‹ Lettres (volume 2)Chapitre 22 sur 163 · SUPÉRIEURE DE LA COMMUNAUTÉ DE SAINT-AMOUR RÉFUGIÉE A BOURG EX BRESSE · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE DE LA COMMUNAUTÉ DE SAINT-AMOUR RÉFUGIÉE A BOURG EX BRESSE

Eloge de la Mère M. -Aimée de Blonay.

VIVE \ j^sus!

[Annecy], 9 juillet 1638.

Ma très-chère fille,

Dieu et sa très-sainte et divine Providence soit à jamais adoré en tout! Je ne doute pas que vous ne receviez grande consolation et satisfaction de ma très-chère Sœur M. -Aimée de

Blonay; car, en effet, c'est une âme de très-grande bonté et vertu, et à laquelle vous pouvez avoir une entière confiance et franchise. C'est un grand honneur à la communauté de Bourg de l'avoir pour Supérieure, et vous et votre communauté en serez aussi participantes.

Je suis bien aise que M. Deville et le Père Milieu aient fait votre visite et qu'ils aient vu de quel bois vous vous chauffez, afin qu'ils en fassent le récit à Son Eminence. Je crois aussi bien qu'eux, que, puisque vous êtes séparées ', que vous ferez bien de demeurer comme vous êtes, attendant qu'on voie où tous les malheurs de la guerre aboutissent.. .

Je m'oubliais de vous dire que notre très-chère Sœur Marie- Aimée me mande qu'elle reçoit aussi toutes sortes de satisfactions de vous. Je prie Dieu qu'il vous comble abondamment des grâces de son saint et sacré amour, avec nos très-chères Sœurs que je salue de cœur. Je suis, ma très-chère fille, votre très-humble, etc.

Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.

LETTRE MDLXIX

A MONSEIGNEUR OCTAVE DE BELLEGARDE

ARCHEVÊQUE DE SEXS

La Sainte se réjouit d'avoir pu connaître et apprécier la Mère Prieure des Ursulines de Loudun. — Combien il importe à chaque monastère d'avoir un Père spirituel attentif à maintenir l'observance de la Règle. — Utilité de la Visite canonique. — Envoi de reliques de saint François de Sales.

vive -J- JÉSUS !

[Annecy, 1638.]

Monseigneur et très-honoré Père,

Nous avons joui, avec beaucoup de douceur et consolation, de la présence de la vertueuse Mère Prieure, votre très-chère

1 C'esl-à-dire logées hors du monastère de Bourg.

nièce ' ; elle nous est précieuse en cette qualité et pour sa véritable bonté; mais certes, par-dessus tout pour les grâces que Dieu opère en elle, où II a manifesté sa puissance et ses miséricordes, et nous a voulu consoler, de faire voir au monde le crédit que sa divine Majesté a donné au ciel à notre Bienheureux Père, dont nous lui rendons infinies louanges et actions de grâces. Mon Dieu! mon très-cher Père, que de merveilles il y a en cette victoire! Dieu en soit glorifié éternellement!

Je confie beaucoup de choses à cette très-chère Mère pour vous dire, dont elle me fera les réponses, pour vous exempter des longues lettres, car je sais la multitude de vos occupations; mais je bénis Dieu qu'elles sont toutes pour sa gloire et le service de sa très-sainte Église. Il n'y arien à désirer, sinon que la divine Bonté montre par vous sa toute-puissance par-dessus l'humaine, et qu'elle vous conserve longtemps pour sa gloire et Je bien d'infinies âmes, particulièrement pour notre bonheur et conservation de ce pauvre petit Institut, notre très-bon et vrai Père; car il le faut, s'il vous plaît, que vous en soyez cela et le protecteur. Je sais et je sens que cette affection est dans votre cœur; plût au bon Dieu qu'elle fût ainsi dans le cœur de tous Messeigneurs nos prélats ! Vous savez qu'il est tout à fait nécessaire que les Supérieurs veillent sur nous, et qu'ils sachent à quoi nous sommes obligées, afin de nous le faire observer selon l'esprit de notre vocation. Ceux qui ne sont pas sur les lieux, ou qui ne nous peuvent voir, qu'ils soient plus attentifs de nous donner de bons Pères spirituels, qui surtout prennent garde qu'on observe exactement tous les règlements qui concernent la clôture, l'élection des Supérieures, la réception des filles et leur éducation, les fondations et les visites, et la communication au dehors, surtout à bien choisir ces Pères que l'on appelle pour

1 La Mère Jeanne des Anges, Prieure des Ursulines de Loudun. Voir la note de la lettre suivante.

les confessions extraordinaires. Dieu nous fasse la grâce de nous bien tenir chez nous! A la vérité, où les Supérieures sont capables, on se peut bien reposer sur elles. Et bien qu'il faille toujours prendre garde et faire les visites annuelles (car, quand cette action se fait comme il faut, elle est d'une grande utilité et tient chacun éveillé), si est-ce que je vois que notre misère est si grande, qu'encore plus souvent l'amour a besoin de l'aiguillon d'une sainte crainte.

Hélas! mon très-honoré Père, quel bonheur et bénédiction pour moi et pour toute cette famille, si vous fussiez venu ici! J'en avais quelque douteuse espérance. L'unique consolation que je désire en cette vie, après la grâce de mon Dieu, est d'ouïr vos pensées pour la conservation de ce pauvre petit Institut en son intégrité, sur tant de choses qui arrivent. Il faut faire tout ce qui se pourra humainement, et puis s'en reposer au soin de la céleste Providence; car, puisque c'est son ouvrage, j'ai ferme confiance en sa bonté, et qu'elle en aura la protection et conservation à cœur, et n'avons besoin que de fidélité à marcher simplement et exactement dans nos observances; car, par la grâce de Dieu et votre soin et assistance paternelle, tout est fort bien ordonné, sans qu'il y ait rien à censurer.

Mais vous voyez, mon très-bon Père, comment les inclinations naturelles et cette misérable prudence humaine se veulent fourrer partout, et pour tout gâter, si la douce bonté de Dieu ne la renversait. Enfin, nous sommes pauvres, et à chaque [monastère] manque quelque chose. Dieu fasse la grâce à toutes les Filles de la Visitation d'être très-humbles, et je supplie sa Bonté de faire en vous et par vous les œuvres de sa gloire, et continuez-moi la grâce de votre souvenir en vos saintes prières; j'en ai tant de besoin, et pour mon salut particulier, et pour servir cette chère Congrégation. Ce mot d'encouragement que vous me donnez méfait grand bien. — Je vous envoie les plus précieuses reliques de mon Bienheureux Père, et avec

d'autant plus de consolation et affection que cette grosse pierre m'était comme unique, les autres étant fort petites. Vous savez, comme je pense, qu'en la bourse de son fiel, il ne se trouva que des petites pierres, qui sont toutes triangulaires sans exception, ce qui a été trouvé fort considérable. Mon très-cher Père, donnez-moi, je vous supplie, votre sainte bénédiction. Je suis en esprit à vos pieds pour cela; et baisant en tout respect vos mains sacrées, je vous supplie m'honorer de votre sainte affection paternelle. Monseigneur, votre, etc.

LETTRE MDLXX

A MONSIEUR NOËL BRULART, COMMANDEUR DE SILLERY

A TARIS

Voyage à Annecy de la Mère Prieure des Ursulines de Loudun. Estime de la Sainte pour cette Religieuse. — Dieu sollicite quelquefois à faire un bien dont cependant Il ne veut pas l'exécution. — Sentiment de saint François de Sales sur le zèle qu'il faut avoir pour entreprendre une bonne œuvre, et l'indifléreuce à pratiquer quand Dieu en arrête le progrès.

vive -J- JÉSUS !

[Annecy], 18 juillet 1638.

Mon très-honoré et cordial Père, Béni soit éternellement notre très-doux Sauveur, qui tire sa gloire et le bonheur des âmes des choses les plus éloignées et désespérées au jugement des hommes! Ce sont des merveilles de sa toute-puissante et infinie miséricorde que les choses advenues en celte affaire, et en la personne particulière de la trèschère Mère prieure [de Loudun]. Nous avons vu renouveler les saints et sacrés Noms qui sont imprimés sur sa main, [par le moyen desquels] il a plu à l'incompréhensible Bonté vouloir manifester le crédit qu'il a donné aux intercessions de notre Bienheureux Père \ C'est le sujet de notre consolation particulière, dont nous lui rendons mille grâces. Vous avez, ce semble,

' Les circonstances extraordinaires de la possession des Ursulines de Lou-

mon très-cher Père, très-bien remarqué les bonnes qualités que Dieu a mises en la bonne Mère. A la vérité, je crois que c'est une âme de grâce, humble, franche, simple, dans un bon esprit et grande candeur. Il nous semble que sa manière d'oraison est fort bonne et facile et tout à fait solide. Nous avons bien parlé de vous, mon très-cher Père : elle vous honore, eslime grandement votre piété, et m'a témoigné toute satisfaction de vous. Mais qui ne le ferait? car vraiment vous avez un cœur

dun appartiennent à l'histoire. Il suffira de rappeler ici les faits relatifs au voyage de la Mère Jeanne des Anges à Annecy. On sait que cette Religieuse, tourmentée par plusieurs démons, n'avait pu en être délivrée qu'après avoir fait vœu de se rendre au tombeau de saiut François de Sales. Contraints alors d'obéir aux exorcismes du Père Surin, Jésuite, les esprits de ténèbres avaient quitté la Mère Jeanne des Anges en laissant imprimés sur sa main gaucbe les noms de Jésus, Marie, Joseph, François de Sales, « afin que ce prodige, dit un auteur contemporain, persuadât le monde entier de la réalité de cette possession et de la soumission des démons à la sainte Eglise du Christ. » Deux millions de personnes tant de la France que de l'étranger ont constaté le fait.

Ce fut seulement en 1638 que la Mère Prieure put accomplir le pèlerinage voué deux ans auparavant. Elle avait été précédée à Annecy par le Père Surin, qui, victime à son tour de la rage de l'enfer, était devenu muet et se trouvait réduit à un état pitoyable. A peine ce grand serviteur de Dieu eut-il avalé une parcelle du sang de saint François de Sales, qu'il articula les noms sacrés de Jésus et de Marie, mais sans pouvoir rien ajouter. Revenu à Lyon, il rencontra la Mère Jeanne des Anges qui lui apportait, au nom de Richelieu, l'ordre de revenir avec elle au tombeau de saint François de Sales. Le Père recouvra alors la facilité de parler, laquelle augmentait en approchant d'Annecy, où, comme la première fois, il fut reçu avec vénération par sainte J. F. de Chantai. La Mère Prieure entra au premier monastère; mais elle ne put y séjourner longtemps, car le peuple venait en foule réclamer la faveur de la voir et de vénérer l'onction de saint Joseph. On appelait ainsi cinq gouttes d'une onction miraculeuse que la Mère Jeanne des Anges avait recueillies sur un linge, lorsque saint Joseph, en la touchant de son doigt, l'avait guérie d'une maladie mortelle en 1636. La reine Anne d'Autriche avait une telle confiance en cette relique, qu'elle voulut l'avoir auprès d'elle au moment de la naissance de Louis XIV, ce qui obligea la Mère Ursuline de hâter son retour à Paris.

qui se fond tout de cordiale dilection envers ceux que vous aimez, et qui correspondent à votre piété par une réciproque affection, qui soit toute en Dieu et tendante au bien; car votre chère âme est si ardente , qu'elle s'enflamme de plus en plus en l'approche de celles qui ne cherchent que Dieu. Vraiment, mon tout bon et cher Père, la fête eût été bonne, et notre consolation de toutes et de plusieurs autres personnes d'honneur, si vous y fussiez venu. Mais je n'ose plus espérer ce bonheur et honneur incomparables : la délicatesse de votre complexion, et les bonnes affaires où Dieu vous emploie, m'en ôtent tout espoir» Mais j'ai confiance en l'infinie Bonté et en ses incompréhensibles mérites que nous nous verrons au ciel pour le bénir et louer éternellement. Ainsi-soit-il. Amen.

J'admire, mon très-cher Père, l'ardeur de votre esprit au service de Dieu et à la poursuite de votre perfection : cette grâce est un grand don de Dieu. Ce qui se passe maintenant en ces attraits de vous dépouiller tout à fait des biens de la terre, est une haute pensée qui mérite d'être sérieusement examinée, afin de connaître clairement si elle est inspiration divine et volonté de Dieu, qui veut l'effet absolu, ou seulement disposition d'une volonté et résolution de suivre et faire ce qui sera reconnu clairement être de la sainte volonté de Dieu; car quelquefois Notre-Seigneur nous sollicite à faire un bien, où II ne veut toutefois que notre consentement et non le fait. J'ai dit mes pensées tout au long à la bonne Mère [Ursuline] , qui vous les rapportera, puisque votre humilité et très-grande bonté veulent que je lui dise avec simplicité et franchise mes sentiments. Je ne suis pas capable de chose si importante, où tout consiste à bien juger et reconnaître par vos mouvements et lumières intérieures ce que Dieu veut : car, quand sa volonté est reconnue, il n'y a rien à douter ni à craindre pour en entreprendre l'exécution; car sa Bonté donne tout ce qu'il faut pour cela, et dissipe les nuages et toutes difficultés. Nous ferons en nos com-

munautés des prières et communions particulières pour cela : car vous savez combien nous sommes vôtres.

Et pour votre affaire du Temple et la neuvaine, nous ne l'avons pas encore commencée, ayant eu un grand tracas cette semaine pour la multitude de peuple qui est venue voir la bonne Mère Prieure. Nous n'avons quasi point eu de temps pour nous entretenir, bien que nous ayons bien parlé et plusieurs fois de votre affaire du Temple, laquelle paraît être si à la gloire de Dieu, que je ne puis douter que sa Bonté ne la fasse accomplir. C'est chose ordinaire que les contradictions aux œuvres de Dieu ; et plus elles doivent réussir à sa gloire , plus il y a de la contradiction, pour l'ordinaire. Notre Bienheureux Père disait, comme vous savez, mon très-cher Père, « qu'il fallait avoir un courage ferme et de longue haleine pour la poursuite des bonnes œuvres que Dieu nous commettait, sans jamais nous y alentir, tandis que nous y voyons la sainte volonté de Dieu; mais qu'aussi, quand il lui plaisait que nous en cessassions la poursuite , voire même qu'elles ne réussissent pas, qu'il s'en fallait déporter doucement et tranquillement » . Ce Saint était admirable en cette pratique. Oh ! mon très-cher Père, quand il plairait à Notre-Seigneur que l'affaire du Temple ne passât pas outre, ce que je ne pense pas, toujours sa divine Bonté mettrait en compte le désir et résolution que vous avez eus pour tout ce que vous y avez destiné. Et, outre cela, cette entreprise vous a déjà fait faire mille biens pour le prochain et pour votre chère âme, qui, je m'assure, en est enrichie de beaucoup. Quand ce ne serait que cette dernière action d'humilité et de démission de vous-même, dans la paix et douceur que vous la fîtes , cela vaut mieux et plus que mille autres petites actions.

Oh! Dieu soit béni, qui nous fait tant de grâces ! Pour l'affaire de notre Bienheureux Père, puisque Dieu y met un juste empêchement, il faut avoir patience et attendre son bon plaisir; mais quand on pourra faire la poursuite, je ne crois pas qu'il

la faille différer pour les craintes des Capucins, mon tout bon et cher Père. — Nous sommes bien pressées de tant d'écritures et de visites, à cause de la bonne Mère. Dieu vous rende tout sien et tout saint, et vous tienne en mémoire de moi devant sa divine Majesté, que je supplie vous conserver- et vous, mon très-cher Père, de me tenir pour vôtre et sans réserve, car je suis de cœur votre, etc.

Conforme à une copie de l'original gardé au premier monastère de la Visitation de Paris-

LETTRE MDLXXI

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