A SAINT-AMOUR
Pressante exhortation d'accepter l'élection que la communauté 4e SainUFIour 3 faite de Sœur Fr.-Augustine Brung,
vive \ JÉSUS !
Annecy, 17 juin 1641,
Mes très-chères et bien-aimées filles,
Voici tout de bon l'occasion de mettre sincèrement la main sur la conscience, puisque ma chère Sœur F.-Augustine [Brung], contre toutes nos défenses, a été élue à Sainl-Flour. Ça été une permission de Dieu, et n'y doit avoir qu'une très-entière impossi? bilité qui annule celte élection. Je vous ai déjà écrit, mes trèschères filles, que je vous conjurais, au nom de Dieu, de vous mettre toutes deux devant sa Bonté et regarder, sans autre égard que celui de la charité, s'il n'y aurait point moyen que ma chère Sœur F.-Augustine allât avec une compagne, au moins pour trois ans, rendre à Dieu le service que sa divine Providence, dont nous ne pouvons pas sonder les desseins , requiert possible d'elle à Saint-Flour, pour le bien de votre maison même. L'intéx'êt de la communauté de Saint-Flour est très-considérable, et encore la satisfaction de Monseigneur de ce lieu-là, qui est un dos bons et dignes prélats qui soient sur la terre. Il désire avec une passion extraordinaire que l'élection qui est faite en ce monastère? dont il est fondateur et vrai père, ne soit point défaite; et, en vérité, ce me sera une rude et sensible mortification si ce digne prélat est désobligé par nous, où il doit trouver toute sorte de soumission et reconnaissance pour les obligations que tout l'Institut lui a.
Regardez, mes très-chères filles, si vous voulez, l'on vous pourra donner de Bourg ma Sœur Aimée-Bénigne [Grossyj, ou
quelque autre que vous jugerez vous être propre; enfin je décharge ma conscience de cela entre vos mains. Si vous pouvez, quoique avec incommodité et grande mortification, lâcher ma chère Sœur F.-Augustine, vous êtes obligée de le faire, espérant que Notre- Seigneur bénira votre démission à sa volontée signifiée : s'il vous est impossible, nous ne voulons pas vous violenter. Le bon M. Guibot va trouver Mgr de Genève qui est hors de cette ville : je lui écris un mot avec entière affection et sincérité de part et d'autre, afin que considérant tout, il ordonne de vous, ma chère Sœur F.-Augustine, comme Père et Supérieur. Je crois pourtant très-assurément que ce sera sans vouloir vous contraindre ni violenter par commandement absolu. Et je me confie à votre affection, mes chères filles, à vouloir suivre les lois de votre saint Fondateur, que vous ferez, pour les conserver, même au delà de votre pouvoir : je vous en conjure de tout mon cœur, et prie Notre-Seigneur vous éclairer de son divin Esprit, afin que sa sainte volonté soit faite, et demeure d'une affection toujours invariable, votre, etc.
Ma chère Sœur F.-Augustine, si vous vous résolvez d'aller à Saint-Flour, allez-vous-en avec M. le confesseur de nos Sœurs.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCXCVI