AUX SOEURS DE LA VISITATION DU MANS
Eloge de la Mère B. M. Bouvart. — Exhortation à vivre dans la parfaite observance, la pureté de cœur et la simplicité de vie, — Demande d'une communion générale pour le 23 janvier suivant.
vive -j- jésls!
[Paris, novembre 1641 .]
J'ai eu, mes très-chères filles, une grande consolation et satisfaction de voir votre chère Mère '. Vous avez grande raison de l'aimer et d'avoir une entière confiance en elle, car c'est une règle vivante, qui vous conduira selon les desseins de Dieu. Elle m'a témoigné avoir tout sujet de contentement de vous; continuez, mes très-chères filles, à lui être entièrement soumises et obéissantes, vivant avec grande pureté de cœur et simplicité de vie, marchant dans la parfaite observance, intimement unies à Dieu et abandonnées à la divine Providence, vous reposant tranquillement en son sein paternel. Je communierai, comme vous le souhaitez, pour vous toutes, à qui je demande aussi une communion générale ce mois [de janvier prochain | au 23e duquel j'entrerai, Dieu aidant, en ma septante et unième année. C'est cet âge, mes chères filles, avec mes infirmités, qui m'ont ôté, aussi bien qu'à vous, la chère consolation de nous voir; mais, comme vous dites bien, nous la recouvrerons, Dieu aidant , dans la sainte éternité , où toutes les petites Visitations seront rassemblées pour n'en faire qu'une grande.
Ma chère Sœur Marie-Augusline [Grasseteau] recevra ici mon très-cordial salut et l'assurance que je l'aime bien chèrement.
Extraite de l'Histoire de la fondation du Mans.
1 La Mère Barbe-Marie Bouvart était du nombre des Supérieures qui se rendirent à Paris pour conférer avec la Sainte.
LETTRE MDCCCXLIV
h MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY
A MOULINS '
Départ de Paris. — Témoignage de respectueuse affection.
vive \ jésus!
[Paris], 8 novembre [1641].
Ma très-honorée et très-chère Madame, Je reçus hier soir votre chère lettre , et sans aucun loisir je vous fais ce billet pour vous dire que lundi, Dieu aidant, nous partons et espérons aller renouveler nos vœux à Nevers , n'ayant su gagner ces deux jours, pour être juste en ma promesse d'espérance, et certes, ma très-bonne et très-chère Madame, pour l'extrême désir que j'ai de me revoir auprès de vous, à
1 Le 1 1 novembre, la Sainte quitta Paris « où, d'après les contemporaines, elle avait paru comme le soleil qui ranime ses feux en s'abaissant sur l'horizon, et semble projeter à son couchant une plus vive lumière. La vieillesse de cette Bienheureuse Mère avait le doux éclat du soir d'un beau jour. Dans chacun de ses actes on voyait un reflet de la sagesse et de la force de Dieu ». Sous la douhle action de l'amour divin et de la pénitence, son être tout entier se transformait en Jésus-Qirist. Ce triomphe de la grâce éclata surtout dans l'insensibilité que montra la Sainte au milieu de l'empressement et des honneurs dont elle fut l'objet en ce dernier voyage. Telle était la foule de ceux qui voulaient la voir, l'entendre, la consulter, qu'elle était obligée de se lever dès trois heures du malin pour trouver le temps de vaquer à ses exercices de piété. Au lieu de s'étonner comme autrefois des témoignages d'une vénération souvent indiscrète, on la voyait ne plus même s'en apercevoir, donner sa bénédiction à quiconque la réclamait, abandonner ses mains à tous ceux qui les voulaient baiser. Absorbée en Dieu, morte à tout ce qui n'est pas Lui, sa pensée ne redescendait vers la terre que pour tout reporter au ciel.
Mais, ainsi surnaturalisée, l'âme de la Sainte n'avait rien perdu de sa tendresse. Chacun remarquait au coulraire que plus elle s'approchait du foyer de l'éternel amour, plus elle y puisait de nouveaux trésors de charité. Toule personnalité terrestre disparaissant à ses yeux, elle ne voyait plus que l'action et l'image divine dans les âmes; elle les aimait en Dieu, d'une ardeur toule céleste, et n'aimait que Dieu en elles. C'est pourquoi jamais son cœur ne s'était montré plus affectueux à l'égard du premier monastère de Paris, où
qui j'ai laissé mon cœur et mes plus tendres affections, je vous en assure, et qu'invariablement et incomparablement je suis et serai sans fin, en vous souhaitant les chères bénédictions de Notre-Seigneur, ma très-chère Madame, votre très-humble, elc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Xevers.
LETTRE MDCCCXLV