‹ Lettres (volume 2)Chapitre 24 sur 163 · ASSISTANTE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS · texte numérisé non relu

ASSISTANTE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS

Recommandations au sujet de la santé de la Mère Lhuillier. — Demande de cent exemplaires du Coutumier. — Affaires d'intérêt. — Moyens à prendre pour empêcher une Religieuse de la Visitation d'accepter une abbaye. — Opposition faite à la réélection de la Mère A.-Marg. Clément, àMelun.

vive -j- JÉSUS !

[Annecy], 19 juillet [1638].

Ma très-chère fille,

Je ne saurais m'empêcher d'être toujours un peu en peine de ma très-chère Sœur la Supérieure, votre bonne Mère [Lhuillier], dans la surcharge d'affaires que je sais qu'elle a, sachant d'ailleurs la délicatesse et faiblesse de sa complexion , bien que je ne doute point que votre bon cœur, qui abonde en charité et dilection pour elle, n'ait un grand soin de la soulager. Et je vous conjure, au nom de Dieu, ma pauvre très-chère fille, d'y apporter toujours un plus grand soin , et de vous faire soulager vous-même par quelque autre en ce que vous ne pouvez pas faire, sans trop vous accabler et surcharger. Je crois, ma très-chère fille, que vous ne permettez pas à votre bonne Mère d'aller à Matines, ni de se lever le matin [avec la communauté], et qu'avec ce repos qui lui est tout à fait nécessaire, vous avez

dence; car, à dater de ce moment, continue le Père Galice, cette vraie Fille de S. François de Sales s'éleva plus noblement encore au-dessus de toutes les vicissitudes humaines, ne cherchant et n'aimant que Dieu, sans regarder ni ses faveurs ni le plaisir qu'elles procurent, s'abimant intérieurement en Lui et lui rapportant toujours avec une simplicité parfaite ce qu'elle recevait de sa Bonté, faisant remonter tous ses dons vers leur source, et y remontant elle-même par une aspiration continuelle. Aussi Dieu gouverna-t-il visiblement par son organe le monastère de Melun, qui expérimenta la vérité de l'oracle évangélique : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné comme par surcroit. » (Archives de la Visitatio?i d'Annecy.)

soin de la faire bien nourrir. L'entière confiance que j'ai que votre bon cœur prend garde à tout cela m'empêche de vous en rien dire : je vous recommande seulement de ne rien omettre de tout ce que vous jugerez être utile ou nécessaire à son soulagement.

Certes, je suis un peu touchée de ce que les monastères ont si peu de reconnaissance des charités continuelles que vous exercez pour eux, es commissions si fréquentes qu'ils vous donnent; mais il faut avoir patience et souffrir cela doucement, car, ma très-chère fille, moins vous en aurez de gratitude et reconnaissance des créatures , plus vous en recevrez de grâces et de bénédictions de Notre-Seigneur. Je dis un mot sur ce sujet à l'épître seconde du Coutumier, qui fera un peu rentrer nos Sœurs en elles-mêmes. Et j'ai été bien aise aussi que votre bonne et très-chère Mère en ait touché quelque chose dans la lettre qu'elle a écrite aux Supérieures, parlant de l'homme que vous avez été nécessitées de prendre pour suppléer à l'expédition des affaires extraordinaires qui vous arrivent de la part des maisons. — Nous avons reçu le Coutumier par la bonne Mère Prieure de Loudun. J'ai déjà écrit comme les trois articles marqués dans le vôtre, qui sont rajoutés, vont fort bien. Je ne suis marrie que de cette grande quantité de fautes que l'imprimeur y commet ; car cela est un peu mortifiant. Je crois que maintenant vous aurez reçu nos lettres du 8 du courant, par lesquelles nous vous disons le nombre des exemplaires que vous nous enverrez : nous vous en demandons cent exemplaires , douze desquels seront reliés pour ce monastère. Nous vous avons envoyé aussi le mémoire de trente-quatre monastères auxquels votre bon cœur prendra la peine de les distribuer avec trentequatre lettres ', une pour chaque maison où vous enverrez le Coutumier : mais vous ne recevrez lesdites lettres que par le

1 Copies de la circulaire, voir page 49.

messager, avec nos Petites Coutumes [manuscrites], que nous vous envoyons aussi, afin que vous fassiez la charité de les communiquer, ainsi que nous vous marquons amplement par nos précédentes lettres.

Nous avons reçu l'argent que vous aviez remis à la bonne Mère de Loudun, le compte tout ainsi que vous nous l'avez marqué, excepté qu'il y a dix-sept écus d'or qui sont mis pour cent livres, avec trente-six sols de monnaie, et le tout ne fait que quatre-vingt-dix livres et quatre sols. Pour les pistoles de Gênes, nous ferons du mieux que nous pourrons pour les faire passer avec les autres. Vous êtes admirable en l'exercice de votre charité , d'avoir pris tant de peine pour faire avoir à nos pauvres Sœurs des espèces de poids ; cela était nécessaire aussi. Dieu, par sa bonté, en veuille être votre éternelle récompense, comme nous l'en supplions et supplierons de tous nos cœurs.

Pour ce qui est des prétentions de cette bonne Sœur [Jeanne- Mad. Olivier] de Leuvilîe d'avoir une abbaye, j'en écrirai à madame de Saint-Loup, sa tante, laquelle nous aime et affectionne fort notre saint Institut; j'en dirai aussi mes pensées à ma Sœur la Supérieure de Moulins, afin qu'elle ne donne point de facilité à ces commerces. J'en écrirai aussi à ma Sœur la Supérieure d'Orléans , qui se doit fortement opposer à cela. Ce n'est pas que je ne fusse bien aise que cette bonne Sœur fût bien à son aise dans cette abbaye , pourvu qu'elle n'eût jamais été parmi nous. C'est en ce sens que j'ai pu avoir dit que je n'en serais pas fâchée ; car autrement je n'y ai pas pensé. Si ma Sœur la Supérieure ou Votre Charité connaissait quelqu'un qui ait du crédit auprès de madame de Saint-Loup, il serait bon de les y employer, afin de gagner sur elle un honnête refus de cette abbaye pour sa nièce ; car il ne faut que procurer cela, ce qui, je pense, sera assez facile, d'autant que madame de Saint-Loup, outre l'affection qu'elle a pour notre Institut, connaît fort bien sa nièce. — Pour l'affaire de Guéret, j'en

ai parlé à madame Amaury, qui vous en dira mes pensées : la bonne Mère de Riom n'a pas bien entendu la proposition qu'elle vous a faite.

Quant à l'élection de Melun , Mgr de Sens m'écrit que l'on a fait ce que l'on a pu afin que la Mère [Clément] ne fût pas réélue, et que la Mère de Montargis et les Pères Barnabiles y ont travaillé puissamment, et certes un peu plus qu'ils ne devaient, jusqu'à cela qu'elle n'a point été mise sur le catalogue; et nonobstant toutes leurs peines elle a eu généralement toutes les voix, excepté une. Certes, c'est une âme humble : elle n'a pas de talents, il est vrai; mais peut-être que Dieu nous veut faire voir qu'il sait faire de beaux ouvrages avec de fort chétifs outils. Je vois tous les jours plus clairement qu'il faut fort peu parler en ce qui regarde les élections, si ce n'est pour donner connaissance au Chapitre de celles qu'on veut proposer de dehors, ce qu'il faut faire simplement et sincèrement. La pauvre Mère de Blonay fit grand éclat de la vertu de celle qui fut élue à Lyon ; l'on voit ce qui en a réussi! Il nous faut habituer désormais à laisser un peu agir le Saint-Esprit dans l'esprit de nos Sœurs; car si cet Esprit-Saint ne préside en ces occasions particulièrement, l'on ne s'en trouvera guère bien. — J'écrirai encore à Mgr d'Autun afin qu'il s'oppose aux prétentions de cette bonne Sœur de Leuville. — Ma pauvre vieille toute chère et bien-aimée fille, priez bien Notre-Seigneur pour moi; faites-en souvenir nos bien-aimées Sœurs. Embrassez-les toutes de ma part, car je les chéris cordialement, et surtout vous, ma très-chère ancienne, que Dieu bénisse et soit éternellement béni. Amen. — 19 juillet.

Conforme à une copie de l'original gardé au premier monastère de la Visitation de Paris.

LETTRE MDLXXIII

A MONSEIGNEUR OCTAVE DE BELLEGARDE

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