‹ Lettres (volume 2)Chapitre 149 sur 163 · A DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

A DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION

LETTRE AIC AI XXII (Inédite)

Bienheureuse est l'âme qui se laisse dépouiller.

VIVE f JÉSUS !

Ma très-chère fille,

Nous devons adorer en toutes choses les dispositions de la divine Providence , et honorer d'une amoureuse soumission les ordonnances de nos Supérieurs. Puisque les vôtres ont trouvé à propos de renvoyer notre Sœur M. F. et nous de la retirer, il faut croire que c'est pour le mieux. Oui certes, vous êtes toujours ma petite chère Sœur Angélique, à laquelle je souhaite un cœur doux, candide et souple sous la conduite de Dieu et de la bonne Mère qu'il vous a donnée, laquelle ayant beaucoup

de lumière pour reconnaître votre chemin, vous devez suivre avec grande simplicité sa direction. Vous serez bien heureuse si vous vous laissez bien dépouiller à Dieu et à elle : faitesle, ma chère fille, car c'est la voie royale, et vous revêtez de Noire-Seigneur crucifié, c'est-à-dire de ses saintes vertus, de l'humilité, patience, charité et obéissance, qui l'ont accompagné en toute sa vie. Je supplie sa Bonté vous enrichir de ses trésors, et vous, de prier toujours pour celle qui est toute vôtre en son amour. Il soit béni.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Voiron.

LETTRE M CM XXI II (Inédite)

Il faut s'abandonner à l'aveugle entre les mains de Dieu. vive -J- JÉSUS?

Ma très-chère et vraie fille,

Votre lettre, qui me parle de son cœur, remplit le mien d'une très-grande consolation et sujet de bénir Dieu, que je supplie vous tenir dans cette sainte disposition. Oui, ma fille, il faut être invariable, et vous le serez, j'ai celte ferme confiance en Celui qui vous a déjà départi tant et de si précieuses grâces. Il le faut servir à l'aveugle, et, comme disait notre Bienheureux Père, « nous devons regarder Dieu sans nous divertir de Lui, et le laisser faire, suivant sa conduite et ses dispositions, à l'aveugle » . Dieu nous en fasse la grâce, ma toute chère et bien-aimée fille. Hélas! je n'ose regarder arrêtément votre perte! Je la prie toujours, car sans doute elle jouit de notre vrai et souverain Bien. Dieu soit béni Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MCMXXIV (Inédite)

L'âme qui veut reposer sur a poitrine du Sauveur doit se retrancher tous désirs et satisfactions naturelles.

vive -j- jksus !

Encore ce billet, nonobstant mon accablement. Ma très-chère fille, que j'aime votre cœur pour sa grande bonté et franchise; mais que je le désire voir, ce cher cœur, au-dessus de soimême et de toutes ses inclinations naturelles! Ma fille, travaillez à cela, mais sans travail, car il ne faut que simplement lui retrancher ses superfluités de soins, de désirs, de desseins, et le faire reposer tout doucement sur la poitrine amoureuse de son Sauveur, lequel je vois qui le désire et attire à cet état; mais il est impossible d'y parvenir que par l'exercice du retranchement que nous avons dit. Courage, ma très-chère fille, il se faut dépouiller de soi-même, afin de se revêtir de Lui. Je salue la bonne Mère, et votre chère âme que j'aime chèrement.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Charabéry.

LETTRE M C AI XXV (Inédite)

Se tenir humble devant Dieu. — Bonheur d'une âme destituée de toute consolation humaine. — Support cordial du prochain.

vive •*• jésus!

Ma très-chère fille,

Je crois qu'il vous était nécessaire de connaître, par la propre expérience de vos fautes, combien est grand et profond l'abîme de la misère humaine; mais il suffit d'y être tombée une fois, et que cela nous serve pour nous maintenir le reste de notre vie dans la véritable méfiance de notre imbécillité et faiblesse, et dans une entière dépendance de la grâce, reconnaissant que vin. 40

tout notre bien dépend d'elle, et par ce moyen jeter au fond de notre cœur un solide fondement de la véritable humilité et d'une entière confiance en Dieu. Tâchez d'en imprimer une grande estime et désir aux âmes que vous servirez. Conservez précieusement l'amour et connaissance qui vous ont été donnés du bonheur d'une âme destituée de toute consolation, hors de celle d'être toute à Dieu, et ensuite dépouillez-vous, autant qu'il vous sera possible, du désir de l'amour spécial de toute créature, et n'en aimez aucune que de l'amour saint, de la pure charité en Dieu et pour Dieu.

Ne perdez non plus jamais le sentiment qui vous a été donné pour le support et souffrance du prochain, sans vous étonner de quelque, sorte de misère que vous puissiez rencontrer. Cette pratique est un trésor qui enrichira les âmes qui la feront. — Souffrez avec une humble patience ces rébellions de votre partie inférieure. Ne vous regardez point, mais Dieu simplement, et faites fidèlement les actes des vertus extérieures selon que Dieu vous les présentera, et lui dites souvent, quoique sans goût, des paroles d'abandonnement et d'une filiale et humble confiance. Après l'humble soumission, les lumières retourneront; cependant celles de la sainte foi nous suffisent; la divine Bonté ne délaissera point en nous ce qu'elle a commencé.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation d'Aroue (Lombardie).

LETTRE M CM XXVI {Inédite)

La principale prétention d'une Religieuse doit être d'acquérir l'humilité.

vive f jbsus !

31 juillet.

Ma très-chère petite,

Je suis tout aise de revoir un peu votre chère âme que j'aime bien. Sur toutes les prétentions que vous devez avoir, celle de la très-sainte humilité doit tenir le dessus. Je vous prie, ma

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fille, [de] vous y [rendre] attentive, afin que vous rendiez son principal fruit, qui est la parfaite et très-simple douceur et soumission d'entendement et volonté. Vous agissez en l'oraison selon votre naturel qui a toutes ses passions fortes ; car, comme vous savez, de quelque côté que ce soit qu'elles soient émues, vous pâtissez de grandes violences ; c'est pourquoi en l'oraison, comme aux autres occasions, il les faut adoucir le plus qu'il vous sera possible et retenir vos sentiments, conservant seulement la vue et la connaissance des choses qui vous y sont arrivées pour les mettre en pratique, et c'est le vrai fruit qu'il faut tirer de tout cela. Ces mines froides et mélancoliques se doivent éviter absolument, car l'esprit de Dieu est suave et joyeux. Découvrez avec une entière confiance tout votre cœur à votre bonne et chère Mère, et faites fidèlement ce qu'elle vous dira; elle vous conduira sûrement et bien. Je prie Dieu, mon enfant, qu'il vous en fasse la grâce. Croyez que votre bonheur dépend de cette soumission et conduite. Je salue nos chères Sœurs toutes et de tout mon cœur; qu'elles prient pour nous et pour mes enfants qui en ont grand besoin. Ma petite, saluez aussi [mots illisibles] votre bonne Mère et Sœur. Je suis leur servante trèshumble, et la vôtre, ma fille, et plus que cela, toute vôtre en Jésus Notre-Seigneur. Qu'il soit éternellement béni! Jour saint Ignace.

Conforme à une copie de l'original gardé au deuxième monastère de la Visitation de Rouen

LETTRE MCMXXVII (Inédite)

Le cœur d'une Religieuse ne doit point se laisser préoccuper de l'amour des créatures. — Il faut rompre et briser toutes les attaches humaines.

VIVE -j- JÉSUS !

Ma très-chère fille,

J'ai vraiment été touchée de voir que votre cœur, que Dieu a si souvent favorisé de ses divines suavités, se soit laissé préoc-

cuper et si fort saisir de l'affection d'une créature. Oh! que votre misère est grande! Retirez-vous de là, ma très-chère fille, rompez, brisez, et coupez toutes ces chaînes de l'amour des créatures, quelles qu'elles soient, parents ou autres, et vous attachez au seul désir de plaire, aimer et servir notre trèsdébonnaire Sauveur, qui soit béni éternellement de la miséricorde qu'il vous fait de vous donner le désir de vous retirer de ces fâcheux embarrassements. Il vous témoigne en cela son divin amour, ce doux Jésus si amateur des âmes, qu'il ne les peut jamais abandonner tandis qu'il leur voit un brin de volonté de quitter le mal. Bon courage donc, ma très-chère fille , jetez votre confiance en son infinie Bonté, qu'elle vous donnera son sacré secours, pourvu que de votre côté vous fassiez fidèlement ce que vous devez, pour vous déprendre. Je sais bien qu'il faudra que la nature souffre pour cela; mais ne vous étonnez point, ne vous efforcez point de la guérir; souffrez doucement sa peine sans la regarder ni en faire aucun semblant, et tenez votre esprit et votre volonté fermes en Dieu , faisant fidèlement le bien qu'il vous montrera, et non jamais ce que ces fausses et perverses affections vous suggéreront; mais agissez en celle occasion doucement, tranquillement, mais fidèlement. Si l'on vous pouvait faire changer de monastère pour quelque temps, cela vous aiderait; mais, s'il ne se peut bonnement en un des plus proches, ayez courage et force en Dieu, qu'il vous assistera. J'en supplie sa Bonté de tout mon cœur, et vous, de croire que je vous chéris eu son divin amour invariablement , mais je vous conjure de lui être fidèle.

Conforme aune copie de l'original gardé à la Visitation de Voiron.

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LETTRE MC1IXXVIII (Inédite)

Souvenirs affectueux; demande de prières. vive f jksus!

Ma trés-chere fille,

Je ne suis nullement touchée de ce que vous me dites, mais oui un peu de ce qu'il me semble que vous eûtes un peu de répugnance ou mécontentement de ces bonnes Sœurs, qui m'avaient témoigné tant de désir de votre assurance de leur franchise, et affection de vivre en parfaite intelligence et union. Hélas! ma fille, que votre cœur m'est bon, et que je remercie bien Notre-Seigneur des faveurs qu'il vous fait. Je vous prie de recommander le mien chétif à sa Bonté parmi tant de distractions, et qu'il me fortifie pour accomplir sa sainte volonté.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Pielcnhofen (Bavière).

LETTRE MCMXXIX (Inédite)

Explication relative à une affaire temporelle. vive -J- jksus!

Ma trés-chère fille,

Ne vous mettez en nulle peine des blâmes des hommes quand ils sont sans fondement, comme grâce à Dieu ils sont : cela s'en ira en fumée; prions pour les malveillants et demeurons en paix. — Ne croyez nullement que M. le *** se soit réjoui de la perte du procès : celte bonne dame dit cela selon les préoccupations qu'elle a contre lui el ses parleries du monde. Si l'on eût cru le conseil de M. F. l'on eût bien fait, car il me tint parole comme vrai ami, afin que l'on terminât à l'amiable. L'on pensa que c'était qu'il avait peur que votre partie ne fût condamnée, cela n'était pas, car il a toujours cru qu'il l'emporterait sur vous : il m'a promis d'étouffer tout cela, et que l'on

mesurera ses bois, afin que ce qui vous appartient vous demeure selon ses contrats. — Pour Dieu, ne vous mettez plus en peine de vos promptitudes et impatiences : pratiquez ce conseil de notre Bienheureux Père : « Ce que nous ne pouvons amender en nous ni aux autres , remettons-le à Dieu » , et ne nous en tourmentons plus. Faites cela. M. Marcher vous dira le reste. Priez pour moi.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MCMXXX

L'usage de la vue est plus nuisible qu'utile à la vie spirituelle. vive -J- JÉSUS !

Ma très-chère fille , Votre lettre m'a apporté de la consolation pour y avoir vu comment vous prenez en patience votre cécité, et en lirez un si bon fruit, comme est celui de la soumission au bon plaisir de Dieu, qui peut-être a voulu vous priver de la lumière corporelle pour vous faire plus abondamment jouir de la spirituelle, ce qui est un grand motif pour bénir Dieu de cette infirmité. Et, comme disait un Saint à un aveugle, qui était aussi fort vertueux : « Il n'y a pas de quoi se glorifier en cette vue corporelle, qui nous est commune avec les bêtes, mais oui bien nous réjouir en Dieu, qui nous a donné la vue intérieure, qui nous fait connaître et aimer sa Bonté. » Je suis bien aise que nos bonnes Sœurs exercent avec tant de soin leur affection envers vous , que cela vous donne de la satisfaction. Je les estime bien heureuses d'en avoir une si agréable occasion, car il faut que je vous dise ce qui peut-être vous consolera : j'ai toujours fait fort peu d'état de la vue corporelle, m'étant avis qu'elle nuit plus qu'elle n'aide à la spirituelle , si ce n'est pour la lecture des bons livres et quelques autres dévotions. Mais pour tout le reste, il serait

quasi plus à désirer de ne l'avoir pas que d'en jouir , à cause que la vue intérieure en demeurerait plus ferme, plus épurée des objets et solidement arrêtée en Dieu. C'est ce bien-là seul qui me semble souhaitable. Si néanmoins vous vous sentez inspirée de demander votre guérison à Dieu , faites-le , mais toujours avec votre ancienne résignation, et priez pour celle qui est toute vôtre, etc.

LETTRE MCMXXXI

Couseils relatifs à une élection.

vive -J- JÉSUS !

Ma très-chère fille,

Votre paquet précédent, celui du 18e avril, a été perdu, et je n'ai reçu qu'hier celui où vous me parlez de l'élection qui se doit faire en votre maison. La difficulté que Mgr votre digne prélat fait de vous aller proposer pour l'élection, à cause de l'ordonnance de la Règle, m'a grandement fait connaître votre bonheur d'être sous la conduite d'un si saint pasteur, qui est tant affectionné à la conservation de notre Institut; j'en bénis et remercie de tout mon cœur la bonté de Notre-Seigneur. Or, néanmoins je crois que quand il saura la pratique qui s'est faite en ce sujet, pendant la vie de notre Bienheureux Père et depu:s son trépas, qu'il le tolérera, et je l'écris au long à M. de Saint- Germain, ce qui m'empêchera de le répéter ici. Car comme disait ce Bienheureux : « En ce commencement de l'Ordre il est force d'en user de la sorte, à cause de la multiplicité des maisons qui se font, et que pourvu que les filles eussent des bons talents et de la vertu pour la conduite, et que les Sœurs fissent l'élection librement et volontairement, il n'y a point de danger ». Vous pouvez donc être mise sur le catalogue, si mondit seigneur le trouve bon, avec ma Sœur N. , et s'il y a

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encore quelque autre Sœur en votre maison qui ait de la disposition pour le gouvernement, elle y peut aussi être mise. J'espère que le Saint-Esprit présidera sur cette élection, et vous inspirera à chacune ce que vous aurez à faire; et celle qu'il choisira, il lui donnera infailliblement tout ce qui lui sera nécessaire pour bien faire sa charge, et conduira par elle toute la troupe. Car aussi vois-je de grandes difficultés à faire aller une Supérieure en un lieu si loin, et je suis grandement consolée, ma très-chère fille, de voir l'appréhension que vous avez que l'on ne préoccupe les esprits de nos Sœurs à voire considération; car c'est la vérité que le plus simplement que l'on peut aller en cette occasion est toujours le mieux, cela attire les bénédictions de Dieu. Que si néanmoins Monseigneur désire que vous relardiez l'élection jusqu'à ce que vous soyez entrée dans votre cinquième année de profession, vous devez avec toule soumission lui obéir, bien que le moins que l'on puisse laisser une maison sans Supérieure est toujours le meilleur; mais vous ne sauriez faillir en suivant les sentiments et avis de ce saint et digne prélat.

Conforme à l'original gaulé aux Âichives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MCMXXXII

11 faut marcher en esprit d'humilité , opérant le hien que la «jrâce nous montre et évitant le mal avec grand soin

vive -J- Jésus!

Ma très-chère fille,

J'ai fait lire votre grande lettre devant moi par une Sœur de confiance, n'ayant pas maintenant des yeux pour le faire moimême. Je vous vais répondre en toute sincérité aux principaux points que vous me proposez.

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Si comme vous diles, ma chère fille, vous voyez si distinctement les trois parties agir en vous, et que la supérieure tienne le dessus sans s'étonner ni ébranler, voilà qui va fort bien; mais il faut prendre garde à une parole que vous dites, que tandis que cette maîtresse partie tient le dessus, les choses mauvaises qui s'offrent ont leur effet. Ma fille, il faut entendre ceci : si elles font leur effet, seulement vous donnant de la peine et de la souffrance, cela n'est rien ; mais si elles font leur effet en vous et par vous, vous poussant jusques aux actions et paroles, cela ne vaut rien, et le faut corriger; et bien que vous ne deviez pas vous mettre en peine de tous les sentiments d'estime de vousmême et des désirs que les autres vous estiment et emploient, si faut-il que la négligence de tels sentiments soit de ne rien faire de tout ce qu'ils suggèrent, et reconnaître que cela sont des rejetons d'une grande racine d'orgueil qui est en vous, laquelle il faut très-soigneusement arracher par la pratique de la très-sainte humilité, vous tenant très-basse en votre propre estime, vous réjouir dans l'humiliation et les petits emplois, je dis vous réjouir non par sentiment de cette joie, mais par vraie affection à l'humiliation. J'en dis de même de la confiance en Dieu, laquelle il faut avoir intimement, et quoique nous ne la sentions pas, dire à Xotre-Seigneur : Mon Dieu, je me veux confier entièrement en vous.

Je remarque, ma chère fille, qu'en un autre endroit de votre lettre, vous dites que vous êtes tellement à Dieu que vous n'en êtes plus à vous-même et que vous lui dites que vous n'avez plus affaire de rien, non pas même de Lui-même. 0 Jésus! ma fille, il faut que je vous confesse que je n'ai pas agréé celte parole-là! Hélas! Il n'a jamais affaire de nous, mais nous avons toujours affaire de Lui, et si le moindre de tous les moments ce bon Dieu nous laissait, nous tomberions dans l'abîme du nonêtre. Croyez-moi, ma fille, ne vous amusez pointa ces subtilités de spiritualité, qui ne sont rien moins que la spiritualité;

mais suivez le grand chemin de votre Bienheureux Fondateur. Demeurez vraiment sans soin de vous-même , mais dans la dépendance de Dieu , par l'amoureuse acceptation de chaque événement permis par sa Bonté, dans l'humble soumission à ceux qui vous tiennent sa place, très-douce, amiable et serviable envers toutes les Sœurs, et très-méfiante de vous-même, et voilà le nœud et le solide de toute bonne et véritable spiritualité.

Quant à ces paroles si distinctes que vous entendez dans votre tête, ce n'est, à mon avis, que votre imagination qui fait cela; il ne s'y faut pas arrêter, mais s'en divertir doucement. Pour ces connaissances que vous dites avoir après la communion, de la transformation déifique des bienheureux et de toute la grandeur de la Divinité, ma fille, ô bon Dieu! que vous allez haut! toute la grandeur de la Divinité! Tout le ciel ne la peut comprendre , non pas même la Sainte Vierge. Dieu est compréhensible à Lui seul; à nous il convient de l'adorer en toute crainte et révérence, nous contentant de la simple et sainte lumière de la foi.

Ayant trouvé votre lettre un peu subtile et curieuse, je vous la renvoie, et vous prie , ma chère fille, de la faire voir à quelque bon et docte serviteur de Dieu et leur montrer aussi ma réponse; car, comme je ne m'entends pas à ces belles choses, possible pourrais-je ne vous pas bien entendre , ou possible y pourrait-il avoir quelque curieux amusement dans tout cela. Au moins, ma chère fille, il me semble que vous subtilisez un peu trop ; et vous voulez trop voir et trop savoir de choses, et de ce qui se passe en vous. Ma fille , pour bien suivre la conduite de la grâce il faut marcher en esprit de très-profonde humilité, allant toujours devant vous, opérant le bien sans réfléchir, ni sur vous, ni autour d'autrui; c'est par ce droit chemin que tant de Mères et Sœurs que nous avons en l'autre monde sont arrivées au ciel; c'est par là que cheminait la chère défunte que vous regrettez et que je regrette aussi avec sujet; et vous pouvez

connaître, ma fille, par les grands ennuis que vous sentez de sa séparation, que souvent nous croyons d'être tout à Dieu quand nous sommes tout à la créature et tout à nous-même. Il faut donc travailler bien humblement et simplement à votre perfection, et Dieu \Tous bénira.

LETTRE MCMXXXIII

L'amour humain doit être banni d'un monastère. vive f jésus!

C'est un grand amour-propre, ma très-chère fille, de vouloir être tant aimée et se rendre si tendre autour de la Supérieure. Il faut mortifier cela généreusement, recherchant à la bonne observance le saint amour de Jésus sans plus, nous contentant de l'assurance que nous devons avoir, que nos Mères nous aiment autant que Dieu le veut; et cela est assez. L'amour humain doit être banni d'entre nous, et la seule très-sainte et saciée dilection y doit régner, laquelle n'apporte point de jalousie.

Vous me promettez de faire ce que je vous dis, et moi, ma très-chère fille, je vous assure, si vous le faites, que vous serez bientôt remplie de toutes les bénédictions et perfections, ainsi que de tout mon cœur j'en supplie notre bon Dieu, en l'amour duquel je suis, votre très-humble, etc.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry

LETTRE MCMXXXIV

Exhortation à la pratique do l'humilité, de l'obéissance et de la mort à soi-même.

— Rien n'est plus dangereux que les affections humaines.

vue 7 «SUS !

Ma très-chère fille,

Je ne vous puis repondre distinctement sur tout ce que vous me demandez; mais je vous dirai seulement ce que je crois que vous devez faire pour vous rendre agréable à Dieu, et correspondre à ce qu'il désire de vous, qui est de vous adonner sérieusement et fidèlement à l'humilité, simplicité et pureté; car si vous ne le faites pas, je vous avertis que Dieu vous en demandera un compte très-étroit pour les bonnes lumières et dispositions qu'il vous a données, pour le bien servir en la vocation où II vous a mise, et que, comme vous dites, ce n'est pas assez de connaître la volonté du Maître si on ne l'exécute. Au contraire, celui qui la connaîtra et ne la fera pas, sera battu de plus de coups que celui qui ne la connaîtra pas.

Pour l'amour de Dieu, ma chère fdle, commencez tout de bon à mourir à vous-même, à toutes vos répugnances, désirs et pensées; et ne cherchez ni désirez plus rien, sinon que Dieu fasse de vous selon son bon plaisir, et que votre principale pratique d'humilité soit la simple et sincère obéissance à tout ce qui vous sera ordonné. Je vous conjure derechef de prendre bon courage- et vivre dans une parfaite union de volonté et jugement avec votre Supérieure, et une dilection très-cordiale envers vos Sœurs, parlant toujours bien d'elles, et leur faisant tout le bien que vous pourrez.

Quant à M. votre Père spirituel, je crois que vous le devez porter à rendre son affection égale et universelle envers toutes les Sœurs ; car il n'y a rien de plus dangereux que les affections humaines et particulières des Supérieurs et Supérieures envers

les Religieuses. Puis donc qu'il a de la créance en vous, tâchez de l'affranchir entièrement de cette singularité, lui faisant entendre que cela pourrait causer de petites jalousies et envies parmi les Sœurs, et tenez toujours votre cœur ouvert à votre Supérieure de tout ce qu'il vous dira, si ce n'est de sa personne particulière, comme s'il vous disait quelque chose de son intérieur ou des peines qui le travailleraient, il ne serait pas besoin ni à propos d'en aller parler, ni de ses affaires qu'il ne voudrait pas être communiquées. C'est pourquoi, ma fille, vous pourrez garder cette lettre, si vous jugez qu'elle vous puisse servir, et croyez que de tout mon cœur, je suis vôtre et prie Dieu de vous rendre toute sienne. Amen.

Je ne puis pas vous écrire souvent.

LETTRE AICAIXXXV

Pour aller à Dieu il faut se dépouiller de soi-même. VIVE 7 jéscs!

Ma très-chère fille,

Je vous suis bien obligée d'avoir pris la peine et la confiance de m'écrire si particulièrement l'état de votre cœur, lequel je vois n'avoir besoin que de détermination pour correspondre aux inspirations et semonces de Dieu.

Hélas ! ma très-chère fille, si la douce et puissante voix de ce souverain Seigneur ne vous émeut point pour vous tirer de vos misères, ainsi que vous dites, de quoi vous pourraient servir les paroles mortes d'une chétive créature comme moi? Seulement donc je vous conjure, ma très-chère fille, avec les plus tendres affections de mon âme, que vous encouragiez vivement la vôtre à la suite des saintes inspirations; et pour le faire, déchargez- vous, ma fille, et dépouillez-vous du pesant fardeau

de vous-même, et de l'amour humain de toutes les créatures. Vous me direz : C'est ce que j'ai plus de peine à faire. Je le crois bien, ma fille, mais assurez-vous que la difficulté que vous aurez à cheminer avec cette charge sera incomparablement plus grande que celle de vous en défaire tout à coup, outre la perte que vous ferez des biens et vertus inestimables que vous pourrez acquérir par ce moyen. Prenez donc un bon courage, ma chère fille, et déterminez-vous à bon escient de mettre la main à l'œuvre de votre salut. Ne perdez point l'occasion de votre avancement, ni les moyens que Dieu vous donne maintenant, par les exemples et les conseils de votre bonne Mère, qui ne désire rien tant que de vous servir dans cette voie. Dieu vous en fasse la grâce, ma très-chère fille; j'en supplie sa Bonté, et vous, ma fille, de me tenir pour votre, etc.

LETTRE MCMXXXVI

Les premiers mouvements imparfaits ne deviennent coupables que par le consentement de la volonté.

vive f JÉSUS !

Ma très-chère fille, La naïve et sincère déclaration que vous me faites de vos manquements adoucit grandement la peine qu'ils me pourraient faire. Mon Dieu! ma très-chère fille, gardez-vous fidèlement de convertir en œuvres vos mauvaises inclinations; car tout le mal que vous faites [ne vient] que de là, d'autant que je m'assure que Dieu ne vous imputera point vos sentiments et mouvements intérieurs , ains seulement les actions que vous ferez ensuite. C'est pourquoi, encore que vous ne sentiez dans votre cœur ni l'honneur et l'amour dus à votre Supérieure, ni l'amour à vos Sœurs, ni la douceur à demander pardon, tout cela n'est rien; i! n'est que dans votre sentiment, et vous n'en serez nullement

coupable , tandis que vous ne ferez point d'action en suite. Je vous conjure donc, ma chère fille, de retenir les actions et vos paroles , et ne faites que dire simplement que vous ne voulez pas consentir à vos sentiments. Dieu vous bénira, si vous faites ceci. Je conjure sa Bonté de vous en faire la grâce, et vous, ma très-chère fille, de me croire en ceci et me tenir pour toute vôtre en Notre-Seigneur. Qu'il soit béni!

Conforme à u copie de l'original gardé à la Visitation de Xevers.

LETTRE MCMXXXVII

La Sainte la rassure dans des craintes au sujet de sa prédestination. vive f JÉSUS.'

Ma très-chère fille,

Je ne puis emprunter la main de personne pour vous écrire ; car ce que nous avons à dire nous deux, c'est de cœur à cœur. 0 ma fille! je ne sais bonnement de quoi vous vouliez que je vous assurasse , mais je vous dirai bien que tant plus je vois votre cœur s'affermir au désir de prendre les moyens de vivre tout à Dieu , tant plus j'ai d'espérance sainte que la glorieuse Vierge non-seulement ne vous rejettera pas de dessous son manteau , mais qu'elle vous y tiendra à couvert contre toutes les attaques de l'esprit malin. Et non-seulement j'espère, quand je lis les promesses si fermes que vous me faites de croire et suivre entièrement mes petits conseils, mais je me promets et assure de la bonté de mon Dieu, que déjà II vous a établie en grâce, et qu'il vous y conservera en cette vie, et enfin vous fera jouir de son immortelle félicité avec les Bienheureux. Demeurons donc humblement en nos résolutions, et en cette sainte confiance, conservez celle que Dieu vous a donnée, et vous verrez que vous aurez sujet de bénir et glorifier son saint Nom. Votre, etc.

Couforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MCMXXXVIII

Même sujet.

vive f JÉSUS .'

Je viens de lire votre lettre, ma très-chère fille, laquelle me représente fort naïvement l'état de votre cœur, et je vous dis premièrement, que j'ai un sentiment tout contraire à celui que vous avez de la méfiance de votre salut, lequel j'espère avec beaucoup de confiance, regardant la bonté de Dieu et les signes évidents que je remarque dans votre lettre, d'une spéciale Providence et miséricorde divine sur vous. Affranchissez-vous donc de cette crainte préjudiciable à votre âme et désagréable à Dieu. Abandonnez-vous toute et votre salut éternel entre les mains de sa Bonté, lui en laissant le soin; et prenez celui de demeurer dans une humble confiance, cheminant tant qu'il vous sera possible dans une exacte observance, profitant des rencontres qui se présenteront pour la pratique des vertus, à quoi vous ne devez pas attendre d'être attirée puisque Dieu ne vous conduit point par cette voie-là; mais vous vous y devez porter par élection de volonté, laquelle doit être d'une résolution inviolable. Embrassez cette pratique pour le seul bon plaisir de Dieu, qui veut que vous le serviez ainsi avec la pointe de l'esprit, sans consolations ni sentiments sensibles.

Vous ne devez en nulle façon rechercher ni penser pourquoi Notre-Seigneur vous mène par ce chemin épineux, mais vous devez vous y soumettre amoureusement. Vous avez bonne et grande compagnie en cette voie qui est la royale. Il y faut donc cheminer gaiement et royalement, sans jamais se relâcher, ni ennuyer de fortifier votre cœur pour lui faire produire les actes de vertu, quoique sans goût ni sentiment, lesquels n'étant pas en

notre pouvoir, nous ne sommes pas obligées de les avoir. J'espère que Celui qui vous en prive dans ce monde vous comblera de sa sainte suavité en l'autre; c'est ce que mon cœur vous souhaite, comme à ma très-chère fille. Votre, etc.

LETTRE MCAIXXXIX

Conseils de direction.

vivk f jésus!

Ma très-chère fille,

Assurez-vous que ce n'est pas sans mortification de ma part que je souffre la privation de voir votre bonne Mère, qui est une de mes filles plus chères, et vous toutes que j'aime d'un cœur vraiment maternel; mais j'espère que Dieu nous donnera en son éternité le bien d'une éternelle société, et là effacera toutes nos petites douleurs. 0 ma fille! qui m'avez toujours été si chère, quand sera-ce que Dieu me donnera la consolation de savoir que nous vivons au-dessus de la nature , et que vous serez fidèle à suivre les lumières du bien que vous savez! Non vraiment, je ne veux point vous donner de nouvelles pratiques; mais je vous conjure, ma fille ma chère àme, d'employer courageusement celles dont vous avez si bien la mémoire. Pour Dieu, retranchez toutes ces réflexions inutiles et tous ces soins du corps. Tenez-vous au-dessus de tout cela, et vous laissez au soin de la divine Providence et à celui que votre bonne Mère a pour vous ; car faisant tout ce qui sera en votre pouvoir, assurezvous que Dieu ne lairra de vous chérir, bien que vous choppiez quelquefois, pourvu aussi que vous aimiez bien votre abjection. C'est là le vrai bien que je vous désire. Votre, etc.

LETTRE MCMXL

Même sujet.

VIVE f JÉSUS !

Ma très-chère fille,

Je n'obéirai pas à votre bonne Mère pour ce coup, ne pouvant m'empècher de vous témoigner le contentement que j'ai reçu en lisant votre lettre, qui me montre si naïvement l'état de votre cœur. Tout cela va fort bien, ma fille, et avez grand sujet de bénir Dieu qui vous aplanit votre chemin avec tant de suavité.

Il est vrai, ce que l'on vous a dit, qu'il y a des âmes qui rencontrent des grandes difficultés en Religion ; mais, pour l'ordinaire, ce sont celles qui ont vécu au monde avec plus de liberté et de passions fâcheuses, ce que vous n'avez pas fait, par la grâce de Dieu, votre naturel ayant toujours été doux et soumis, et la raison dominante en vous; c'est pourquoi elle se trouve maintenant satisfaite dans la vie et vocation que vous avez choisies, où tout est réglé selon la vraie raison et piété; et pour ce sujet je crois que vous n'aurez jamais plus de difficultés que vous en avez, Mais vous me dites une parole toute d'or et qui m'a fort consolée, qu'après un peu d'ennui que vous eûtes sur ce sujet, vous vous remîtes tout à Dieu, vous confiant que s'il vous donnait des difficultés, Il vous donnerait la force de les supporter; cela est un trait digne de l'esprit de la Visitation. Non, ma fille, n'appréhendez jamais rien, et n'occupez votre esprit aux réflexions, quelque bonne apparence qu'elles puissent avoir : faites avec fidélité ce que Dieu vous présentera en chaque moment et lui laissez le soin du reste; cette pratique vous apportera une grande paix et liberté d'esprit. Je prie sa Bonté la vous rendre facile et vous en donner une claire intelligence, afin que son amour règne en vous. Votre, etc.

LETTRE MCMXLI

Les réflexions inutiles sont nuisibles à la perfection : on ne peut l'acquérir

sans peine.

vive f JÉSUS.'

Ma fille toute chère,

Je vous prie de recevoir l'assurance que je vous donne de la continuation de mon amour pour votre cœur, lequel je souhaite plein des deux chères vertus de son Sauveur : la sainte douceur et l'humilité de cœur. Faites ce que vous me promettez, et Dieu vous bénira. Retranchez les réflexions inutiles comme ennemies de votre perfection. Appliquez-vous à Dieu sans vous amuser à vous-même. Soyez toute pure, toute simple et douce, ne désirez rien, ne refusez rien, ne regardez point les inclinations de vos Sœurs ni leurs pensées sur votre charge; faites-la en toute simplicité et fidélité. Ma chère fille, prenez le dessus de vos inclinations pour vivre meshui selon l'esprit parfait de vos saintes Règles; et ne pensez pas d'avoir la perfection sans peine, cela ne se peut. C'est pourquoi il faut travailler, quoi qu'il vous en coûte, pour vous rendre digne du bonheur de votre vocation; car si vous ne le faites Notre-Seigneur vous demandera compte des grâces et des talents qu'il vous a donnés pour cela. Ayez confiance en sa Bonté et lui demandez pardon du peu d'avancement que vous avez fait; promettez-lui de tout votre cœur de mieux correspondre à ses grâces.

Ma très-chère fille, mortifions cette prudence humaine qui est si nuisible en la Religion. Simplifiez fort votre esprit, et lui retranchez toutes sortes de discours, je dis quels qu'ils soient, sans prendre garde si vous avez de la peine ou non, ni faire de grandes considérations, mais tout doucement retournez voire esprit à Dieu, lui disant quelques paroles d'amour ou de

confiance telles ou semblables : Mon Père, je me jette entre vos bras comme un enfant entre ceux de sa mère. Mon Dieu, je ne veux rien que vous! Soyez fidèle, je vous conjure, à pratiquer ceci. Votre, etc.

LETTRE AICMXLII

il ne faut voir et aimer (juo Dieu en toutes choses.

VIVE f JÉSUS !

Dieu soit votre consolation, ma très-chère fille! Vous m'avez fait un très-grand plaisir de m'ouvrir votre cœur, vous n'avez que trop tardé, je le voyais bien ! Que cela vous serve pour une autre fois. Si jamais Notre-Seigneur vous permettait telle tentation, découvrez-vous promptement avec une entière confiance; car, ma fille, ne suis-je pas votre Mère? Oui certes, et Dieu le veut. Croyez-moi, ma fille, votre trouble n'est qu'une tentation; elle provient de l'amour-propre qui veut ses satisfactions. A la vérité, cette humeur froide, sèche, et peu communiquable de votre Supérieure défavorise votre naturel. 0 ma fille! vous avez un cœur qui est très-bon et que Dieu appelle à une perfection entière. Il veut sevrer votre amour-propre de ces contentements qu'il a eus autrefois par des entretiens plus attrayants et satisfaisants, et veut que vous aimiez la seule vertu, voire, que vous n'aimiez, estimiez et ne voyiez que sa Bonté dans vos Supérieurs, afin que votre amour, que votre obéissance soit pure et parfaite. Correspondez à Dieu et demeurez fort en paix, vous rendant plus cordiale, franche et simple; et si vous le faites, Dieu vous bénira. Votre, etc.

LETTRE MCMXLIÏÏ

Comment envisager la mort.

vivb f JÉSUS !

Ma toute chère fille,

Le divin Sauveur de nos âmes soit le grand amour de la vôtre très-chère! Vous m'êtes aussi présente et chère que si nous n'étions point séparées de lieu. Voilà ce que c'est, ma fille, que de s'aimer en Dieu et pour Dieu ; les affections sont constantes, quand elles ont ce fondement. 11 m'a fait grand bien de recevoir de vos nouvelles et des personnes que vous chérissez le plus. Dieu fasse abonder sur tous les richesses de sa croix, et nous fasse la grâce de joindre toujours les nôtres petites à la grandeur et mérite de la sienne. La mort nous est si commune et naturelle qu'elle ne me semble quasi plus affliction. Aussi certes, si nous la regardions de l'œil qu'il faut, elle nous serait consolation, puisqu'elle est la fin des travaux de cette misérable vie et le commencement de notre béatitude pour l'autre. Courage donc, ma fille, préparez votre âme et l'ouvrez devant Dieu, afin qu'il la remplisse de Lui-même et de tout ce qu'il lui plaira, soit-il doux ou amer à notre goût, espérant qu'il nous fera la grâce que sa sainte volonté nous servira pour toute consolation. — Je remercie notre Bienheureux Père des aides qu'il vous donne : sans doute qu'il vous a plus agréable que moi qui, par mon indignité, ne mérite pas qu'il me regarde, bien que j'aie confiance qu'il le fasse, avec sa débonnaireté et compassion ordinaires. Je suis de tout mon cœur pour jamais, votre, etc.

LETTRE MCMXLIV

Moyens de combailro les scrupules.

vive f jésls!

Ma très-chère fille,

Xe craignez pas de me dire vos peines, ni de m'être importune, car, pourvu que mes lettres vous proGtent, ce me sera consolation.

Vous êtes toujours après vos confessions, et ceux qui vous ont donné ces conseils que vous m'écrivez, ne vous connaissent pas, ni votre état, ni aussi la conduite de votre bonne Mère, laquelle est très-bonne pour vous et uniquement propre, pourvu que vous la croyiez; mais je vois bien que vous ne pouvez vous y soumettre, et que la force de vos scrupules est si grande qu'elle vous trouble et ôte la capacité du discernement; car moi aussi je sais que la plupart des choses que vous pensez être péchés mortels ne sont rien du tout, et je m'assure que, par la grâce de Dieu, vous n'en faites aucun. Que si vous êtes si heureuse que de vous soumettre humblement aux conseils que l'on vous donne, ne répondant pas une seule parole à tous vos scrupules, mais souffrant comme une tribulation la peine qu'ils vous donnent, sans y acquiescer, mon Dieu! que dans peu de temps vous vous trouverez soulagée; car je considère que tout ce que vous m'écrivez ne sont que des abîmes de réflexions et des manquements de force. Vous craignez de mentir quand vous dites à Notre-Seigneur que vous avez de la confiance en Lui, que vous y espérez : voilà de vos péchés et comme ils se font, sans toutefois qu'il y en ait aucun; car tout ce que vous dites, [sans] sentiment conforme à vos paroles, vous croyez que c'est péché; ce qui n'est pas toutefois. Voyez ce que notre Bienheureux Père en dit en tant d'endroits dans les Entretiens. Au contraire, quand nous avons une grande aversion et dissentiment de nous

confier en Lui, et que nous lui disons que nous nous y confions de tout notre cœur, nous faisons une bonne pratique de vertu. Or, pour conclusion, je désirerais, ma très-chère fille, que quand vous vous sentez venir ces scrupules et réflexions, vous vous jetiez aux pieds de Notre-Seigneur, en esprit, et lui disiez : Voici, Seigneur, mes faiblesses qui me viennent attaquer. Je ne les veux ni voir ni regarder, et proteste que je ne veux jamais vous offenser mortellement, destinément et volontairement; vous ne voulez de moi que cette résolution, je ne puis aussi autre chose. Pour tout le reste de mes misères et défauts, je les jette dans l'abîme de votre miséricorde et moi avec elles, vous délaissant le soin de mon salut, et je veux l'attendre de votre seule bonté, mérites, et non de mes examens et confessions, ni de toutes les grandes œuvres que je pourrais faire avec votre grâce. Maintenant, je ne veux autre science que cette confiance, avec la soumission à ma Supérieure. Voilà, ma très-chère fille, un remède, lequel, si vous le pratiquez, vous rendra soulagée dans peu de temps; et j'en supplie notre bon Dieu, et de vous combler de ses grâces. Je suis en Lui, votre très-dévouée. Priez pour moi.

Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.

LETTRE MCMXLV

Souhaits de perfection. — Ne pas dire des choses inutiles à la reddition de compte.

VIVE f JÉSUS !

Dieu vous donne sa très-sainte bénédiction, ma fille, et à toute la petite famille assemblée pour le service de sa gloire et de sa très-digne Mère! Croissez et multipliez en désirs, et surtout en véritable humilité et amiable simplicité, si agréables à l'Epoux céleste qu'elles ravissent son Cœur. Volez comme une

pure abeille dans votre ruche, et composez le miel de toutes les vertus et sainteté, avec paix et joie au Saint-Esprit; c'est ce que je vous souhaite, ma très-chère fille. Tenez votre cœur fort haut dans celte maternelle Providence, soyez humble et absolument soumise à son bon plaisir. — Ne vous amusez point en la reddition de compte de vouloir dire toutes ces petites niaiseries qu'il ne faut pas seulement remarquer; car ce n'est que l'amour-propre qui recherche satisfaction en cela. Que je n'oie donc plus ces paroles d'amusement sur ces tricheries d'une fille qui doit marcher fermement en la présence de son Dieu, en l'observance de sa Règle, tout abandonnée et remise à sa Providence, lui laissant le soin de ce qui la regarde. Oh! vrai Dieu! que je désirerais de pouvoir graver dans le cœur de nos Sœurs cet esprit de générosité et de très-humble humilité ! Soyez joyeuse et courageuse quoi qu'il arrive; tenez votre esprit dans une sainte liberté et disposition de joie; faites tout ce que vous pourrez pour Dieu. Allez toujours devant vous, pensant à ce que vous aurez à faire, et non à ce que vous avez fait; au lieu de cela, contournez amoureusement votre cœur à Dieu, quoique sans goût ni sentiment. Je supplie sa Bonté de vous remplir toute de soi-même. Votre, etc.

LETTRE MCMXLVI

Tout ce que Dieu permet nous arriver est pour notre plus grand bien. — Recevoir avec une amoureuse soumission les mépris, humiliations et contradictions, vive f jésus!

Ma très-chère fille,

Croyez que si j'ai été tardive à vous répondre, ce n'est pas

par manquement d'affection, car Dieu me l'a donnée très-grande

pour votre bien ; et je vois que sa divine Providence vous a mise

dans le creuset de diverses tentations. Ma fille, tout cela est pour

voire mieux; et il faut que vous graviez cette maxime dans votre cœur, que jamais Notre-Seigneur ne permet qu'il nous arrive chose quelconque que pour notre plus grand bien. Coopérez donc à ses desseins, selon les occasions qui vous arrivent, comme d'embrasser avec une amoureuse tranquillité les mépris qu'on fait de vous, les interprétations qu'on donne à vos actions, toutes contraires à vos intentions. Portez avec douceur la mortification qui vous revient de la défense de ne point vous assembler avec vos chères compagnes, quoiqu'il vous semble que cela pourra refroidir les bons désirs qu'elles et vous nourrissiez par le moyen de vos petites conférences spirituelles. Faites allègrement ces obéissances si pénibles et fâcheuses, pour le respect de la très-sainte volonté de Dieu, pour votre bien et avancement dans son amour. Si vous faites ainsi, ma fille, je vous assure que vous avancerez plus en un mois, que vous ne feriez dans une année parmi les douceurs et emplois agréables et revenants à vos inclinations. Ne voyez-vous pas que le divin Sauveur tire de vos plus grosses fautes une force pour vous faire cheminer, par l'aide et le courage que vous tirez des douces consolations intérieures qu'il vous fait ressentir, après l'acte de contrition que vous faites? Et ne philosophez point sur ce qui vous arrive, soit consolation ou contradiction; mais recevez tout de la main de Dieu et en faites bon usage.

Je salue vos compagnes, et je prie Dieu de faire abonder sur tous vos cœurs le saint et pur amour du sien très-sacré, vous conjurant toutes de persévérer à bien faire, et surtout à éviter et vous garder de toute offense, tant que vous pourrez, spécialement des murmures et amertumes contre le prochain. Ne mettez point votre affection à chose du monde qu'à Dieu. Quand vous faites la lecture, lisez avec une grande attention; et, après avoir un peu lu, ruminez-le en vous-même, afin, ma fille, que vous en fassiez votre profit. Votre, etc.

LETTRE MCMXLVII

Dieu permet que nous soyons accusés injustement pour éprouver notre amour. — Dans les difficultés on doit consulter sa Règle.

VIVE -f JÉSUS !

Ma très-chère fille,

Recevez tout ce qui vous arrivera, quoi que ce soit, avec amour, comme provenant de la main de Notre-Seigneur, qui ne permet jamais qu'aucune chose nous arrive que ce ne soit pas pour notre plus grand bien. Il permet quelquefois que l'on nous accuse de choses que nous n'avons pas faites, pour connaître si nous l'aimons et si nous le voulons imiter en quelque chose. Il faut être bien aise que l'on voie nos manquements; et si vous n'avez pas fait ceux desquels on vous avertit, humiliez-vous profondément; et croyez en votre cœur que vous en avez bien fait de plus grands qui sont cachés aux yeux des créatures, voire, même aux vôtres, et que l'on ne saurait jamais vous accuser à tort.

Ma très-chère fille, soyez toute douce et simple. Laissez-vous conduire à Dieu sans aucune résistance, par la voix de l'obéissance. Ne vous mettez point en peine des charges qu'on vous donnera, mais exercez-les avec humilité, douceur et simplicité de cœur, sans considérer votre incapacité; moins il y aura du vôtre, plus il y aura de Dieu. Regardez droit à Lui dans toutes vos actions, sans vous arrêter aux créatures. Quand vous ne saurez pas ce qu'il faudra faire en votre charge, prenez vos Règles et votre Directoire qui vous l'enseigneront. Demandez souvent l'assistance du Saint-Esprit, et soyez fidèle à suivre les inspirations et lumières qu'il vous donnera. Quand on vous demandera votre avis et conseil de quelque chose, ne répondez jamais sans rentrer en vous-même pour demander à Dieu qu'il vous inspire ce que vous devez dire. Et puis, ma chère fille, faites et dites la première chose qui vous viendra dans l'esprit Votre, etc.

LETTRE MCMXLVIII

L'humilité et la simplicité sont les doux roues sur lesquelle doit tourner notre

vie spirituelle.

VIVE f JÉSUS.'

Ma très-chère fille,

Oui, j'ai bien reçu votre lettre ; mais je suis si accablée de tant d'écritures que je ne puis pas toujours répondre, outre qu'il me semble que ce que je vous ai dit et écrit autrefois pour votre intérieur vous doit suffire, avec la conduite de votre bonne Mère, et qu'enfin, ma très-chère fille, l'humilité et la simplicité, la soumission et l'obéissance aux ordonnances de ceux qui conduisent nos âmes, sont les deux grandes roues sur lesquelles nous devons tourner toute notre vie. Si vous faites bien cela, ma chère fille, vous n'aurez pas besoin de grand conseil. Je supplie Notre-Seigneur de vous en faire la grâce et vous donner son pur et saint amour, auquel je demeure d'une affection invariable, votre, etc.

LETTRE MCMXLIX

La fidélité au document Ne demandez rien, ne refusez rien, est supérieure à tous les actes extérieurs d'humilité.

Ma toute chère fille,

II me serait impossible de vous flatter ou traiter mollement, puisque votre chère âme me donne tant de confiance et de liberté, et qu'il m'est avis que Notre-Seigneur vous a donné un esprit qu'il veut que vous teniez au-dessus de toutes choses, surtout de vous-même, de vos passions et inclinations, pour bonne apparence qu'elles aient : c'est le plus grand sacrifice et le plus agréable que vous puissiez faire à Notre-Seigneur.

Quant à ce désir ancien de vous voir Sœur domestique, ma fille, croyez-moi, la pratique du Bienheureux de ne rien demander et rien refuser,est au-dessus de tout cela et de toutes sortes de pratiques d'humilité. J'avoue que Dieu veut que vous soyez extrêmement humble, et il est vrai, mais c'est par les voies qu'il a choisies pour vous, et non par celles dont vous ferez élection. Employez donc bien ce mépris, ces calomnies, et toutes ces autres occasions que sa Providence vous présentera, tant en vous que de la part des créatures, et soyez assurée que c'est l'unique moyen d'avoir l'humilité véritable et solide que Dieu veut de vous. Le vrai siège de l'humilité est dans le centre de noire esprit; et si nous avons la vraie connaissance et amour de notre bassesse, vileté et abjection, et si nous aimons d'être tenues et traitées comme cela, nous pourrons nous assurer d'avoir la vraie humilité. Ne pensez donc plus, au moins d'une pensée arrêtée, à ces humiliations extérieures, ni au changement de lieu pour cela, puisque Dieu vous a destinée à d'autres services. Rien n'est égal en grandeur et dignité à Dieu et à sa sainte Mère, et rien n'égalera jamais leur humilité. Abandonnez tous vos désirs à son soin et demeurez en paix. Votre, etc.

LETTRE MCML

Anéantir tout propre intérêt et toute satisfaction naturelle.

VIVE f JÉSUS !

Ma très-chère fille,

Je supplie Notre-Seigneur de me donner la lumière pour vous dire sa divine volonté. Il m'est venu que sa Bonté désirait de vous une entière détermination de le servir, par une constante fidélité à vous vaincre dans toutes les choses qui s'opposeront à la pratique des vertus, par lesquelles II veut unir votre chère âme à la sienne, qui sont la très-sainte et solide humilité,

qui vous fasse anéantir tout propre intérêt et recherche de vous-même et des satisfactions de l'amour-propre, vous exerçant dans l'amour de votre propre abjection et de toute action humble et basse, mais cela de cœur, joyeusement et franchement, en contemplation des humiliations incomparables de notre doux Sauveur.

L'autre vertu est la très-sainte simplicité qui vous fasse incessamment simplifier votre esprit, lui retranchant toutes sortes de réflexions sur soi et sur les autres; mais, au lieu de cela, portez-le à Dieu par des actes d'amour, de confiance, d'humilité, et enfin selon que vous vous sentirez excitée. Dieu vous fasse la grâce de pratiquer ceci fidèlement, ma très-chère fille ; j'en supplie sa divine Bonté, et vous, ma fille, de m'obtenir de sa miséricorde que je sois éternellement toute sienne, et je suis vôtre, dans son saint amour, très-cordialement. Dieu soit béni ! Amen!

LETTRE AICMLI

La vraie simplicité ne regarde que Dieu.

VIVE -J- JÉSUS

AÎA FILLE TRÈS-CHÈIIE,

Quand vous et moi garderions le silence toute notre vie, nous ne devrions pourtant jamais entrer en aucun doute de la réciproque affection l'une de l'autre, puisque, grâce à Dieu , elle subsiste toujours en sa parfaite vigueur. ^ Je suis bien aise de l'emploi que sa Bonté vous a donné, espérant qu'il vous donnera aussi ce qui vous sera nécessaire pour y réussir à sa gloire. J'ai été consolée de la remarque que vous faites sur les puissances de l'âme, car, ma chère fille, cela n'est que bon, pourvu que vous teniez toujours voire esprit relevé en Dieu, et que vous ménagiez bien ses impuissances,

comme je vois que vous faites. Vous savez que c'a toujours été la voie par laquelle Dieu vous a conduite que celle des combats intérieurs; aussi est-ce la plus assurée, et celle qui mérite la couronne de gloire immortelle; il ne faut sinon avoir bon courage pour vaincre nos ennemis

Je suis consolée de vous voir si affectionnée à lire les écrits de notre Bienheureux Père; assurément l'âme qui étudiera bien là dedans n'aura pas grande question à faire. Vous comprenez fort bien la simplicité que doivent avoir les vraies Filles de la Visitation, car il est vrai qu'elle retranche toutes sortes de vues non nécessaires sur soi-même; mais pourtant il est encore vrai que tandis qu'on a besoin de se purifier et de regarder un peu là où l'on met les pieds, crainte de chopper, on doit être attentive à méditer, considérer et regarder devant soi, afin de ne s'exposer à tomber en quelque manquement par surprise de passion ou autrement. Et voilà comme la vraie simplicité doit être pratiquée par les âmes. — Je vous conjure, ma fille, de me recommander à Notre-Seigneur, car je suis dans un âge où j'ai plus besoin de penser à la mort qu'à autre chose. Votre, etc.

LETTRE MCAILII

Comment jeter en Dieu toutes ses sollicitudes. VIVE 7 JÉSUS !

Ma très-chère petite fille,

Laissez bien à ce divin Sauveur le soin de votre intérieur et de votre salut éternel , et n'en recevez aucun que celui de lui plaire par la fidèle pratique des fréquents retours de votre esprit en Lui, et d'employer amoureusement les occasions que sa Providence vous présentera pour l'exercice des vertus. Tenez votre esprit en tranquillité, le reposant souvent dans le sein de

notre bon Père céleste. Le plus souvent que vous pourrez, pensez à la bienheureuse éternité, vous confiant humblement que par les mérites du Sauveur vous entrerez un jour dans sa pleine possession. Oh ! ma fille, plus de désir que d'aimer Dieu, faire et souffrir tout ce qu'il lui plaira et aspirer à cette glorieuse et incompréhensible immortalité. Là nous jouirons , sans crainte de plus perdre Celui qui nous a choisies pour ce bonheur, dont II soit éternellement béni. Amen, ma très-chère petite fille.

LETTRE MCMLIII

La vraie vertu git dans le parfait anéantissement de soi-même. vive -j- jésus!

Ma très-chère fille,

Vous m'avez représenté avec tant de clarté l'état passé et présent de votre âme, que la mienne en est demeurée toute consolée, et je bénis Dieu des grâces qu'il fait aux pauvres Filles de Sainte-Marie. Votre état premier était dans la jouissance, celui où vous êtes est dans la souffrance. 0 ma très-chère fille ! que le dernier est bien plus assuré et fructueux que le premier si, avec patience et de tout votre cœur, quoique sans sentiment, vous vous délaissez à l'aveugle entre les bras de la Providence divine , acquiesçant à sa sainte volonté en tous les dépouillements qu'il lui plaira faire de vous, en vous et sur vous, sans regarder la cause ni les effets de votre pauvreté et nudité. Croyez que bientôt vous vous trouverez en la liberté des enfants de Dieu. Il me semble que Dieu vous y met déjà, puisque parmi toutes ces soustractions et délaissements, Il maintient et conserve sa sainte paix et tranquillité en votre esprit; et cela est une grâce très-précieuse, qui vous doit suffire. Coopérez aux desseins de Dieu sur vous , vous anéantissant en

toutes choses où la nature se peut rechercher. Car, voyez-vous, ma fille, la vraie et vivante vertu gît en ce point du parfait anéantissement qui est la solide humilité , hors de laquelle il n'y a que des ombres et simples images de vertu. Vous êtes destinée à ce bonheur et à cette perfection si pure, je le sais bien; car je connais votre âme jusqu'au fond, et Dieu me la fait chérir avec un amour très-cordial , et me sera une consolation d'en savoir l'état et progrès. Je prie Dieu de remplir votre cœur de son saint amour. Votre, etc.

LETTRE AICMLIV

La vertu se perfectionne ilaas les ténèbres et les impuissances spirituelles. vive f JÉSUS !

Croyez, ma très-chère fille, que la consolation que vous me donnez par votre confiance est une des plus sensibles que j'aie eues il y a bien longtemps. Cela est si vrai que Dieu m'a donnée à vous, que vous ne devez jamais laisser ébranler cette vérité. Or sus, ma très-chère fille, je vois que notre bon Dieu vous donne des croûtes de pain bien sèches et bien dures, après le lait des consolations intérieures qu'il vous a donné si longuement. Et n'est-il pas bien raisonnable d'affermir vos gencives, et nourrir dorénavant votre estomac spirituel de la viande des grands et robustes? Oui certes, ma fille, car autrement jamais nous n'atteindrions à cette générosité et vaillance spirituelles que notre Bienheureux Père nous a tant enseignées. Courage, ma chère âme, embrassons et chérissons tendrement nos dégoûts, nos insensibilités et répugnances; et, sous leur faveur et le moyen qu'elles nous prêtent, produisons les actes des véritables et solides vertus, lesquelles ne se pratiquent jamais plus utilement et parfaitement que quand nous sommes parmi les ténèbres et les impuissances. « Et une seule produite en ce temps-là en

vaut cent, disait notre Bienheureux Père, de celles qui se font parmi les douceurs et consolations spirituelles. » Et pour conclusion, il nous doit suffire que Dieu le veut ainsi; et il ne faut pas faire cette réflexion, que c'est nous qui en sommes la cause. — Au reste, n'appréhendez point la séparation de votre bonne Mère; pourvu que Dieu nous demeure, n'est-ce pas assez? Je suis très-aise de vous voir en l'amour et estime de cette Mère; c'est une grande servante de Dieu et puissante en vertu. Sa Bonté vous la veuille conserver! Votre, etc.

LETTRE AIGAILV

Même sujet.

Béni soit notre divin Sauveur en nos afflictions, comme en ses consolations ! Si vous n'eussiez un peu été dans la tribulation, je ne vous eusse pas écrit; mais vous m'avez donné une petite compassion, encore que je voie bien que le mal n'est pas trop grand, excepté les réflexions que vous faites toujours sur vous-même, et ces exagérations de vos infidélités. Je vois bien que cela procède d'une bonne source, qui est la haine de vousmême ; mais il la faut avoir avec plus de douceur , par manière de compassion et non de pressure. Jamais Notre-Seigneur ne fut plus près de vous, je vous en assure : Il vous laisse un peu à sec, et sans lumière ni consolation; ce n'est que pour vous faire cheminer dans la foi nue et simple, et vous apprendre que la vraie paix de l'àme se doit conserver en cet état, comme dans les consolations. Pour Dieu, ne regardez point ce qui se passe en vous, mais Dieu très-simplement, comme vous pourrez, tenant votre cœur tranquille et paisible dans son travail, sans le surcharger de la recherche de vos infidélités et aveuglement. Je vois que Dieu vous comble de grâces, de

lumières, de bons désirs et sentiments, et que vos abandonnements et aveuglements sont accompagnés de grâces et lumières précieuses; et de tout cela vous n'en tirez qu'un tourment pour vous. Certes, vous vous consumez, et n'y a moyen que vous ne brûliez tout votre sang, et que bientôt vous ne tombiez en quelque grand accident. Hé! pour Dieu, laissez le soin de votre perfection à Notre-Seigneur; faites gaiement et de bon cœur ce que vous pourrez : bumiliez-vous de vos manquements , mais joyeusement et courtement; et allez grosso modo à la bonne foi, sans tant pontiller autour de \Tous-mème. Quel respect et obéissance rendez-vous aux avis de notre saint Père , qui sont tout à fait opposés à ce que vous faites? Suivez, suivez, je vous prie, cette conduite, et non plus la vôtre. Mais, au nom de Dieu, que je sois crue cette fois, et faites profit du sentiment de douleur que vous me donnez de vous voir ainsi tracasser votre cœur. 1/oyez-vous, je suis courroucée; mais guérissez -moi bientôt par votre guérison propre. Votre, etc.

LETTRE MCMLVI

Les peines intérieures sont le fondement nécessaire sur lequel doit s'élever l'édifiée de la perfection. — Avec quelle monnaie on acquiert le trésor de la paix.

VIVE ~ JÉSUS

Dieu soit au milieu de votre cœur, ma très-chère fille, et y répande ses dons précieux, afin que fortifiée et encouragée par le céleste amour vous marchiez et couriez fermement au lieu où sa Bonté vous désire !

Il y a longtemps que je souhaitais vous écrire, surtout depuis que j'ai su par votre bonne Mère que la divine Providence exerce votre cœur par diverses attaques de tentations. Oh ! que voilà qui va bien, ma fille! ce fondement est nécessaire où l'on veut élever la perfection de l'amour divin, afin que les misères

et faiblesses expérimentées en nous-même nous portent à une douce et charitable humilité.

Ayez un grand courage et ne perdez point la constance , ni ne vous étonnez point des attaques de votre ennemi; ne disputez point avec lui, et au lieu de lui répondre, parlez à votre Époux d'autre chose. Souffrez patiemment, et vous divertissez tant qu'il vous sera possible, et cela toujours selon nos saintes observances; car j'ai remarqué que les vraies peines nous sont comme un éperon qui nous aide à nous maintenir dans notre devoir. Certes, ma chère fille, j'ai de la compassion de votre cœur que j'aime chèrement, parce que je crains que, comme jeune novice en l'école du Sauveur, vous ne vous étonniez de sentir tant de combats. Mais non, ma fille, ne craignez rien, je vous prie; ne vous troublez ni laissez aller à la mélancolie; et surtout ne permettez pas à votre esprit de faire ces réflexions sur soi-même. Pour mon contentement je vous dis ces choses, et pour le grand désir que j'ai que vous avanciez chemin parmi les troubles des tentations; car c'est le temps le plus propre pour faire grand chemin en la perfection.

Ma fille, la parfaite soumission de jugement et de volonté est la monnaie avec laquelle Notre-Seigneur veut que nous acquérions le précieux trésor de la sainte paix du cœur. Qu'importet-il que nous ayons goût ou dégoût, consolation ou désolation, pourvu que nous fassions ce que nous devons? Au contraire, la vertu pratiquée avec contradiction est plus puissante et plus parfaite, et par conséquent plus agréable à Dieu, lequel je supplie de vous fortifier afin qu'il soit glorifié en vous.

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MCMLVII

La tentation est un feu dans lequel Dieu purifie les âmes. On ne doit pas désirer

d'en être délivré.

vive f jésus!

Ma très-chère fille,

Le divin Sauveur comble votre âme de son pur amour! Je vous vois toujours fort alarmée de l'exercice où Dieu permet que vous soyez, duquel vous agrandissez la peine par défaut de soumission et résignation au bon plaisir de Dieu, et de suivre les conseils qu'on vous donne. Ceux qui vous parlent, comme a fait Mgr N. votre bon prélat, le Père N. et les autres, voient clairement que vos tentations ne sont qu'un feu dans lequel Dieu vous veut purifier , et que tout cela passera à l'heure que la divine Providence a marquée; cependant il faut avoir patience. Je vous prie de lire soigneusement quelque endroit de trois ou quatre grandes Epîtres de notre Bienheureux Père, où il traite du remède de vos tentations; outre cela, je vous conseille d'abandonner votre salut et tout ce que vous êtes entre les mains de Dieu, et n'y pensez plus pour vous en inquiéter, et soyez fidèle d'éviter le mal. Gardez-vous bien de quitter vos exercices spirituels ni vos communions. Ne tâchez point de vous guérir, ni ne désirez de l'être. Remettez le tout à Dieu, et souffrez patiemment votre travail sans vous effrayer, car assurément sa Bonté vous aime et vous veut rendre toute sienne par cette voie.

Vous avez là des bons Pères et un bon, docte et pieux confesseur. Que si vous étiez ici, vous seriez privée de ce secours qui vous est entièrement nécessaire maintenant. Dieu vous conservera, s'il lui plaît, votre bonne maîtresse, envers laquelle vous devez observer le commandement que vous fit Mgr l'évêque, ne lui parlant qu'en général de vos tentations.

LETTRE MCAILVIII

Conduite à tenir dans les peines intérieures. — Mieux vaut s'attacher à la vie commune que pratiquer des mortifications volontaires.

vive f JÉSUS !

Ma très-chère fille,

Je vois toujours votre cœur en ses combats ; mais bon courage. Si vous êtes fidèle à la grâce de Dieu et aux enseignements que l'on vous donne, vous verrez qu'en faisant ainsi vous avancerez en peu de temps. Patience donc avec vous-même, et n'étonnez pas votre esprit de ce qu'il ne se range pas si facilement que vous désireriez ; mais encouragez-le tout doucement à l'amour et pratique de la sainte humilité et simplicité; et dans peu d'années, moyennant la grâce de Dieu, il ne goûtera plus que les délicieuses vertus chères et bien-aimées du Sauveur , et tant recommandées par notre Bienheureux Père. Or sus, cela n'est rien, sinon une permission de Dieu qui a voulu que votre corps et votre esprit aient été exercés. Que faire à cela, ma fille, sinon adorer la divine Providence parmi vos travaux et peines, et vous y soumettre doucement et de bon cœur, y voyant et adorant la très-sainte volonté de Dieu qui les permet, et ne les point regarder, quoique vous les sentiez, ne les point appréhender , n'en vouloir être guérie, ni chercher autre remède que la soumission simple de cette souffrance tant qu'il plaira à Dieu de la vous laisser, et se divertir un peu en des actions intérieures et extérieures, parlant à Dieu de tout autre chose, sans goût ni sentiment. Faites cela, ma fille, et vous serez bien heureuse.

Quand on voit une âme tendre sujette aux scrupules, l'on dit que c'est une marque de bonne conscience; mais si elle ne se soumet aux conseils qu'on lui donne, l'on voit qu'il y a de l'opiniâtreté et une secrète présomption, et l'on est assuré de la voir bientôt tomber en de grands embarrassements et inquié-

tudes d'esprit. Je dis de même de votre inclination aux mortifications : cela montre qu'il y a du feu de l'amour divin dans votre cœur; mais si cette inclination n'est absolument soumise à la direction de votre Supérieure, et qu'elle vous trouble et donne de l'empressement, et vous retire de la douce et tranquille attention que vous devez avoir à la présence de Dieu, assurezvous que vous êtes en cela poussée par votre esprit humain et par les saillies naturelles, et que le diable y peut encore mettre ses tentations. Car l'esprit de Dieu nous porte à la parfaite soumission; il agit en nous doucement et suavement, et nous fait préférer l'égalité et conformité de vie et d'actions de nos Sœurs à toutes ces imaginaires et prétendues vertus, que nous pensons rencontrer dans les mortifications extérieures que nous nous forgeons. Si donc vous me croyez, ma chère fille, vous vous mortifierez à ne vous point mortifier de cette sorte que vous désirez. Et croyez-moi, qu'en cela vous pratiquerez la vraie mortification et zèle que Dieu désire de vous. Combattez donc fidèlement cette inclination de vouloir faire plus que les autres, et vous soumettez à la volonté de votre Supérieure; tenez-vous dans cette sainte indifférence qui nous est tant recommandée. Ne demandez rien et ne refusez rien; mais tenez-vous prête pour faire tout ce qu'il plaira à Dieu et à la sainte obéissance de vous ordonner; n'estimez chose quelconque qui soit hors de cette soumission.

Quand Dieu vous tirera au repos de sa douce présence, ne vous en divertissez nullement que pour les choses de l'obéissance. Qui a Dieu a tout, et n'a que faire de chercher des moyens pour le trouver; il le faut seulement conserver chèrement par l'exacte observance. Priez Dieu pour moi, ma fille, qui vous souhaite le vrai bonheur de l'obéissance et me dis de tout mon cœur, votre, etc.

SAKS DATES. 663

LETTRE MCMLIX

S'abandonner à Dieu quand il semble nous avoir abandonné est un acte d'amour parfait.

VIVE -J- JÉSUS

Eh bien! ma très-chère fille, voilà votre âme, ce vous semble, toute renversée, troublée et inquiétée, sans espoir de la revoir jamais dans sa paix et quiétude ! C'est Dieu qui fait ou qui permet ce renversement et discorde pour y établir l'ordre de la seule régence de son bon plaisir, plus solidement qu'il n'y était parmi les douceurs et consolations de votre noviciat; car, ma fille, quand Dieu contente, il n'y a rien de plus facile à contenter; mais quand II retire un peu le sentiment de sa divine présence et secours sensible , pour faire voir à l'âme ce qu'elle peut d'elle-même et sa misère, oh! certes, c'est à ce point où la vraie fidélité se montre, et où se fait l'acte du vrai abandonneront de nous-même à la merci de cette divine volonté ! Voilà donc ce que Dieu veut de vous, ma fille, qu'à yeux clos, sans jamais regarder volontairement ce qui se fait en vous, ni autour de vous, vous demeuriez à sa merci et le laissiez faire tout ce qu'il lui plaira, ne faisant, de votre côté, que le regarder simplement en la manière que je vous dis, sans vous remuer ni animer à faire des actes, sinon à mesure qu'il vous excitera à cela. Et tenez ferme en cette pratique, souffrant paisiblement la peine que vous donnent vos passions et cette fourmilière d'attaques dont vous êtes assaillie; car c'est par les tourments que votre Epoux vous veut purifier, comme l'or dans la fournaise. — Ne faites aucun avertissement de toute cette année. Si vous rencontrez quelque chose en votre chemin , détournez-vous-en simplement et allez à Dieu comme je vous ai dit. Faites tout avec gaieté et sans pointillerie les œuvres de l'obéissance, et Dieu vous

bénira. Je l'en prie, ma chère fille. — Faites bien ce que vous dit ici votre chétive Mère, Sœur Jeanne-Françoise Frémyot, qui vous aime de tout son cœur.

Conforme à une copie gardée aux Archives de ia Visitation d'Annecy.

LETTRE MCMLX

Conduite que doit tenir l'âme désireuse d'atteindre à la perfection.

Soyez à Dieu sans aucune réserve de cœur, de corps, d'esprit, sans exception d'aucune chose qui soit en vous ou hors de vous, laissant tout à la disposition de la divine Providence, en laquelle vous vous devez paisiblement et confidemment reposer comme un enfant au sein de sa douce mère. Et tout ce qui vous arrivera, recevez-le de la main de Dieu, par un très-saint acquiescement à sa volonté, sans vous amuser à philosopher et réfléchir sur vous-même, ains aimez-la souverainement [cette très-sainte et divine volonté], puisqu'elle est la règle de toute perfection et cause de notre bonheur. Ayez un amour spécial à la pratique de ce document, qui nous doit être en si grande révérence : Ne demandez rien, ne refusez rien de tout ce qui est en la Religion, j'excepte ce que la Constitution ordonne. Ayez une sincère, mais généreuse humilité de cœur, qui ne resserre point votre esprit, mais le dilate à la sainte joie; ayez plus de désir et de soin de plaire à Dieu que de crainte de lui déplaire. Soyez fort douce, suave et gracieuse en votre conversation, et affectionnez surtout la cordiale union de cœur envers vos Sœurs , et ayez charité pour toutes. Observez et aimez vos Règles. Ayez un saint zèle pour la conservation de l'Institut, non-seulement en vous, mais en tout ce que vous pourrez. Prenez à cœur ces deux paroles de Notre-Seigneur :

« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouvère zrepos en vos âmes. » Inculquez-les tant que vous pourrez dans les âmes : elles sont la moelle et l'esprit de notre vocation. Vous devez chérir l'occasion qui vous a fait faire un si digne et entier dépouillement; j'espère que cette occasion attirera sur votre âme une puissante grâce de notre bon Dieu, lequel aime souverainement la parfaite nudité de tout ce qui n'est point Lui. Vivez donc, ma fille, dans ce bienheureux état, et ne soyez jamais revêtue que du saint et pur amour d'accomplir la volonté de notre divin Epoux qui, comme j'espère, nous donnera la consolation de nous revoir, sans toutefois nous revêtir. Je salue nos pauvres chères Sœurs, que je porterai, tant que je vivrai, dans mon cœur, quelque part que Dieu me mène.

LETTRE MCMLXI

Comment discerner les opérations de l'Esprit de Dieu en l'âme. vive \ jésus!

Ma très-chère fille, La bonté de Notre-Seigneur est si grande, que non-seulement Il peut faire à une âme les grâces que vous m'écrivez, mais de bien plus excellentes et précieuses, et parce qu'on dit communément que les bons arbres portent des bons fruits, je ne vous puis dire autre chose, pour l'assurance de ces grâces, sinon que vous regardiez aux œuvres; et si vous êtes bien humble, obéissante et observante , assurément l'Esprit de Dieu agit en vous. Mais si tout cela vous manque , tenez-vous extrêmement humble, et tâchez de l'acquérir. Quant à ce que vous me dites qu'il vous semble qu'il y a plus d'humilité à tenir ces choses-là cachées, je vous dirai ce que nous a enseigné notre Bienheureux Père, disant que la première chose qu'enseigne l'Esprit de Dieu, c'est de se découvrir sincèrement de tout à ceux qui dirigent nos âmes; et ce qu'enseigne l'esprit malin, c'est de

garder le secret. Vous voyez donc, ma fille, qu'il faut suivre l'instinct de l'Esprit de Dieu et fuir les tentations du malin esprit. Soyez donc bien humble, ainsi que vous dit votre Règle, mais surtout à bien faire ce qu'elle vous dit pour la parfaite sincérité et droiture. Je prie Dieu vous en donner la grâce, et en cette affection je demeure vôtre, etc.

LETTRE MCMLXIÏ

La fidélité à garder les lois de l'Institut attire les bénédictions célestes. vive f JÉSUS !

Ma chère fille,

Je loue notre bon Dieu de ce qu'il lui a plu détourner avec tant de douceur l'entrée de M*** et de ses filles : c'eût été un mauvais coup pour une maison. De là j'espère en la divine Bonté que , tandis que nous aurons une humble et généreuse fidélité à conserver ce que nous avons reçu de notre très-saint Père [F. de Sales], pourvu que nos défenses soient raisonnables et accompagnées de véritable respect, douceur et soumission, que jamais Mgrs les prélats ne nous violenteront. Il faut donc toujours faire ainsi, ma chère fille; c'est la conduite que le Coutumier nous enseigne et que notre Bienheureux Père nous a laissée. — Vous aurez peut-être ma chère Sœur votre Supérieure avant que vous receviez ce billet. Persévérez, ma trèschère fille, en cette bonté, suavité et support en votre gouvernement, et tenez votre cœur et celui de nos Sœurs en la sainte latitude et liberté des vraies filles de Dieu. Je vous salue toutes

chèrement, et madame la marquise et notre Sœur de et avec

un singulier respect notre vertueux et cordial M. N., que je chéris et honore comme un très-digne serviteur de Dieu et grand amateur de la pauvre Visitation.

Conforme k une copie de l'original gardé à la Visitation de Voirou.

LETTRE MCMLXIII

Nul ne sera couronné s il n'a vaillamment combattu.

vive 7 jésus!

Je ne saurais douter que les bons sentiments que vous avez reçus ne soient du bon esprit, et vous ne devez recevoir aucune pensée contraire à cela, ni amuser votre esprit à les examiner. Faites le bien qu'ils vous dictent autant fidèlement lorsqu'ils vous sont ôtés que quand vous les sentez présents, ne vous y attachez nullement, car en cela consiste la loyauté de l'âme envers son Dieu; et c'est le seul moyen d'arrêter nos inconstances et changements, non es sentiments et attaques, mais en la volonté supérieure, qui doit dominer et regarder au-dessus de tout ce qui nous veut détourner de Dieu. Je confesse qu'en cette bataille il faut du courage, de la force et de la persévérance; mais pourquoi ne l'avez-vous pas, ma chère fille, puisque Dieu a mis tout cela en vos mains et que l'on voit que sa grâce spéciale le requiert de vous? Bon courage donc, je vous en prie; affermissez votre courage et l'échauffez en l'amour et suite de ce divin Sauveur qui vous appelle à celte bataille, car nul ne sera couronné qu'il liait vaillamment combattu; mais aussi son esprit a dit qu'il donnera à celui qui vaincra la manne secrète et qu'il héritera sa gloire. Je sais que les âmes pures et épouses ne peuvent regarder que le contentement de leur chaste Epoux et non les récompenses; néanmoins, il est bon dans l'effort des combats de penser à ces paroles du Prophète royal , s'encourageant par ces considérations. Si vous faites ceci, Dieu sera lui-même votre directeur, et n'aurez à faire qu'à suivre les lumières qu'il vous donnera dans chaque occasion ; et pour les mieux connaître tenez-vous fort attentive à sa divine présence , et par ce moyen votre âme demeurera plus tranquille. Je vous recommande surtout cette aimable vertu

de simplicité, et la très-sainte humilité qui vous apprendra à ne vous point troubler pour vos chutes et imperfections, mais à vous en humilier, et retournera Dieu avec une fidèle confiance. Dieu soit béni.

LETTRE MCMLXIV

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