‹ Lettres (volume 2)Chapitre 25 sur 163 · ARCHEVÊQUE DE SE\S · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE SE\S

Prière de s'opposer fortement à ce qu'une Religieuse de la Visitation accepte une

abbaye.

vive -J- jésus!

[Annecy, 1638.]

Monseigneur,

L'on m'écrit que vous désirez savoir mon sentiment sur les prétentions qu'a une de nos Sœurs de se faire Abbesse1. Vraiment, il est nécessaire que vous vous y opposiez fortement, et que vous ne permettiez jamais qu'une de vos filles donne un scandale de si grande ambition et vanité en notre petite Congréga-

1 On sait qu'à celte époque la France possédait un grand nombre de riches abbayes, dans la plupart desquelles on vivait très-agréablement. Ces maisons déchues de la primitive observance étaient recherchées par les familles nobles, qui y plaçaient à l'envi les filles qu'elles ne voulaient pas établir dans le monde. De là à l'humble cloitre de la Visitation il y avait loin! Il était donc tout naturel que les personnes du siècle briguassent pour leurs parentes la crosse en échange de la croix.

Sainte J. F. de Chantai, gardienne si vigilante et si ferme de l'esprit d'humilité et de simplicité que saint François de Sales a légué à ses Religieuses, déploya un zèie admirable afin de les empêcher d'abandonner leur Institut pour des considérations humaines. Ses enseignements furent compris : il n'y eut que quelques rares défections à signaler dans la première moitié du dix-septième siècle. Après la mort de la Sainte, les monastères de la Visitation, par l'entremise de ceux de Paris, ne tardèrent pas à mettre un terme aux vues ambitieuses des parents et aux perplexités des âmes faibles, en obtenant de Louis XIV, en 1G76, la confirmation de la promesse précédemment donnée par la reine régente Anne d'Autriche, que jamais les Religieuses de leur Ordre ne seraient nommées aux abbayes vacantes. « Il n'y a que les Jésuites et les Filles de Sainte-Marie qui fassent de pareilles demandes » , dit Colbert en présentant au Roi le placet qui sollicitait cette faveur. L' Histoire de la fondation du premier monastère de Paris a consacré le texte de la requête et celui de la réponse de Louis XIV. viu. 5

m LETTRES DE SAINTE CHANTAL.

lion, que notre Bienheureux Père a établie sur les fondements d'une vraie humilité, et en laquelle il n'a rien tant désiré sinon qu'elle y reluisît toujours et en toutes les actions des Filles de la Visitation. J'espère, Monseigneur, que vos remontrances paternelles à cette bonne Sœur lui feront étouffer ses misérables pensées, et je vous supplie très-humblement de lui faire retrancher tous les moyens de ses poursuites, les lui défendre absolument. Hélas ! que son aveuglement est grand ! car je crois qu'entre sa sortie et sa perte il n'y aurait point d'entre-deux.

Je recommande de tout mon cœur, et avec toute l'humilité et le respect qu'il m'est possible, à votre soin paternel, Monseigneur, toutes ces petites maisons qui sont si heureuses que de vivre sous votre obéissance, afin qu'elles cheminent toujours dans une sainte candeur et simplicité, par l'exacte observation de. leur Institut. Votre bonté, Monseigneur, m'a toujours été si favorable, que je prends librement la confiance de m'adresser à elle pour le bien de ces pauvres maisons, et Dieu sera la récompense de votre soin.

LETTRE MDLXXIV

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