AU RÉVÉREND PÈRE DE GONDREN
GÉNÉRAI, DE LA CONGRÉGATION DE l/oRATOIRE, A PARIS
Demande d'un souvenir devant Dieu. — Désir de voir prolonger le séjour d'un Père Oratorien a Annecy.
VIVE f JÉSUS !
[Annecy, 1639.]
Mon Révérend et très-cher Père,
Vous n'avez garde de conserver en votre souvenir une si pauvre et si chétive créature que moi; néanmoins, il y a quatre ans passés que votre bonté m'avait promis de me recommander souvent à notre débonnaire Sauveur, et de m'écrire tous les ans une fois quelques-unes de vos divines pensées et affections. Votre Révérence l'a fait une seule fois. Je ne veux pourtant pas me plaindre, car vous êtes mon très-honoré et très-cher Père; mais je vous ressouviens de votre promesse, et vous dis que j'ai une extrême nécessité de votre assistance devant Dieu, vous conjurant de m'en faire souvent la charité.
Nous avons ici un fort cher gage de votre sainte Congrégation, le Révérend Père N. , homme rare en zèle au service de la gloire de Dieu et du bien des âmes, et l'un des plus désintéressés serviteurs de Dieu qui se puisse guère rencontrer. Il y a environ dix ou onze mois que nous l'avons ici logé avec notre confesseur; il a fait tant de fruits en celte ville, par ses belles et dévotes prédications et conférences, qu'il a gagné le cœur de tous ceux de la ville et des environs. Notre bon prélat Mgr de Genève, que Dieu nous a donné seulement depuis peu de jours1, le siège ayant été vacant quatre ans, a un amour et estime très-particulière de ce bon Père, et désire grandement que Votre Révérence agrée qu'il demeure avec lui. Je vous
1 Mgr Juste Guérin avait été sacré à Turin le 25 juin 1639; toutefois, il ne fit son entrée a Annecy que le 17 août suivant.
en supplie de tout mon cœur, et avec espérance que votre débonnaireté ne nous éconduira pas, puisque même, je crois, cela n'est point contraire à vos statuts, ayant vu plusieurs de vos Pères demeurer ainsi avec des prélats, pour les assister es fonctions de leur charge pastorale. Nous attendons la même grâce, car ce bon Père ne veut arrêter que par obéissance, et j'espère que Dieu bénira sa demeure ici de beaucoup de profits spirituels.
Je demande à Votre Révérence si elle a bien travaillé et beaucoup avancé au sacré dessein dont il lui plut de me parler à Paris. Mon Dieu! que je le désirerais, et d'autant plus que je crois qu'il y a peu d'esprits qui pensent à cela, et qui aient la clarté pour y réussir, comme ferait Votre Révérence. Dieu vous donne le temps et les lumières pour un si grand et utile ouvrage, et comble toujours d'une plus grande sainteté votre chère âme, et lui donne quelque petit ressouvenir d'offrir à la divine miséricorde celle qui demeure en tout respect, votre, etc.
LETTRE MDCXXXVI (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN
SUPÉMEtRK A THONOX
Différer la conclusion d'une affaire.
vive f jésus! %
[Annecy, août 1639.]
Ma très-chère fille,
Nous avions [hier] à soir fait notre dépêche, quand nous reçûmes votre seconde lettre qui m'étonna un peu, voyant que M. votre Père spirituel étant ici, vous ne lui disiez ni écriviez rien de toute cette affaire, et disiez être sur le point de vous accorder. Certes, ma très-chère fdle, lui et moi en serions trèsmarris, craignant que cela ne préjudiciàt et encore n'apportât
du trouble à votre maison. Si l'accord est fait, patience; mais s'il ne l'est pas, il faut absolument retarder jusqu'à ce que lui et moi soyons par delà. 11 partira vendredi et sera samedi vers vous. Il faut donc délayer, ma très-chère fille, pour attendre votre Supérieur. — Je vous donne le bonjour et prie Notre-Seigneur qu'il vous comble de ses grâces. Je suis toute vôtre.
Il faut seulement attendre M. Quêtant pour aider à votre accord s'il n'est pas fait. «La paix est une chère marchandise », disait notre Bienheureux Père; mais aussi, celle de la maison doit être considérée. Enfin, si votre accord n'est pas fait, attendez M. Quêtant; s'il l'est, patience, Dieu accommodera tout, s'il lui plaît. Je le supplie vous combler de ses grâces.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCXXXVII (Inédite)
A LA MÊME
Dispositions à prendre pour un voyage de la Sainte à Thonon.
vivk -}- JÉSUS !
[Annecy], 29 août 1639.
Ma très-chère fille, Il faut adorer Dieu en tout ce qu'il lui plaît permettre nous arriver. L'affaire que vous nous marquez est vraiment fâcheuse; mais vous êtes bien obligée de rendre grâces à Dieu de la miséricorde qu'il vous a faite de vous y être comportée si sagement en vous retirant, et quittant par ce moyen de plus grands bruits contre vous, et de plus grandes parlementeries parmi les séculiers, qui auront sujet de s'édifier de votre retenue, laquelle m'a d'autant plus consolée, qu'elle est conforme à l'esprit des vraies Filles de la Visitation. Soudain la vôtre reçue, nous avons envoyé chercher M. Quêtant, auquel ayant raconté l'affaire, il s'en est allé vers Monseigneur pour faire ce qu'il faut, qui ne
sera autre, comme je pense, pour aujourd'hui, qu'un commandement de part et d'autre de ne rien bouger jusqu'à ce que des prud'hommes aient réglé et donné à chacun ce qui lui vient, conformément à ce que vous avez écrit; car c'est comme je pense le plus court.
Quant à mon passage auprès de vous, Mgr de Genève m'a dit qu'il était nécessaire que j'y aille, ainsi que M. Quêtant vous l'aura écrit. Si vous nous envoyez la litière lundi, nous pourrons partir mardi, pour être là le jour de la Notre-Dame. Si moins, vous enverrez en sorte que nous puissions partir le lendemain de la fête. Je presse un peu parce qu'il me faut être ici pour le commencement d'octobre, à cause des solitudes; et pour me tenir plus prête, je commence de parler à nos Sœurs pour le mois.
M. Quêtant dit que vous n'aviez pas bien compris le jour comme nous le lui avions dit, qui est que si vous faites que l'équipage soit ici lundi, qui est d'aujourd'hui en huit jours, nous partirons mardi, pour arriver auprès de vous le mercredi, veille de la Notre-Dame; ou bien vous l'enverriez pour partir le lendemain de la fête. Plus vous avancerez, et plus vous aurez de temps; mais tâchez d'obtenir de ces dames que nous allions, ma compagne et moi, dans la litière, car j'ai un peu de peine de voir aller une Religieuse seule à cheval. Et si vous pouviez avoir un cheval d'ami pour AI. Marcher, nous le pourrions arrêter quelques jours avec nous. M. Quêtant a fait toute diligence après votre affaire, qu'il a fallu prendre d'un autre biais que nous ne pensions, tout à fait par bon conseil. Or sus, ma fille, ne vous empressez de rien, faites tout doucement ce que vous pourrez, sans désirer davantage. J'écris à M. de Félicia : il voudra quelque chose ou non.
\P. S. ] Ma très-chère fille , voilà un paquet important pour nos Sœurs de Nancy et les autres maisons de Lorraine; pour Dieu que notre bon M. de N. le recommande de bonne sorte,
afin qu'il aille sûrement. Dieu fasse abonder sur vous et votre Camille son saint amour. Je sens de la joie en l'espérance de vous voir. Dieu fasse que ce soit à sa gloire. Il soit béni.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCXXXVIÏI
A MOMSIEUR LE MARQUIS DE PIANESSE
A TURIN
Félicitations sur la guérisbn de sa mère. Joie d'apprendre qu'elle a fait vœu de se consacrer à Dieu au premier monastère d'Annecy.
VIVE -{• JÉSUS
[Annecy], 5 lepterabre 1630,
Monsieur,
Nous avons reçu le 2e et le 3e de ce mois vos deux lettres. Un peu auparavant je vous avais écrit. Dieu soit béni de la bonne espérance que vous nous donnez par la vôtre dernière de la convalescence de notre très-honorée dame, Madame Mathilde, et du saint vœu qu'elle a fait de consacrer le reste de ses jours au service de notre divin Maître et débonnaire Sauveur. Quel bonheur pour Son Excellence et quelle douce consolation pour la vôtre, Monsieur, et pour toutes nous autres, puisque ce bon dessein nous donnera l'honneur de posséder sa chère présence ! Certes, sa maternelle bonté nous oblige en ce choix, plus que je ne vous saurais dire, Monsieur. Hélas! avec quel cœur la recevrons-nous ! nos esprits se réjouissent déjà en cette espérance, Croyez, Monsieur, que nous l'honorerons, servirons et chérirons comme votre et notre vraie et chère Mère. Je vous supplie de l'en assurer, et que nous persévérerons à prier Dieu qu'il lui augmente sa santé et la confirme en ses saints désirs, et veuille, par son infinie miséricorde, combler de plus en plus votre belle âme de son saint amour, vous protégeant en tout, et votre très-illustre famille.
Je demeure invariablement, en tout respect, et incomparable affection, votre, etc.
LETTRE MDCXXXÏX