SUPÉRIEURE AU PREMIER MOXASTÈRE DE PARIS
Affectueux messages. — Demande de deux exemplaires des Méditations pour
la solitude.
VIVE f JÉSUS !
[Cosne], lit novembre [1641].
Ma très-chère fille,
Nous voici arrivées à Cosne fort heureusement, grâce à Dieu, en espérance d'arriver demain, moyennant l'aide divine, vers nos Sœurs de Nevers. Je vous supplie de faire tenir promptement la ci-jointe à madame de Ville-Savin : c'est une réponse que je lui ai promise. Ma très-chère fille, il me tarde bien d'avoir de vos nouvelles et de celles de ma vraie très-chère fille H. -Angélique que Dieu nous conserve, s'il lui plaît, et il m'est avis que nous serons prou riches. Je la salue avec vous d'une affection incomparable et toutes nos bien-aimées Sœurs, à part notre Sœur l'assistante et la petite L. A. [de La Fayette]. Mon Dieu ! que mon Dieu bénisse tout cela des grâces de son saint amour! Certes, ma fille, mon cœur est tout chez vous.
Notre Sœur l'assistante s'oublia de nous donner deux livres de nos Méditations; nous en avons pris deux chez nos Sœurs de Montargis, et je vous supplie de leur en envoyer deux en la
la grâce produisait des fruils abondants de justice et de sainteté. Les Religieuses pressentaient que cette visite de leur Bienheureuse Mère serait la dernière; et, comme si elle en eût eu la certitude, la Sainle leur dit en les quittant : u Adieu, mes filles, adieu, mes chères filles, jusqii à l'éternité! »
place. — Bonjour, ma très-chère fille, et à ma très-aimée H. A., et à notre bon M. Vincent, quand vous le verrez, el au bon M, Rioton qui me contenta si fort quand je lui parlai, le trouvant tout de cœur pour votre bénite maison et pour tout l'Institut. Ma fille, priez pour celle qui est toute vôtre de cœur.
Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans
LETTRE MDCCCXLVI
A MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY
A MOULINS
Arrivée de la Sainte à Xevers.
vive -J- JÉSUS.'
X'evers, 21 novembre [1641].
Ma très-honorée Madame, Nous arrivâmes hier soir, un peu mal faite d'estomac et toute lasse, ce qui nous fit résoudre, avec le désir de nos chères Sœurs d'ici, de nous reposer quelques jours, afin que vous me trouviez plus brave et plus gaie pour me revoir auprès de vous, que j'honore et chéris plus que ma vie, étant toute vôtre, tout entièrement.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Xevers.
LETTRE MDCCCXLVII
A LA MEME
Prière de lui envoyer une voiture pour se rendre à Moulins.
VIVE f JÉSUS !
[Nevers], 30 novembre [1641]
Ma très-honorée et très-chère Madame, Votre douce lettre a pénétré mon cœur, que Dieu vous a tout dédié et tout à fait donné; et je suis consolée de me sentir tout à fait vôtre, pour être plus intimement et invariablement
sans si ni exception, tout à fait à notre Dieu, avec vous; car voilà notre unique et seule prétention, dont je bénis et remercie l'infinie Bonté.
Nous avions espéré et résolu d'être vers vous, ma très-chère Madame, ce mercredi soir, mais il me prit samedi un détraquement qui m'arrêta au lit tout le dimanche; maintenant, grâce à Dieu, j'en suis quasi toute quitte. Là-dessus, nous renvoyâmes noire litière , de sorte que madame du Bouchage et nous, sommes espérant de votre bonté qu'elle nous enverra de bon cœur le carrosse : je ne les crains point , et ils me sont aussi aisés que les litières. S'il arrive ici samedi, nous serons vers vous lundi, Dieu aidant, ce que je désire fort. Cependant je prie son infinie Bonté vous combler de son saint amour, et suis en tout respect et de cœur, ma très-chère Madame, votre très-humble, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de X'evers.
LETTRE MDCCCXLVI1I
A MONSIEUR BAYTAZ DE CHATEAU-MARTIN
DOYEN DU LA COLLÉGIALE DE VOTRE-DAME d'aXNECY PÈRE SPIRITUEL DU PREMIER MONASTERE DE LA VISITATION
Retour de M. Marcher à Annecy. — Madame de Montmorency est résolue de prendre l'habit religieux.
vive f JÉSUS ï
[Moulins, 1641.] MONSIEUR MON TRÈS-HONORÉ PÈRE,
Nous voici de retour à Moulins et en très-bonne santé, grâce à Notre-Seigneur, et je remercie sa bonté de ce qu'il lui plaît vous y maintenir, ainsi que notre chère Mère Supérieure me l'assure par ses dernières lettres.
Mon très-cher Père, notre voyage de Paris a été fort heureux, et, selon les apparences , utile à nos maisons ; notre bon M. Mar-
cher vous en dira les particularités; il va jusqu'à Lyon conduire madame du Bouchage qui le désire, et de là à Annecy passer son hiver, si vous le jugez à propos, mon très-cher Père; puis il nous reviendra prendre quand il plaira à Monseigneur et à vous. Cependant, j'espère que nous donnerons l'habit à notre chère madame la duchesse de Montmorency, qui est bien tracassée de Messieurs ses parents ' ; mais elle est si vertueuse qu'elle porte tout doucement, et demeure ferme en sa sainte prétention. Je prie Dieu, mon très-cher Père, de vous tenir toujours en sa sainte protection et vous conserver longuement en santé; priez, s'il vous plaît, et je vous en supplie, pour celle qui est en tout respect et de cœur, Monsieur mon très-cher Père, votre, etc.
1 Dès son retour à Moulins , la Sainte était résolue de se consacrer uniquement à former la duchesse aux grands devoirs de la vie religieuse. « Je ne veux plus m'occuper, avait-elle dit, que de conduire au Fils de Dieu la nouvelle Epouse qu'il me confie. Je ne négligerai rien pour la parer à ses yeux de tous les ornements du salut, s'il y a pourtant à ajouter aux admirables traits qu'il a mis en elle de sa divine main ». Dieu ne lui laissa pas le temps de réaliser ce projet. Saisie presque aussitôt de la maladie qui devait l'enlever à la vénération de son Ordre, la Bienheureuse Fondatrice ne put que donner ses derniers conseils à la duchesse et lui fit adopter les trois résolutions suivantes : 1° Restituer à sa famille la dot qu'elle en avait reçue. — 2° Xe pas rendre opulent le monastère de Moulins, de peur que l'esprit de mortification et de pauvreté fût exposé à se perdre au milieu du bien-être. — 3° Retarder sa prise d'habit jusqu'à l'entière conclusion de ses affaires temporelles. Ce retard que l'on pensait alors devoir n'être que de quelques mois se prolongea jusqu'au 30 septembre 1657. Le 6 octobre de l'année suivante la princesse prononça les vœux sacrés. Élue Supérieure du monastère de .Moulins en 1665, elle ne le gouverna qu'une année; mais ce fut suffisant pour prouver à tous qu'elle avait hérité du cœur et de l'esprit de sainte J. F. de Chantai. (Histoire de la fondation de Moulins.)
LETTRE MDCCCXLIX