A LA MÈRE FRANÇOISE-ANGÉLIQUE GARIN
SUPÉRIEURE A ARLES '
vive -J- jésus!
Ma vraie fille, je loue Dieu qui vous maintient et vous avance dans le bon, suave et très-assuré chemin de la très-aimable simplicité et confiance en sa Providence céleste : il faut demeurer là constamment. Pour ce qui est de cette chaleur et pressure de cœur que vous sentez quelquefois à l'oraison, il est clair, ce me semble, que cela procède de l'ardeur de l'amour, qui s'enflamme d'ordinaire en la bienheureuse fournaise de la sainte oraison; car notre âme se trouvant si proche de son Dieu, qui est tout amour et tout feu, il ne se faut pas étonner si elle y participe. Recevez ces ardeurs et pressures en votre manière simple, ma très-chère fille, sans les accroître de vous-même. Qu'il vous suffise d'être comme un vase vide pour recevoir tout simplement ce qu'il plaira à la sacrée dilection du Sauveur d'y verser.
L'insatisfaction que vous avez de votre conduite est un effet de votre humilité et de la grâce que Dieu vous fait pour vous perfectionner, de vous cacher le bien qu'il a mis en vous ; mais
1 La Mère Garin, qui, au témoignage des anciens Mémoires, « exprimait son nom d'Angélique en toute sa conduite intérieure et extérieure « , avait été reçue au premier monastère d'Annecy en 1627, et envoyée trois ans plus tard à celui d'Arles, où elle remplit d'abord la charge de maîtresse des novices, puis celle de Supérieure. Sainte J. F. de Chantai la rappela à Annecy en 1641, et dit « que cette aimable fille était revenue encore plus angélique qu'elle ne s'en était allée, ayant fait un très-grand progrès dans la voie intérieure, nue , simple et fidèle où Dieu l'avait établie dès son noviciat », Elue cette même année au monastère de Paray-le-Monial, l'humble Religieuse avança sans relâche dans le sentier des justes comme une aurore resplendissante, et ne cessa d'y croître jusqu'à la perfection du jour éternel, qui brilla pour elle le 14 septembre 1645.
je vous supplie de vivre doucement en paix, et qu'il vous suffise que Dieu et moi, votre vieille et chétive Mère, soyons satisfaits. Cette parole est bien hardie, ma vraie chère fille; mais Dieu me pousse à la dire pour votre bien.
LETTRE MCMLXVI