‹ Lettres (volume 2)Chapitre 146 sur 163 · A UNE COUSINE · texte numérisé non relu

A UNE COUSINE

Rien n'arrive que par la providence de Dieu. — Combien sont méprisables toutes les choses de ce monde.

Madame ma très-chère cousine,

Je vous assure que votre lettre a touché mon cœur de compassion, vous voyant dans les peines et les pertes où vous êtes; ce sont de grands exercices de patience. Mais, ma très-chère cousine, il faut regarder en cela le très-saint bon plaisir de Dieu pour s'y soumettre doucement; car, puisque la foi nous apprend que rien, rien du tout ne nous arrive que par l'ordre de sa divine Providence, hormis le péché, nous devons croire et espérer fermement que c'est pour notre bien qu'elle dispose ainsi de nous. Cela ne peut être selon le goût de la nature et de la prudence humaine; mais cela doit être selon l'esprit de la foi, nous confiant que Dieu fera tout concourir à sa gloire et à noire profit éternel, qui est ce que nous devons désirer souverainement.

Ma chère cousine, considérez quelquefois le soin que mon cher cousin et vous avez pris pour obtenir votre charge, qui n'est qu'une ombre d'honneur pour une vie périssable, où rien n'est certain ni stable; et ensuite pensez à celui que nous devrions avoir pour acquérir les vrais houneurs et les biens de la sainte éternité Mon Dieu! quand sera-ce que les hommes deviendront sages, et ne s'amuseront plus comme des petits enfants à courir après les fantômes des grandeurs et des richesses périssables! Je ne prétends pas blâmer les justes soins et désirs que l'on peut et l'on doit avoir de conserver les biens que Dieu nous donne, et de nous établir selon notre qualité dans les charges qui nous sont convenables, mais de s'empresser pour

cela, et de s'engager en de grandes difficultés, je crois que c'est s'y procurer de grandes croix. Or je pense que mon cousin et vous êtes trop sages pour avoir fait cela; c'est pourquoi il faut supporter patiemment les peines que vous rencontrez et que vous n'avez pas pu prévoir.

Ce m'est une consolation très-grande de vous savoir dans la douceur de votre union fraternelle avec mon très-cher cousin, votre très-vertueux frère, et sa très-chère petite femme; j'en bénis et remercie Noire-Seigneur, que je supplie vous combler tous de ses grâces, et je vous salue très-chèrement tous ensemble.

LETTRE MDCCCLXII (Inédite)

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