SUPÉRIEURE AU DEUXIÈME MONASTERE D* ANNECY
Election de la Mère M. A. de Rabutinau monastère de Thonon.
vive f jésus!
[Anuecy, mai 1638.]
Ma toute très-chère fille, Il m'est avis qu'il y a longtemps que je ne vous ai écrit. Hélas! je crois que vous savez comme nos Sœurs de Thonon ont élu notre Sœur M. -Aimée [de Rabutin]. M. le doyen la
leur a accordée, et certes la conscience nous a pressées de ne pas la refuser. La souveraine Providence pourvoira d'ailleurs votre chère petite maison , quand elle en aura besoin. Je ne laisse de ressentir la mortification qu'en recevront ces bons cœurs qui la désiraient. Demain de grand matin elle vous ira voir avec ma Sœur l'assistante, et reviendront le soir, s'il vous plaît, car il y a tant d'affaires ici, à cause que notre Sœur l'assistante va un peu mettre en ordre les affaires des livres de Thonon. Elles vous diront tout ce que je ne puis écrire. Seulement, j'avais pensé de vous proposer que, puisqu'il y a apparence de n'aller à Turin qu'au mois de septembre, que vous regardiez s'il vous semblera plus utile de vous envoyer la petite [Sœur] de Saint-Innocent avec notre Sœur J. AI. pour voir comme elle se comportera au noviciat, sur quoi vous veillerez pour la dresser; car elle a un merveilleusement bon cœur en toute façon. Voyez donc, ma fille, avec nos Sœurs, ce qui vous semblera le mieux pour votre maison; car je ne veux que cela, et que vous priiez pour celle qui vous chérit de cœur et vous souhaite les dons précieux du Saint-Esprit à toutes.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDLIX
A LA MÈRE MARIE-SUZANNE BAUDET
SUPÉRIEURE A NEVERS '
Conseils pour le gouvernement de sa communauté. — On ne doit pas permettre aux dames bienfaitrices d'avoir des chiens et des oiseaux dans l'intérieur de la maison. — Ne pas excéder le nombre de Religieuses prescrit par la Règle.
vive 4- jksus!
Annecy, 30 mai 1638.
Ma bonne et chère fille, Puisque Dieu vous voulait employer au gouvernement d'une maison, II vous a bien gratifiée, vous donnant à conduire celle de
1 Sœur M. -Suzanne, native de Compiègne, était douée d'un esprit juste,
Nevers, qui est véritablement pleine de paix et bénédictions. Par-dessus les regards de votre incapacité et de la pesanteur de votre charge, jetez votre vue et votre confiance en Dieu : si vous ne cherchez que sa gloire et le bien des âmes qu'il vous a commises, sa Bonté gouvernera elle-même et portera votre propre fardeau. Vous n'avez à faire, ce me semble, ma chère fille, qu'à maintenir votre communauté au train où vous la trouvez. Gardez-vous de la tristesse : c'est un défaut des plus notables en une Supérieure. Notre Bienheureux Père me dit un jour que les plus désirables conditions d'un bon pasteur, c'était l'humilité, la sainte joie et la douceur. Soyez donc bien humble et bien joyeuse, ma chère fille, et vous serez capable de conduire le troupeau que Notre-Seigneur vous a confié. Prenez volontiers conseil de ma chère Sœur la déposée [A. -Bénigne Joquet]. Quand vous n'auriez que cet appui-là, vous n'avez point de sujet de vous serrer le cœur, ains de vivre avec une grande paix; et je vous en conjure de toute mon affection. J'ai été bien consolée de la grande satisfaction que vous me
solide et cultivé. Ses connaissances de la langue latine lui permirent de traduire les Psaumes et autres Livres sacrés. Admise au premier monastère de Paris par sainte J. F. de Chantai, elle y parut, au témoignage de la Mère de Bressand, « un modèle de recueillement, de modestie, de fidélité, de mortification, et reçut dès son noviciat un don d'oraison très-éminent : son attention à la présence de Dieu ne lui permit jamais de s'arrêter à aucun retour sur soi-même et à aucune superfluité. » Telle était Sœur M. -Suzanne au monastère de Paris, telle on la vit à celui de Nevers, où elle devint successivement assistante, maîtresse des novices et Supérieure.
En novembre 1641, elle reçut la visite et recueillit les derniers entretiens de sa Bienheureuse Fondatrice, qui la précéda de deux ans seulement dans la gloire (1643). La princesse Anne de Gonzague honora de sa présence les obsèques de la Mère M. -Suzanne, dont un grand serviteur de Dieu put dire : « Cette àme était un trésor enfoui dans le champ de la Beligion. Elle eût sans doute possédé tous les esprits si elle avait voulu se manifester. Sa vie a été cachée avec J. C. en Dieu. Comme la lumière, elle n'a paru que pour éclairer, et ne s'est montrée qu'autant que la justice le demandait, >> (Année Sainte, XL volume.)
témoignez avoir reçue, voyant ma fille de Toulonjon et sa petite famille. Il est vrai, cette fille est bonne, et ses deux enfants fort aimables. Je vous prie de les recommander souvent à Notre-Seigneur, afin que sa Bonté les accroisse en grâces et bénédictions célestes. — Oui, ma fille, c'est aux bienfaitrices qui ne font pas leur résidence ordinaire dans le monastère, à qui l'on doit limiter les entrées et sorties; c'est pourquoi vous n'avez point fait de mal de ne les pas limiter à cette dame. Quand les bienfaitrices veulent avoir des petits chiens ou oiseaux dans la maison, il les faut renvoyer à la Constitution qui le défend absolument, et ne dit pas seulement que les Sœurs n'en auront point, ains qu'il n'y en aura point dans la maison.
Vous faites un grand bien à votre communauté de bâtir le monastère : suivez en cela l'avis de ma chère Sœur Anne- Bénigne. Je vois que notre bon Dieu vous envoie pour cette entreprise de bons secours; qu'il en soit béni! Si nous avions seulement la moitié de cela pour nos chères Sœurs de la seconde maison, elles seraient trop glorieuses; mais il se faut contenter de notre petitesse parmi l'àpreté de nos chères montagnes. Si vous pouvez vous établir à [La Châtre], j'en serai bien aise, m'assurant que vous aurez grand soin du fondement temporel et spirituel; je ne peux être en peine ni de l'un ni de l'autre, tant j'ai d'estime de votre maison. Mais, ma chère fille, si vous n'avez pas apparence ni espérance de faire dans quelque temps cette fondation, pour l'amour de Dieu, honorez grandement les ordonnances de votre Institut, n'excédant point le nombre des Religieuses. Il est vrai qu'il y a certains sujets si dignes qu'on ne les peut éconduire; mais comme ils sont rares, ils ne surchargent pas. C'est notre bonheur de nous tenir en tout fermes à l'observance, et c'est la grâce que je souhaite à nos chères Sœurs, que je salue du même cœur que je suis votre, etc.
LETTRE MDLX
A MONSIEUR NOËL BRULART, COMMANDEUR DE SILLERY
A PARIS
Souhaits de bénédictions pour la réussite de ses projets. vive f jésus!
[Annecy], 13 juin [1638].
Mon très-honoré et très-cher Père,
J'emploie ce moment tout à la hâte pour vous dire que j'ai vu le petit livret des règlements faits pour votre chère Congrégation ': tout cela est saint et merveilleusement bien digéré. Dieu, par son inGnie bonté, veuille donner la grâce d'une parfaite observance à ceux qui seront si heureux que d'être appelés à une manière de vie si sainte, et destinés à des emplois tant utiles à la gloire de Dieu et au salut des âmes! Mon (rès-cher et vrai Père, je crois que notre bon Dieu récompensera de grandes bénédictions votre chère àrae pour ce service si digne, pour lequel vous avez eu tant de travaux et de si grandes dépenses, tout cela sera bien mis en compte par le divin Trésorier, que je supplie de répandre de plus en plus ses divines grâces sur votre chère àme, mon vrai et très-cher Père, et que vous priiez sa Bonté pour celle qui est de cœur, mon très-honoré Père, votre très-humble, etc.
Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.
1 M. deSillery avait eu la pensée d'établir dans son Ordre de Malte « quelques séminaires, tant pour l'instruction des prêtres que des peuples. M. le grand prieur de France l'avait même nommé son vicaire général, partageant avec lui son pouvoir et son autorité pour visiter les commanderies et établir le règne de Dieu dans les âmes; mais les contradictions s'élevèrent si fort contre ces projets que M. de Sillery dut les abandonner. »
LETTRE MDLXI (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN
SUPÉRIEURE A THONOM
La charité qui couvre les défauts du prochain attire de grandes grâces sur les âmes.
— Divers avi .
VIVK \ JÉSUS !
[Annecy], 23 juin 1638.
Ma très-chère fille,
Je vous fis déjà écrire hier et si empressement que je n'eus pas le moyen de veus dire un mot de ma main, et nous n'en sommes pas moins pressée aujourd'hui.
Je serais très-contente que notre chère Sœur l'assistante demeurât encore quelque temps auprès de vous; mais personne de céans ne sait rien dire sur les affaires qui surviennent, ni même M. Duret; car il dit que notre Sœur l'assistante ne l'appelle que pour les traités et non pour les conclusions. Enfin, quand je l'envoie appeler, il est aussi ignorant que moi ; je crois que c'est qu'il manque de mémoire. Je me console, en bénissant Dieu, des remarques que vous me faites de nos Sœurs. Croyez que cette charité à couvrir les défauts d'autrui attirera de grandes grâces sur elles, et cette bonne volonté ne sera pas sans fruit. Hélas! c'est une vigne en friche que Dieu veut que vous répariez par l'assistance de sa grâce et de celle de sa sainte Mère et de notre Bienheureux Père. L'amour, la crainte et la sincérité qu'elles ont pour vous sont des bons fondements; mais, ma très-chère fille, conservez vos forces, et surtout votre esprit en joie et courage. J'écris au Père Pierre une bonne lettre, afin qu'il vous aide : il le fera; puis M. Quêtant fera prou. Et faut que vous tâchiez de gagner par quelque témoignage de confiance la Sœur N. afin qu'elle aide aux affaires de dehors; petit à petit elle reviendra.
Nous vous enverrons quelque chose pour votre estomac;
mais, pour Dieu, ne faites rien qui le gâte, et faites ce qui lui sera utile. — Je parlerai, Dieu aidant, demain à M. Quêtant, qui dira notre sainte messe et dînera céans. — Il me semble qu'il ne faudrait point faire la visite [canonique] chez vous sitôt, que les filles ne fussent mieux éclairées et dressées, et que vous eussiez plus de connaissance d'elles. Vous aviserez avec ma Sœur l'assistante quelle des filles vous désirerez que l'on vous renvoie par les chevaux qui l'amèneront; l'on vous en écrivit hier au long. — Il faut doucement excuser ma Sœur C. C, et certes supporter le surplus. Quelquefois les gens du monde grossissent bien les fautes des Religieuses. Dieu soit votre conduite, ma toute chère fille ! Tenez votre cœur haut en Dieu et en sa sainte Mère , et le priez pour moi, qui vous souhaite leurs plus chères grâces et suis de cœur tout à fait vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDLXII
A LA MÈRE CATHERINE-ELISABETH DE LA TOUR