MAITRESSE DES NOVICES, A NANTES
Conseils pour la distribution des charges. — La Sœur déposée ne doit pas être maîtresse des novices pendant la première année de sa déposition, sans une très-grande nécessité.
vive -J* Jésus!
Annecy, 16 avril 164a
Ma très-chère et bien-aimée fille, Je vous assure qu'il m'a fait très-grand bien de savoir un peu de vos bonnes nouvelles. J'avais bien cette espérance en Notre- Seigneur, que votre visite [canonique] se ferait avec douceur
vin. 16
et paix; j'en bénis et remercie sa Bonté. — Pour la sœur de madame Hardouin, il la faut regarder comme une croix que Dieu veut que votre monastère porte en patience et en faire l'usage que sa Bonté prétend, pratiquant toujours plus envers elle le support, la douceur et la charité.
M. N. , ma très-chère fille, a très-grande raison de trouver mauvais que [l'on nomme étra7igère ma Sœur N.]. Si ne faut-il pas user de ce mot qui est banni de céans, ayant peine à souffrir [qu'une Sœur non professe de votre communauté] exerce les charges ; et quand il a dit [qu'on avait tort], il a dit ce qu'un bon et charitable Père spirituel doit dire et doit faire. Car vraiment, c'est un mauvais levain dans une communauté lorsque l'on prend garde aux charges et à la préséance; c'est signe que les Sœurs sont bien [peu vertueuses] puisqu'elles ne sont pas humbles et détachées d'elles-mêmes et de leur propre estime. Non, je vous assure, ma très -chère fille, il ne faut point se rendre complaisante à cette fantaisie ; et, comme vous dites, ce n'est pas être jeune d'avoir six , sept et huit ans de profession. Quand les plus jeunes passent les anciennes en vertus et bons talents, il les faut employer sans crainte, et rendre les plus âgées capables de cela; car enfin, ma chère fille, après que l'on a tenu les filles basses quelque temps, et que l'on voit que Dieu les dispose à servir la Religion, il les faut mettre en œuvre.
Pour votre catalogue, ma chère fille, il suffira d'y mettre votre bonne Mère, Votre Charité et quelqu'une de nos Sœurs, car je crois que pour cette Ascension nos bonnes Sœurs n'iront guère loin. — Pour ma Sœur la Supérieure de Bourges, il ne la leur faut pas proposer, car nous l'avons promise pour nos Sœurs de Guéret, et quant à ma Sœur la déposée de Troyes, l'on ne vous la pourrait donner, sa maison ayant besoin de son soutien. Au reste, ma très-chère fille, il faut que je vous dise, que si Dieu permettait que vous fussiez réélue, je donne maintenant un petit avis que j'ai toujours eu fort à cœur : c'est, ma
très-chère fille, qu'il ne faut point, sans une très-grande nécessité, mettre les Mères déposées directrices ; et, pour au moins un an, il leur faut faire la charité de les laisser vaquer à Dieu et à elles, leur rendant le devoir de cordialité, respect et union dans les occasions.
Conforme à nue copie de l'original gardé à la Visitation de Voiroti.
LETTRE MDCLXXXVII
A LA MÈRE MARIE- AIMÉE DE RABUTIN
SUPÉRIEURE A THOXOX
Précautions à prendre en temps de peste.
[Annecy, 1640.]
Ma très-chère fille,
Votre messager est arrivé fort à propos pour nous relever c la peine où nous étions d'envoyer un homme jusqu'à Douvainecar nous n'aurions osé le faire passer plus avant, crainte qu'on ne l'eût laissé rentrer ici. Je bénis Dieu de tout mon cœur de ce que vous me dites que la maladie [de la peste] ne fait pas de progrès, et que sa Bonté vous donne le courage et la confiance pour demeurer là sous la protection de sa Providence. Il est vrai que vos maisons sont fort aérées et exposées à la bise, que votre enclos est grand, et que vous n'avez à veiller que sur le devant de votre monastère. Mais, dites-moi, ma chère fille, avez-vous de l'eau pour boire et pour toutes vos autres petites nécessités? car pour celle de votre canal, je ne pense pas, quelque prévoyance que vous ayez de la prendre de nuit, ni quoi que l'on puisse en dire, que vous dussiez vous y fier, puisque c'est une eau commune, et que les pestiférés mêmes y font leurs lessives et la prennent au-dessus de vous. Répondez-moi à ce point.
Or sus, avez-vous fait vos provisions en sorte que vous ne soyez point nécessitées de rien prendre à la ville ni là où les autres
se servent? Où logerez-vous le prêtre qui dira vos messes, afin qu'il n'ait, ni tous ceux que vous tenez à votre tour, aucun commerce ni fréquentation, ni dans la ville ni avec qui que ce soit? car pourvu que vous ayez de l'eau assurée, que vous ayez toutes vos provisions, que votre prêtre soit logé, que ceux qui sont à votre tour se gardent soigneusement, que vous preniez garde à votre réfectoire dont les fenêtres aboutissent sur la rue, au cas que ce quartier-là vînt à être infecté, pour éviter le mauvais air et la fumée des parfums, tout cela étant, je m'accorde avec vous qu'il ne sera que bien que vous ne bougiez point, et que vous êtes là comme aux champs; mais avec tout cela il faudra un peu avoir de préservatifs. Je crois qu'un des plus excellents que l'on pourrait prendre, c'est de l'eau de notre Bienheureux Père ' , encore qu'il en faille avoir d'autres. Votre santé est entière, dites-vous, ma chère fille, Dieu en soit béni ! Vous mangez, vous dormez bien , et pour cela vous vous voudriez remettre à votre premier train, pour retomber malade! Non, ma chère fille, suivez vos petits règlements, et croyez que Dieu a plus agréable votre soumission et obéissance que vos sévérités sur vous-même. [Plusieurs lignes illisibles.]
Pour ce qui est de l'argent du second monastère, elles le prendront quand vous l'enverrez; mais parce qu'elles désirent faire un fonds de trois ou quatre mille florins, pour loger en quelque lieu assuré où l'occasion se présente, elles seraient bien aises de ne pas prendre l'obligation de M. Arpeau. Nos Sœurs de Rumilly, en cas, la pourraient prendre. Envoyez votre argent à Douvaine, faites bien vos bordereaux , et M. Quêtant l'apportera après Quasimodo. — L'on vous envoie le reste des Vies que vous désirez. Regardez en quoi nous vous pourrons servir.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
1 C'est-à-dire de l'eau dans laquelle on a fait tremper quelques reliques de saint François de Sales ; ce moyen , plus efficace que tous les remèdes humains, a garanti de la peste grand nombre de monastères de la Visitation.
LETTRE MDCLXXXVIII A LA MÈRE MARIE-ÉLËONORE GONTAL
SUPÉRIEURE A NICE
Mieux vaut souffrir un tort que d'entrer en procès. — Dans quelle mesure on peut
s'occuper de l'instruction des jeunes filles. — Regrets de la mort du chevalier
anus de Sales.
vive f jésus!
[Annecy, 1640.]
Ma bien-aimée fille,
Assurez-vous que je n'ai garde de vous oublier. Vous m'êtes trop chère et suis grandement contente de vous, puisque vous m'assurez que vous ne pensez plus à vous ennuyer d'être Mère, et que vous le serez autant que Dieu voudra. Demeurez bien ainsi soumise à cette divine volonté, qu'elle fasse de nous au temps et à l'éternité ce qu'il lui plaira.
Mon Dieu! ma fille, que vous avez bien fait de vous accorder avec ces deux bonnes Religieuses, et leur quitter du vôtre plutôt que de vous embarquer en procès; cela est faire selon l'esprit de notre saint Fondateur. Je me sens grandement obligée à M. l'archiprêtre des soins qu'il prend pour vous , et lui en offre, par votre entremise, un très-humble remercîment, avec la prière instante que je lui fais d'avoir quelque peu de mémoire de moi en ses saints sacrifices. Excusez-moi, s'il vous plaît, ma très-chère fille, si je ne lui écris pas; certes, en l'âge où je suis, il est temps, ce me semble, plus que jamais, que je n'écrive que pour répondre ou pour des grandes utilités. Vous êtes une si brave Mère que vos remercîments et témoignages de gratitude suffiront bien.
Quant à ce que vous me dites de l'instruction des jeunes filles, je trouve très-raisonnable qu'ayant reçu de la ville le bienfait qu'elle donnait aux Ursulines, vous correspondiez à leurs desseins, au moins en quelque chose. Votre lettre n'a pas devancé ma pensée, qui était d'avoir un parloir à part, et qui regarde
dans la chambre où telle instruction se fera, où la Sœur qui en aura la charge ira tous les jours une fois , ou de deux jours l'un (mais, s'il se peut, tous les jours ce sera le mieux), voir comme la maîtresse s'acquitte de son devoir; voiries exemples, montrer les ouvrages et instruire à la piété. Il faut rendre cordialement ce service à ce bon peuple qui le désire tant, et espérer que Notre-Seigneur en tirera sa gloire et le bien de ces petites âmes, esquelles on tâchera à bonne heure de planter profondément la crainte de Dieu, la dévotion envers la Sainte Vierge, saint Joseph et leurs bons Anges.
Il est vrai, ma très-chère fille, j'ai été troublée du décès du bon M. le chevalier de Sales ' ; mais , mon Dieu , n'est-il pas heureux d'avoir fait si saintement son passage? Qu'y a-t-il de souhaitable dans ce monde, que de mourir en sa sainte grâce? — Vous savez bien qu'en vérité vous êtes l'une des plus chères filles de mon cœur, à laquelle je souhaite toute sainte perfection. Priez notre bon Dieu pour moi. Votre, etc.
LETTRE MDCLXXXIX
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DK RABUTIN
SUPÉRIEURE A THOXON
Affectueux intérêt pour la communauté de Thonon exposée à la contagion. — Affaires diverses. — L'âme dcit demeurer paisible dans l'état où Dieu l'a mise.
VIVE f JKSUSÎ
[Annecy, 1640.]
Ma très-chère fille,
Les dispositions que vous me marquez pour vous garantir du mal [de la peste] sont assez bonnes, pourvu que la divine Bonté ait l'œil sur tout cela pour en être la conduite et le principal préservatif, ce que j'espère qu'elle fera. Il faudra attendre une
1 Le chevalier Janus, frère de saint François de Sales, était décédé à Nice en février 1640, dans les plus édifiantes dispositions.
conservation universelle de sa bonté sur cette ville-là. Vous avez un bon et charitable Père spirituel, et lequel, en cas de nécessité, ne manquera pas de vous faire apporter des choses nécessaires. A ce que je vois, prou de choses vous manquent, et ces bonnes Sœurs sont admirables de vouloir être si bien traitées en un temps où il y a tant de peine à le faire. La nécessité leur apprendra à se passer de ce que l'on pourra. Dieu vous donne son Saint-Esprit pour connaître et faire ce qui est le plus expédient pour subvenir à leur vivre et vêtir. Je trouve que l'un n'est guère moins nécessaire que l'autre : l'on peut vivre avec du pain et de l'eau, mais l'on ne se peut passer du vêtement.
Pour ce qui est de cette bonne fille, puisque vous savez la volonté du père, qui consent à sa vocation et à lui laisser ses pistoles, et qu'il leur reste suffisamment pour s'entretenir, je crois que vous ne devez pas vous mettre en peine du bruit que fait le frère. — Quant à votre horloge, je vous dirai que l'on dit que M. Sylvestre les fait bien et les raccommode bien ; M. le doyen de Notre-Dame le nous a dit. Quant à votre santé, béni soit Dieu qui la vous donne; mais je vous prie, n'en présumez point tant que vous veniez à négliger les règlements que nous vous avons donnés, car je sais bien que vous avez une complexion qui a besoin d'être soignée et conservée.
M. Marcher vous écrit touchant les affaires de nos Sœurs de la seconde maison : elles eussent reçu à grande charité si vous leur eussiez pu donner l'entier payement pour faire une affaire de conséquence ; et comme vous dites n'avoir d'argent, nous avons pensé que nos Sœurs de Rumilly prendraient bien la dette de cent ducatons. M. Marcher vous écrit tout cela; c'est pourquoi je viens à votre chère âme, que je vois que notre bon Dieu favorise de beaucoup de grâces et de saintes lumières, dont je le bénis de tout mon cœur, qui vous chérit toujours plus tendrement et fortement; nonobstant sa misère, il aime ceux qui aiment Dieu. Vous faites grande charité de me recommander à sa miséri-
corde: j'en ai bon besoin. Je ne désire sinon la grâce de faire et soutfrir ce qu'il lui plaira et comme il lui plaira. Je ne crois pas qu'il faille courir après les lumières, bien que sous prétexte d'en tirer le fruit ou de la gratitude ; car je crois qu'elles portent avec elles l'effet de cela, bien qu'il ne le semble pas , et qu'il est toujours mieux de demeurer en Dieu en l'état qu'il tient l'esprit, que de vouloir voir comment ni ce qui se passe. Enfin, je pense que vous n'avez qu'à vous tenir ferme à recevoir simplement ce qui vous sera donné, et à ne permettre à votre âme que le moins de mouvements que vous pourrez, sinon quand le Maître les excitera; encore faut-il coopérer avec retenue et fort paisiblement. Moins l'on se remue, et mieux Nôtre-Seigneur fait ses ouvrages. Hélas! je vous dis selon la lumière que je pense que sa Bonté me donne pour votre consolation, et non selon que je fais, car aussi ne suis-je digne de tant de grâces, mais une pauvre, chétive, impuissante à tout bien. Dieu soit béni et glorifié de nos âmes en tout et partout, et nous fasse la grâce de l'aimer éternellement en cette seule et désirable bienheureuse éternité. Oh Dieu ! ma fille, que vos prières m'y portent nonobstant mes misères.
Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitaliou d'Annecy.
LETTRE MDCXC (Inédite)
A LA MÊME
Diverses affaires. — Recommandations affectueuses.
VIVE •{- JÉSUS
[Annecy], 9 mai 1640.
Ma chère fille,
L'on ne fait pas ce que l'on veut, mais ce que l'on peut. Nous ne vous pouvons prêter un fer, car nous n'en avons qu'un; l'autre est tout à fait gâté. Un serrurier à qui les Mères Anuon-
ciades le voulurent donner pour le faire repolir, l'a tout à fait gâté et démarqué. — Je suis bien aise que vous m'ayez mandé au long l'affaire de cette prétendante; il faut attendre avec patience ce que Dieu en ordonnera. Je vous recommande toujours le soin de votre santé. Vous pouvez penser que nous ne sommes pas sans appréhension de vous sentir dans ces hasards. Je trouve que vous avez un peu trop de condescendance à faire saigner cette Sœur par un chirurgien; n'y retournez plus en ce temps ici [de peste], et vous portez toujours bien, je vous en conjure. Je veux dire que vous fassiez ce qui se peut pour cela, et notre bon Dieu fera ce qu'il lui plaira. Il soit béni. Je suis vôtre de cœur. — Sans loisir.
Si l'on me parle de la Sœur J. -Marie , je répondrai selon votre désir. J'écrirai une autrefois à ma chère Sœur Françoise-M. qui m'a écrit. Je la salue. Parfumez vos lettres avant que de les fermer, crainte d'envoyer du mauvais air.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCXCI
A MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY
A MOULINS
La Sainte s'excuse de ne pouvoir se rendre à Moulins. — Désir de la bienheureuse éternité. — Projet de la fondation d'Avallon.
vive f jésus!
[Annecy], 9 mai [1640J.
Madame, Je dois et porte tant de respect à votre mérite et à vos désirs qu'il n'y a que mon impuissance qui me pût empêcher de les suivre. Je suis donc tout à fait persuadée de vous obéir, ma très-honorée Madame, et vous assure que je le ferais de tout mon cœur, mais je ne vois nul moyen pour le faire; car me voici dans la dernière année de mon triennal que je voulais briser à
cette première Ascension, mais Mgr de Genève et nos Sœurs ne me l'ont pas voulu permettre. Il faut donc que je fasse encore le tour d'une année entière, si Dieu m'en donne la vie, nonobstant l'extrême lassitude où je me trouve pour la pesanteur de tant d'occupations et d'années, car j'atteindrai septante années au mois de janvier prochain. Jugez, Madame, si c'est pour penser à faire d'autre voyage que celui de la très-sainte éternité, que j'attends en patience de la divine miséricorde et que je désire de tout mon cœur, le temps de mon pèlerinage m'étant bien long; mais en tout la très-juste et très-adorable volonté de mon Dieu soit faite. Si nous voyions Mgr d'Autun, certes je m'essayerais de le persuader de ne point priver notre maison de Moulins de l'utilité et profit spirituel qu'elle recevrait de la visite du Révérend et très-vertueux Père de Lingendes. Il y a bien de l'apparence que ce bon prélat a eu quelques avis de personnes mal informées et mal affectionnées; il est si bon que j'espère qu'un peu de temps fera dissiper ce nuage.
Pour la fondation d'Avallon, je n'ai rien à dire, pourvu que ma Sœur la Supérieure ne rompe point son triennal pour cela, qu'elle le conduise jusqu'au bout, et qu'elle ait de quoi fournir des bonnes filles et du temporel, selon que le Coutumier marque, car pour nos règlements/ ma très-chère Madame, j'ai un grand désir que nous les suivions au pied de la lettre; autrement nous ferons déchoir notre pauvre petite Congrégation de son esprit qui mérite bien d'être conservé. Dieu soit toujours l'ardeur et la force de votre courage, et fasse réussir vos saintes pensées selon ses éternels desseins ! Recommandez-moi, s'il vous plaît, à sa divine miséricorde, puisque je suis de cœur et en tout respect, Madame, votre, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.
LETTRE MDCXCII
A LA MÈRE CATHERINE-ELISABETH DE LA TOUR
SUPÉRIEURE DE LA COMMU.VAUTÉ DE CHAMPLITTE RÉFUGIÉE A CRAY
Conseils pour l'élection qui doit se faire à Gray ; de quel jour faire dater l'établissement de ce monastère. — Les Petites Coutumes ne sont pas achevée.,.
vive -J* jésus!
[Annecy], 16 mai [1640].
Ma très-chère fille,
Votre messager arriva hier au soir pendant Matines, et ce matin il demande la réponse avant le réveil, et dit que si on ne la donne promptement qu'il partira sans cela; si bien, ma trèschère fille, que je vous réponds seule au point plus pressé qui est touchant votre déposition, car nous ne pûmes faire à ce soir que de lire votre lettre. Or, ma très-chère fille, vous devez permettre que l'on vous remette sur votre catalogue, et puis mettez avec vous celles de vos Sœurs ou autres que vous jugerez avec l'avis des Sœurs conseillères et de M. votre Père spirituel; et si Notre-Seigneur permet que vos Sœurs vous réélisent, embrassez généreusement ce fardeau, et prenez nouveau courage à servir cette petite troupe. Nous verrons à loisir votre lettre et y répondrons de point en point. Vous devez commencer à tenir la Supérieure que l'on élira à cette Ascension pour Supérieure de Gray, et vos livres de Champlitte doivent être conservés pour lorsque l'on y retournera. Et, à présent, il faut commencer les livres du monastère de Gray, et votre établissement doit commencer le jour que votre Père spirituel ou autres feront la prédication et vous publieront être reçues à Gray.
Ma très-chère fille, il faut avoir grande compassion de cette pauvre Mère de Fribourg. Je ne puis dire davantage, car votre messager s'en veut partir sans avoir nos lettres. Voilà une paire d'Heures. Pour les Petites Coutumes, elles ne sont pas encore
achevées d'être accommodées à cause des continuelles occupations que l'on a dans ce béni monastère. Bonjour. — Veille de l'Ascension.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCXCIII {Inédite)