font que la gâter bien souvent. Je me souviens fort bien de l'avoir vue à N...; je la trouve fort bonne; il serait bien à souhaiter qu'elle eût plus de santé. Certes, il est bien dangereux, quand une Supérieure est si longtemps dans un lit, que cela n'apporte quelque préjudice à la communauté.

Céans, nous ne faisons pas de difficulté de donner au réfectoire des œufs aux Sœurs qui en ont nécessité, le Carême. L'on peut faire comme il est marqué au Coutumier, mettre toutes les Sœurs qui ont besoin de ces particularités en une table. Quand on m'a commandé de manger de la viande en Carême, à raison de mon âge et de mes infirmités, je n'ai pas laissé d'aller au réfectoire, car il est important que la Supérieure ne s'en exempte que le plus rarement [possible], à cause des avertissements et des coulpes. — On peut faire entrer un ami, au lieu du clerc, lorsqu'on porte le Saint-Sacrement aux malades; mais qu'il ne soit pas longtemps sans nécessité dans le monastère. — Il suffit que le Père spirituel étant approuvé de l'évêque donne licence au confesseur, ou même à la Supérieure, de dispenser pour les viandes prohibées. L'on ne doit donner aucun dessert le vendredi au soir, les jours d'abstinence. — Quand on n'a qu'une

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Sœur tourière, on la peut faire entrer pour eoucher au monastère, si elle avait peur.

Aimez bien votre chère dernière place, car Noire-Seigneur s'est fait le dernier de tous les hommes. Posez bien au Cœur de Dieu toutes vos pensées et intérêts, et vous serez une bonne déposée. Ne prenez guère garde aux actions de votre bonne Mère; dans les rencontres, louez-la de sa conduite, mais sans affectation ni flatterie.

Au reste, il faut bien vous dire la nouvelle que je suis déposée de la supériorité, et que nous avons élu pour Supérieure notre chère Mère M. -Aimée de Blonay, qui n'est pas encore ici. Nos Supérieurs ont jugé me devoir accorder ce peu de repos; et de plus ce me sera une consolation de voir agir une Supérieure dans cette maison avant que je meure. Or sus, ma fille, continuez à bien prier Dieu pour moi, et croyez que je vous souhaite du fond de mon cœur le très-précieux don du Saint- Esprit. Qu'à jamais il remplisse votre chère âme! Votre, etc.

LETTRE MDCCLXXXV

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