A LA MÈRE MARIE-HENRIETTE DE PRUNELAY
SUPÉRIEURE A HENNES •
On doit être très-réservé dans les communications avec le dehors. Maxime de saint François de Sales à ce sujet.
vive -J- JÉSUS !
[Annecy], 4 juillet 1638.
Ma très-chère fille ,
Ma dernière lettre vous aura été rendue, qui répond à celle que je reçus encore l'autre jour de vous, sur le sujet des tracasseries que l'on vous fait sur les confessions et conduite intérieure de votre maison. Vous n'avez pas été seule en ce sujet. Personne ne m'a écrit ni parlé que vous de ces mémoires. Enfin vous avez Dieu pour vous, puisque la sainte paix 'règne dans votre communauté. Laissez aboyer les mâtins dehors tant qu'ils voudront : qu'ils clabaudent, ils ne vous mordront pas; Dieu les en empêchera. Pour cette défense que Mgr de Tours a faite, que l'on ne vous assistât point, je crois que si Mgr de Rennes est d'intelligence avec lui qu'il la fera bientôt lever; sinon il faudra employer quelque prélat ou autre personne qui ait crédit vers lui. Ma Sœur la Supérieure de Paris ou celle du faubourg vous pourront servir en cela. J'en écrirai à celle de la ville, qui est fort affectionnée à servir nos monastères. Je voudrais que vous lui fissiez savoir comme ces bons Pères vous traitent, et le sujet. Mon Dieu ! qu'il nous est nécessaire de n'avoir point ou peu de communication, sinon avec nos bons Supérieurs! Que si quelquefois la nécessité le requiert, certes il faut bien choisir les Pères de Religion ; qu'ils soient affectionnés, capables, qu'ils
écrites par la Mère deChaugy, ne furent publiées qu'en 1659, et les Fondations sont encore inédites.
1 Cette lettre est un second post-criptum ajouté par la Sainte à la circulaire précédente.
connaissent et estiment l'Institut et de bonne intelligence avec les Supérieures. Tant qu'il se peut, ma fille, il faut observer les maximes de notre Bienheureux Père : il disait « qu'il fallait être ami de tous et familier de peu; que tant qu'il se pouvait, il ne fallait déclarer personne être nos ennemis, s'entretenir de tous tant qu'il se pouvait, et que personne n'eût sujet de se tenir offensé de nous. Il faut faire pour cela ce que l'on peut, mais droitement, regardant toujours Dieu; que pourvu que sa Bonté soit pour nous et avec nous, que nous devions demeurer en paix, quand bien il permettrait que tout le monde se bandât contre nous. 55
Je suis certes marrie que notre Sœur la Supérieure d'Orléans ne corresponde pas à votre dilection : ne laissez pas de persévérer; ce que je vous dis, m'assurantque vous serez reçue. — Les Ursulines qui se sont séparées de leurs bons prélats s'en repentiront à loisir. Dieu nous fasse la grâce que tel malheur ne nous arrive jamais, mais que toujours ils nous soient vrais Pères, et nous, leurs très-obéissantes et cordiales filles. Je vous porte dans mon cœur, comme ma très-chère fille, que Dieu bénisse et soit béni.
Conforme à une copie de l'original gardé an premier monastère de la Visitation de Paris.
LETTRE MDLXVIII {Inédite)