‹ Lettres (volume 2)Chapitre 148 sur 163 · MA FILI.E TRÈS-CHÈRE · texte numérisé non relu

MA FILI.E TRÈS-CHÈRE

Je suis très-aise que vous preniez la liberté de m'écrire, je vous en remercie. Mais je n'ai pas trouvé dans votre lettre ce qui était le plus requis pour me donner la lumière nécessaire, pour bien entendre quelle est votre manière d'oraison et attrait intérieur. Je le collige seulement de ces paroles que vous me dites, que vous seriez bien en peine de dire par quel mouvement vous faites vos actions, pour être assurée si vous vous délaissez bien à la divine Providence, n'en ayant point d'autre assurance que celle que Dieu vous donne, qui est bien mince et à la pointe de l'esprit. Je pense que vous êtes attirée à une grande simplicité avec Notre-Seigneur , par le moyen des lumières qu'il répand dans votre âme , tendant à l'union ou plutôt unité de votre esprit avec Lui, par un total délaissement de vous-même à la conduite de la divine Providence; et bien que ces lumières soient minces, si laissent-elles une grande

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assurance et confiance à l'âme. Voilà ma pensée, ma fille; estelle conforme à ce que vous sentez? L'âme qui est conduite de Dieu de cette sorte, ne doit jamais s'essayer de faire des considérations, sinon à mesure qu'elle se sentira excitée intérieurement par Notre-Seigneur, mais doit demeurer dans cet aban donnemenl de soi-même entre les mains de Dieu.

Puisque celle même volonté vous a chargée du soin des novices, vous les devez conduire si allègrement, si soigneusement et avec tant de suavité, que vous les animiez par l'odeur de votre bon exemple, et encore par les affections que vous sentez à la poursuite du vrai bien. N'épargnez en façon quelconque les paroles requises à cela; ce que je dis, parce que je sais que les âmes attirées à cette union ont peine quelquefois à parler beaucoup ; mais elles doivent préférer la volonté de l'Epoux à la consolation et inclination qu'elles ont à jouir de sa douce présence.

Peut-être que ce qui vous empêche de connaître vos défauts, c'est l'attention que vous avez à Dieu ; mais, ma fille, on a accoutumé de voir plus clairement les atomes à la lueur du soleil, que quand le temps est obscur. C'est pourquoi je m'étonne que vous n'ayez pas la lumière pour les connaître. Il est vrai que bien souvent nous voyons plus clairement les manquements du prochain que les nôtres, notre misérable nature tendant toujours à cela; et c'est en quoi il y a sujet de grandement s'humilier devant Dieu pour celte ignorance, et confesser que pour cela nous ne laissons pas d'en faire plusieurs. Ayez un grand courage, ma fille, et vous tenez sur vos gardes afin de ne rien faire qui déplaise à Dieu. Votre, etc.

LETTRE MCMXX

Exhortation au dépouillement de soi-même et à la perte en Dieu.

Oh! demeurez en paix, ma très-chère et très-bonne Sœur, avec votre petite troupe. Je vous en conjure au nom de Notre- Seigneur, entre les bras duquel je vous supplie de vous jeter et abandonner sans réserve; remettez-lui tous vos désirs, toutes vos sollicitudes, toutes vos craintes et vos prétentions. Diteslui hardiment, car il y prendra plaisir, que dorénavant vous ne voulez plus avoir d'entendement, de sagesse , ni de volonté, ni aucun soin, et qu'en Lui vous prétendez de trouver tout ce qui vous est nécessaire pour la conduite de la barque qu'il vous a donnée, de laquelle vous lui remettez le gouvernail, réservant pour vous le soin fidèle de sa chère présence et de coopérer soigneusement h sa sainte grâce, par l'exacte observance de la Règle, en vous et en vos chères novices. Et ainsi dépouillée de vous-même et remise en Dieu, demeurez par un amour de parfaite confiance toute reposée au soin et amour que la divine Bonté a pour vous. Je la supplie d'exaucer mes souhaits pour sa gloire, en vous et en cette bénite troupe, que je ressalue avec vous par votre entremise. Vous savez que je suis celle que Dieu vous a donnée pour vous aimer et servir sans réserve. Commandez-moi donc librement quand vous aurez besoin.

Confuriue à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Aunccj.

LETTRE AICAIXXI

Il faut inspirer aux novices une humilité généreuse.

Mon Dieu ! ma très-chère fille, que je vous aime de ne vous point étonner pour les afflictions : il me semble que j'ai connu cela dans vos deux lettres. Au reste, soyez joyeuse dans l'éducation de ces chères novices : Dieu sans doute répandra ses bénédictions sur vous et sur elles ; surtout portez-les à la trèssainte humilité, mais humilité généreuse et noble, qui n'abat point le cœur, ains l'élève en la sainte confiance en Dieu. Point de tendreté, ma fille, mais un amour mâle et fort, qui se montre à la pratique.

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