A MONSEIGNEUR JUSTE GUÉRIN
1ÎVKQUE DE GENÈVE, A ftNNECÏ
Regret de partir pour Tlionon, sans avoir reçu sa bénédiction. — Vœu fait par Madame Mathilde do Savoie.
[Annecy, 1639.]
Monseigneur et mon très-aimé Père,
Mon Dieu! qu'il me fâche de partir [pour Tlionon] sans recevoir votre sainte bénédiction! Nous arrêtâmes tout hier pour avoir ce bonheur et consolation; mais Ja bonne fête nous presse pour arriver avant le jour de la Nativité, et le muletier aussi nous sollicite, de sorte que, quelque temps qu'il fasse, il faut partir. Mon très-honoré Père, priez Dieu pour nous que ce voyage soit à sa gloire; je le fais de bon cœur, puisque c'est sa sainte volonté, bien mortifiée de partir sans vous voir, mon très-cher Père. Je laisse à ma Sœur M.-Antoinelte [de Vosery] le soin de préparer ce qui sera requis pour l'accommodement des bons Missionnaires , et d'en parler avec Votre Seigneurie Illustrissime.
Je reçus avant-hier une lettre de M. le marquis de Pianesse, qui m'écrit que dona Mathilde étant dans l'extrémité, Dieu la leur donna, et qu'elle a fait vœu de passer le reste de ses jours au service de Dieu en cette maison. Je crois que votre bonté aura consolation de celle nouvelle. Mon Dieu! Monseigneur, nous reviendrons vous trouver ici.
Mon vrai très-cher Père, que je chéris et honore si tendrement, et avec un entier respect et soumission , Dieu vous conserve! Je suis votre pauvre, humble, indigne fille, etc
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Pistoie (Toscane).
LETTRE MDCXL