‹ Lettres (volume 2)Chapitre 152 sur 163 · A LA SOEUR ANNE-FRANÇOISE DE MONTRAMBAULT · texte numérisé non relu

A LA SOEUR ANNE-FRANÇOISE DE MONTRAMBAULT

A DIJOX '

Conseils pour l'oraison et la pratique des vertus.

VIVE J JÉSUS

Ma très-chère fille, Quand il vous tombera au cœur de m'écrire de votre intérieur, ne marchandez pas à le faire, car certes je suis toute vôtre, et mon cœur chérit votre âme d'un amour tout spécial : vivez donc en liberté à mon égard. Dieu vous a dès longtemps attirée à cette manière d'oraison de simple présence de Dieu, et je vois que cette grâce vous est continuée , dont je bénis sa Bonté, croyant qu'elle ne vous sera pas levée. Mais gardez-vous bien de la contrarier, ni par des craintes, ni par des considérations et recherches de propres satisfactions. Si la divine grâce vous est retirée pour un peu , et que vous demeuriez sans sentiments ni lumières, ce sont des changements que chacun expérimente ; n'y contribuez que par l'humble et douce souffrance

1 Sœur Anne-Françoise de Montrambault, nièce de madame de Vigny, n'avait que dix ans lorsqu'elle entra avec sa tante au monastère de Dijon en qualité de bienfaitrice. Toujours cette âme fervente réalisa la parole que prononça sainte J. F. de Chantai en lui donnant le petit habit : « Voici un trésor de vertus, et si Dieu donne vie à cette chère fille , elle sera une fille de bénédictions et d'utilité très-grande à la Religion. » Le Seigneur la tint pendant plusieurs années sur la croix, par de continuelles et pressantes infirmités , ce qui ne l'empêcha pas de remplir les principales charges du monastère et même d'être élue Supérieure à Semur, où elle décéda le 29 août 1669. (Année Sainte, VIIIe volume.)

et quelques actes de soumission, de confiance et de remise faits tranquillement, sans effort, attendant le retour de la grâce, et soyez aussi contente en cet état que si la grâce sensible continuait. N'embarrassez pas votre esprit de chose quelconque; mais surtout ne faites aucune réflexion pour voir ce qui se passe en vous, ni pour savoir d'où vient votre peine et sécheresse. Demeurez ferme en Dieu, comme vous pourrez, mais paisible et patiente dans sa très-sainte volonté.

Pour les tracassements de votre esprit, tâchez de les tranquilliser; si vous ne le pouvez, souffrez-les sans vous en mettre en peine; mais arrêtez-le autant qu'il vous sera possible, par un simple regard en Dieu, par la certitude de sa présence, encore que vous ne la sentiez pas. Enfin point de réflexions, et demeurez en l'état où Dieu tous veut, vous exerçant fidèlement aux deux pratiques que vous me marquez de la présence de Dieu, et de vous tenir au-dessus de vous-même pour être libre en la pratique des vertus , selon l'occasion que Dieu vous présentera. Quant à ces mortifications et actions hors du train de la communauté, je n'en voudrais pas beaucoup faire, s'il n'y avait bien de la clarté que Dieu le veut et que l'obéissance le commande ou approuve.

Extraite de l'histoire de la Fondation du monastère de Dijon.

LETTRE MCMLXVII

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