A UN GENTILHOMME
Saint Augustin ne conseillait à personne de se fixer à la cour. vive -J- JÉSUS.'
Monsieur, Quand je reçus votre lettre, j'étais si mal d'une violente douleur de tête que je n'y sus faire réponse; et maintenant je viens de communier à votre intention de tout mon cœur. J'ai recommandé de tout mon cœur aussi à Notre-Seigneur votre affaire , et supplié sa bonté de vous donner sa sainte lumière, pour
choisir non ce qui sera spécieux aux yeux du monde , mais ce que sa sainte Providence vous a destiné, qui est sans doute, selon mon sentiment, l'emploi le moins périlleux. Je pense avoir ouï dire que notre grand saint Augustin ne conseillait jamais à personne d'aller à la cour, au moins pour s'y engager. Je n'ose avec un si solide avis recevoir aucun sentiment contraire à cela, puisque Dieu m'a donné une affection de vous honorer comme un vrai frère. J'excepte toutefois un commandement ou une semonce cordiale, honorable ou avantageuse, faite par le seul mouvement du Souverain. Voilà pour ce point mes pensées, puisque votre bonté et humilité les désirent avoir.
Quant à l'autre parti, je le trouve incomparablement plus doux et désirable; et même, Monsieur, le Père N... vous le proposant, je craindrais que derechef cela ne le rebutât contre vous. C'est un digne sujet pour vous faire monter à la place que l'on vous avait fait espérer; car, communiquant avec ce bon Père dans la droiture, franchise et confiance, il ne tardera pas de reconnaître en vous les mêmes bonnes qualités et mérites qu'il y avait autrefois. J'espère en Dieu que vous reprendrez en son affection et estime la place qu'il vous y avait donnée. Certes, Monsieur, vous m'avez bien obligée de me faire savoir le retour de ce bon Père envers vous ; cela était tout à fait nécessaire pour votre paix. Dieu m'a donné un cœur qui me fera toujours prendre part à vos biens et à vos maux, bien que je vous sois tout à fait inutile : sa Bonté fasse abonder de plus en plus ses bénédictions sur vous et sur toute voire chère famille, spécialement celle de son saint amour et crainte filiale. Je suis et serai sans fin, Monsieur, votre, etc.
LETTRE MDCCCLXI