‹ Lettres (volume 2)Chapitre 109 sur 163 · SON .NEVEU, ÉVÈQUE DE CHALON · texte numérisé non relu

SON .NEVEU, ÉVÈQUE DE CHALON

Pieux souhaits. — Avec quel détachement on doit posséder les biens de ce monde. — Maternelles sollicitudes de la Sainte pour l'établissement de ses deux petitestilles.

vive j jésus!

[Annecy], 17 mai [1041 J.

Mon Très-cher et biem-aimé seigneur,

De tout mon cœur nous prierons et communierons pour vous, à ce qu'il plaiseà cette infinie Bonté bénir votre bonne intention, en l'élargissement de M. votre cher cousin, et réduire tous nos desseins à sa souveraine gloire et au bonheur éternel de votre chère âme. Il m'est impossible, mon très-cher seigneur, de vous souhaiter chose quelconque de ces biens périssables, mais il

est vrai que je sens un grand désir de vous voir riche des grâces et biens spirituels qui ne se flétrissent jamais.

Hélas! notre très-bon Mgr l'archevêque aimait doue trop ses beaux parterres, puisqu'il en chargea une si forte mélancolie ! L'on m'avait écrit qu'il avait reçu cette mortification fort doucement. Son cœur est si bon que je m'assure qu'il tirera grand profit spirituel de celte surprise, que l'affection à ces choses caduques avait jetée sur son esprit. Voilà, mon très-cher seigneur, comme il ne se faut attachera chose quelconque! [Mots illisibles.] Il faut jouir de ce que Dieu nous a donné, mais avec une certaine indifférence qui nous le fasse lâcher de bon cœur quand il lui plaît nous l'ôter. Mon Dieu ! que ces maximes étaient fidèlement pratiquées par feu notre Bienheureux Père, duquel je vous désire si fort une parfaite imitation. Hé! que vous seriez heureux, mon très-cher seigneur, c'est toute la gloire que je vous puis souhaiter.

Quant au fils de M. de la Grave, si votre bonté lui fait fa charité, il faudra qu'il ait la patience de marcher en son rang; mais, mon très-cher seigneur, n'en faites donc plus passer devant lui, s'il vous plail, car je vous assure qu'il est très-bien gentilhomme. Pour M. Roseau de Bourg , certes , je vous en écrivis contre mon gré, aussi ma lettre le sentait bien; mais je ne sus refuser notre chère Sœur de Blonay. A propos , nous l'aurons enfin ici : Mgr le cardinal de Lyon l'ayant relâchée à Mgr de Genève qui la lui demanda comme fille de ce monastère, de quoi nous sommes extrêmement consolées; car enfin c'est une âme tout à Dieu et vraie fille de noire Bienheureux Père.

Pour Dieu, mon très-cher seigneur, considérez bien devant sa Bonté les qualités de l'esprit de ceux à qui vous penserez donner vos nièces; età ceux à qui vous ne trouverez pas le trésor de la sainte crainte de Dieu dans leur cœur, quand ils seraient au reste les plus grands et les plus accopmlis de France, je vous

conjure par les entrailles de la divine miséricorde, de ne les leur point donner. Je ne désire d'avoir aucune voix au mariage de ces chères petites âmes que pour cela. Une personne très.digne de foi, qui connaît M. de Senecey dès son bas âge, m'a dit qu'il avait entièrement l'esprit du monde et de la cour, homme porté aux sens et au vice : quelle considération donc faut-il apporter à cela! Ma Sœur la Supérieure de notre maison de Paris m'a écrit que AI. de la Grange l'avait priée de me demander de sa part si j'aurais agréable que AI. son fils recherchât ma fille de Chantai. Je renvoie cette proposition à Algr de Bourges et à vous, mon très-cher seigneur : je ne connais pas le fils mais sa mère est très-vertueuse; si est bien madame de Senecey, mais l'on dit que son fils ne lui rend point d'obéissance; l'aîné était une perle de vertu en sa condition. Je vous dis mes pensées confidemment. Dieu, par son infinie bonté, veuille de sa sainte main faire ces bénis mariages ! et vous comble des grâces et dons de son Saint-Esprit. Souvenez-vous de moi en vos saints sacrifices, je vous en conjure, et d'aimer toujours celle qui est de cœur, mon très-cher seigneur, votre très-humble et très-obéissante tante, fille et servante en Noire-Seigneur.

[P. iS'.l Je viens de recevoir des lettres de nos pauvres Sœurs de Saint-Amour, qui ne reçoivent rien de vos fermiers. Un petit

1 On lit dans un ancien manuscrit de la Visitation d'Annecy : « Notre sainte Mère avait bien de la compassion de sa petile-fille de Chantai, la voyant si jeune orpheline de père et de mère; et quoique celte petite demoiselle demeurât fort riche et que ce fût un fort bon paiti, la Sainte souhaitait quelle se fit Religieuse et priait Dieu pour cela, et ne perdait pas espérance que cela fût. Elle dit une fois fort gracieusement qu'elle offrait tous les jours à Dieu ses petites-filles de Toulonjon et de Chantai, et elle ajoutait : « Pour Gabrielle (de Toulonjon), je n'ose pas demander qu'elle soit Reliu qieuse, parce qu'elle est à sa mère, qui ne le voudrait pas; mais pour la u petite de Chantai qui n'a point de mère, je l'offre de bon cœur à Dieu , « et ie suis consolée de le faire, me semblant que je lui fais un prou joli « présent. »

On sait que les vœux de sainte J. F. de Chantai n'ont pas été exaucés et

mot de recharge, par charité. Hélas! que je suis en peine de notre très-bon et vertueux Mgr de Sens, que l'on m'a écrit d'avoir la fièvre continue. Dieu, par sa bonté, le conserve à son Eglise! Je vous prie m'en dire des nouvelles; je serais touchée au cœur si cette ferme colonne tombait si tôt!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Lyon.

LETTRE MDCCLXXXIV

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