‹ Lettres (volume 2)Chapitre 112 sur 163 · SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE LYON · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE LYON

La fréquentation des parloirs est dangereuse. — Réception d'une bienfaitrice séculière. — Décès de Mgr de Bourges. — Élection de la Mère M. A. de Blonay.

VIVE y JÉSUS !

[.lunecy], -29 mai 1641.

Ma très- chère fille, Voilà des lettres pour nos Sœurs de Provence qu'on m'a priée de vous adresser. Il faut que vous soyez soigneuse et cordiale

envers les maisons, car elles se louent de votre fidélité à leur faire tenir les lettres. Je vous assure, ma fille, que cela me console et soulage. Faites toujours la charité de bon cœur, et à elles et à moi, je vous en conjure. C'est une grande infidélité et manquement de charité d'être négligente à faire tenir les lettres qu'on adresse dans nos maisons, surtout en celle-ci, où d'ordinaire on demande des avis.

Il faut que je vous congratule grandement de ce que vous me dites, que jamais vos parloirs ne furent moins fréquentés que maintenant, et que vous n'y allez point par plaisir. 0 ma fille très-chère! que voilà qui va bien. Certes, la grande fréquentation des parloirs est un mal plus dangereux qu'on ne saurait penser; il n'est pas croyable combien la bonne odeur des maisons religieuses s'évapore par là, et comme l'esprit intérieur se dissipe. Il faut voirement y aller quand le devoir, la charité, l'utilité et la douce condescendance le requièrent, et y paraître douce, suave et cordiale, mais non jamais gênée. — Pour ce que vous dites de la vocation de cette damoiselle à se retirer chez vous, qu'elle est un peu sur les considérations humaines, je vous dirai, ma fille, que Dieu se sert quelquefois de quelques afflictions et déplaisirs pour retirer lésâmes du monde; et que, ne se présentant pas pour être Religieuse , ains bienfaitrice séculière, quoiqu'il fût à désirer que ses intentions fussent si pures qu'il n'y eût que le seul motif du pur amour de Dieu , néanmoins, si d'ailleurs elle a des bonnes conditions d'esprit, il n'y faut pas tant faire de considérations que sur celles qui veulent faire profession.

Il faut avant de finir, que je vous prie, ma fille, de faire appliquer une messe et faire prier pour l'àme de feu Mgr l'archevêque de Bourges, mon seul frère, qu'il a plu à Dieu retirer à soi le 13 de ce mois ; sa fin a été très-heureuse. Priez bien ce divin Sauveur pour moi, afin que je me dispose à faire aussi mon passage selon sa divine volonté. J'avais dix-huit mois de

plus que ce cher défunt, et voici que je me porte bien. Dieu me fasse la grâce que tous' les moments de ma vie soient à sa gloire !

Au reste, il faut que vous bénissiez Dieu avec moi. Enfin nos chères Sœurs, après s'être prou défendues, m'ont accordé, par l'ordonnance de Mgr notre digne prélat, d'être déposée pour avoir un peu plus de temps pour vaquer à mon avancement, et à correspondre à nos chères maisons qui s'adressent à moi avec tant de bonté. Nous avons élu noire chère Mère M. -Aimée de ftlonay, laquelle nous attendons aujourd'hui, et qui sera consolée, comme je l'espère, au service de celte communauté qui est très-bonne. Je salue la votre très-chère et conjure ces bienaimées Sœurs de se renouveler tous les jours au désir d'être bien humbles et fidèles à Dieu.

LETTRE MDCCLXXXVII

A LA MERE MARIE -MARGUERITE MICHEL

SUPÉRIEURE A FRIBOUIir,

Prière d'être très-réservée dans la réception des sujets. — Lettre du Roi en faveur du monastère de Fribourg. — Arrivée de la Mère de Blonay. — Mgr de Genève ne permet à personne l'entrée du monastère d'Annecy, pas même à madame de Ton Ion j on.

VIVE f jrésus!

[Annecy. 30 mai 1641].

Nous avons vu ce que vous écrivez à ma Sœur la Supérieure de Thonon , touchant la réception de ces filles, ce qui me fait vous supplier, au nom de Notre-Seigneur, de ne vous pas engager à en recevoir davantage que celles que vous avez, surtout de celles qui ne sont pas du lieu; car, ma chère fille, je crains extrêmement qu'étant chargée d'un si grand nombre de filles, les maisons où vous les voulez mettre' ne se trouvent

dans l'impuissance de les pouvoir foules loger. C'est pourquoi, ma chère fille, je vous prie derechef de ne vous pas tant engager à en recevoir. Donnez-moi cette consolation.

Voilà votre lettre de recommandation du Roi, qu'avec l'aide de M. l'ambassadeur, par l'entremise de madame sa femme qui vous est si affectionnée, vous ferez valoir le mieux que vous pourrez. îl y en a une autre à M. l'ambassadeur, d'un des bons amis de nos Sœurs de Paris. Vous ferez poser le sceau du Roi comme il faut et cachetterez l'autre. Celle du Roi contient plusieurs clauses que je ne sais comme ils les ont comprises; mais on le leur fera entendre le mieux que l'on pourra. Et je crois que si cette recommandation du Roi (ménagée comme j'espère qu'elle sera par M. l'ambassadeur) avec la réception des filles de la ville, n'opère en cette année votre établissement là, il n'y faut plus rien espérer, et c'est le sentiment et la conclusion que m'en donna le Révérend Père Dufour. — Je crois, ma chère fille, que vous aurez reçu par la voie de Turin la procure que ces monastères d'ici vous ont faite, pour recevoir et faire les contrats dotaux de ces quatre demoiselles qui sont entrées chez vous. Nos Supérieurs ont désiré que la chose se passât ainsi, c'est-à-dire conformément à ladite procure , et que les traités étant faits, vous en envoyiez ici des copies collationnées.

Voilà, ma très-chère fille, ce que je puis vous dire maintenant, sinon que nous avons ici notre très-chère Mère M. -Aimée de Blonay , que nous avons élue pour Supérieure, à la grande consolation de toutes nos Sœurs ; elle arriva seulement [hier] à soir. — Priez bien pour moi, ma chère fille, qui vous souhaite le comble des grâces du saint amour, comme étant de tout mon cœur, votre très-humble, etc.

\P. S. ] Pour madame l'ambassadrice, il ne faut pas lui donner espérance d'entrer céans ; car Mgr de Genève ne permet l'entrée à personne, non pas même à ma fille [de Toulonjon]. — Quand je vous dis de ne vous plus engager à la réception d'aucune

4C2S LETTRES DE SAINTE CHANfTAL.

fille, je n'entends pas de quelque sujet extraordinaire qui se pourrait présenter; car pour les autres on les pourrait bien faire attendre.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCLXXXVIII

A LA MÈRE MADELEINE-ELISABETH DE LUCINGE

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