‹ Lettres (volume 2)Chapitre 85 sur 163 · SUPERIEURE DE LA COMMUNAUTE DE SAINT-AMOUR RÉFUGIÉE A DOURG E.V BRESSE · texte numérisé non relu

SUPERIEURE DE LA COMMUNAUTE DE SAINT-AMOUR RÉFUGIÉE A DOURG E.V BRESSE

Heureuses sont les âmes dont l'exil en ce monde est abrégé. — Prendre conseil pour le choix de la ville où elle devra transférer sa communauté chassée de Saint-Amour. — Regret de ne pouvoir la secourir.

vive f JÉSUS !

[Annecy], 24 juillet 1640.

Ma très-chère et biex-aiaiée fille,

Je me réjouis avec Votre Charité de la consolation que vous possédez en la présence de notre très-aimée Sœur la Supérieure de Bourg. Je ne doute nullement que la suavité de sa conversation ne vous apporte beaucoup de bien, aussi bien que l'exemple de ses vraies vertus. Mais, ma très-chère fille, j'apprends que votre santé est bien petite ; certes, cela me touche pour la perle que nos bonnes Sœurs feront si tôt de votre chère personne; car pour vous, ma chère fille, je vous donnerais plutôt de la joie que de vous condouloir sur l'avis que les médecins donnent de votre peu de vie, m'étant semblant qu'il n'y a rien à estimer en ce monde, que de bien vivre et s'en aller bientôt en paix en la grâce de notre bon Dieu. Hélas ! ma chère fille, n'êtes-vous donc pas bien heureuse de voir ainsi abréger votre pèlerinage? Persévérez à tenir votre cœur bien soumis et paisible dans la très-sainte volonté de Dieu.

Véritablement, s'il n'y a pas apparence que de longtemps vous ne puissiez retourner à Saint-Amour, et que l'on vous conseille de chercher à loger votre communauté, il faut bien peser, considérer et prendre bons avis, et puis faire ce qui sera jugé pour le mieux. Je dirai bien, ma très-chère fille, que Montluel est, ce me semble, une petite ville fort écartée du passage, et où, si je ne me trompe, il n'y a pas grand secours temporel ni

spirituel1. Le bon Père qui nous a remis vos lettres, et qui vous porte une si sainte et paternelle affection, m'a dit qu'il y aurait une autre petite ville sur ia rivière de Loire où il y a une maison des Pères Jésuites, et laquelle est neutre, appartenant à mademoiselle de Montpensier, qu'il serait assez facile de vous y établir. A la vérité, ma chère fille, en ces temps de guerre, ce serait un grand bien d'être dans une ville neutre; car nous ne savons jusqu'à quel point ces malheurs de guerre iront. C'est toujours un grand bien d'être proche de Lyon, où vous pourriez vous retirer en cas de danger; enfin adressez-vous à nos bonnes Sœurs de là pour faire parler à Mgr le cardinal votre Supérieur, afin qu'il ordonne de vous selon son bon plaisir. J'écrirai à nos Sœurs de Lyon, afin qu'elles prennent un peu votre affaire à cœur.

Vous me dites, ma très-chère fille, que si les maisons qui font des fondations pouvaient vous décharger de trois ou quatre Sœurs, cela vous donnerait plus de commodité de loger le reste; à cela je vous dis, ma chère fille, que je ne sache, pour maintenant, que nos Sœurs de Dijon sur le point de faire une fondation, et d'ordinaire on est bien aise de ne pas beaucoup mélanger et de connaître à fond celles que l'on envoie au commencement des maisons ; mais, si vous m'en croyez, ma chère fille, employez la bonne volonté de nos Sœurs de Saint- Etienne et de nos Sœurs de Pont-à-Moussou. Les Mères de l'une et de l'autre de ces maisons m'ont écrit, il n'y a pas longtemps, qu'elles étaient toutes prêtes, quand vous voudriez, à prendre chacune deux de vos Sœurs : ce sont des maisons laites, bâties et rentées; acceptez l'effet de leur charité, et voilà quatre de vos filles bien logées. Ecrivez aux Supérieures

1 Ce fut cependant à Montluel que la petite communauté chassée de Saint-Amour se fixa définitivement, le 21 novembre de cette année 1(340. Treize ans plus tard, un essaim sorti de ce monastère alla rétablir celui de Saint-Amour, qui subsista jusqu'à la Révolution française.

de ces deux maisons-là, et sachez d'elles quand et par où il

leur plaît que vous leur envoyiez vos Sœurs. Vous pourrez savoir

de nos Sœurs de Dijon si les passages sont libres pour aller en

Lorraine.

Ma Sœur la Supérieure de Rouen m'a mandé qu'elle vous donnerait cent écus ; je m'en vais lui écrire et à Pont-à-Mousson, et à Saint-Etienne et à Lyon, afin que l'on tâche de vous aider en tout ce qui se pourra; et croyez, ma très-chère fille, que si nous avions autant de moyens de vous secourir que de bonne volonté, vous n'auriez besoin de rien; mais c'est la très-sainte volonté de Dieu de nous priver de cette consolation, étant en un pays si destitué d'argent qu'à grand'peine cette maison, qui est chargée de soixante personnes tant dedans que dehors, peut rouler. — Voilà la quittance pour prendre encore les cinquante écus à Nantua. Croyez bien, ma chère fille, que c'est de l'abondance de notre cœur, non pas de notre bourse, que nous vous faisons cette petite charité, qui part du meilleur du cœur de votre très-humble.

Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.

LETTRE MDGGXVI

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIIV

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