A LA MÈRE CATHERINE-CHARLOTTE DE CRÉMAUX DE LA GRANGE
SUPÉRIEURE k BORDEAUX '
La Sainte se réjouit de la fondation de Bordeaux. — Edification qu'on attend de ce nouveau monastère. — Souhaits de bénédiction.
Ma très- aimée et très-chère fille,
Mon Dieu ! que j'ai été consolée d'apprendre toutes les petites aventures de votre voyage, et comme enfin notre bon Dieu a réduit toutes choses à sa gloire et à notre utilité! Nul bien sans peine, ma très-chère fille, et jamais Noire-Seigneur ne permit que les œuvres qui doivent beaucoup contribuer à sa gloire s'établissent que parmi plusieurs difficultés. Bénie soit son infinie Bonté qui les a terminées heureusement et de ce que vous êles si bien accommodées avec vos chères Sœurs de Lyon. Certes, en ces grandes villes où tout est si cher, il est bien nécessaire d'être fondées.
Je me souviens bien que vous vous entendez à l'économie, et que vous ménagez bien : je sais encore mieux que vous avez beaucoup de lumières pour les choses de l'esprit et que vous êtes fort intelligente de tout ce qui est de l'Institut. Faites valoir
1 La fondation de Bordeaux fut inspirée par la Sainte Vierge elle-même. Une dame de qualité étant résolue d'établir une maison religieuse vit cette Reine du ciel lui présenter des Filles de la Visitation, en disant : « Ce sont celles-ci que je veux. »
La Mère Catherine-Charlotte de Crémaux de la Grange, accompagnée de Sœur Marguerite-Elisabeth Sauzion et de neuf autres professes de Bellecour, arriva à Bordeaux le 1er juin 1640. Toutefois, divers obstacles retardèrent leur installation jusqu'au 2 juillet suivant. Les libéralités de la fondatrice ne purent empêcher les Religieuses de participer largement aux trésors de la pauvreté de Jésus-Christ, qui les dédommagea de la privation des biens de ce monde par des faveurs intérieures très-spéciales. (Histoire inédile de la fondation de Bordeaux.)
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tout cela pour la gloire de Dieu et l'utilité des âmes qui sont sous votre charge. Ma fille, Dieu vous a colloquée et toutes vos chères compagnes en un lieu éminent, où vous serez regardées non-seulement de tout le peuple de cette grande ville, mais de toute la province, et avec des yeux et des esprits prévenus d'une merveilleuse estime de notre manière de vie, croyant que, comme filles de notre saint Fondateur, vous leur en devez représenter l'image vivante, par votre douceur, modestie, dévotion, sagesse et retenue en toutes vos paroles et actions, et enfin en la pratique des plus excellentes vertus qui reluisaient en lui. Je ne doute point que persévérant en l'aimable et cordiale union qui règne entre nous, cela n'attire une très-abondante bénédiction sur ce nouvel établissement, où l'on verra croître et multiplier les plantes de toutes vertus. Je prie l'infinie Bonté qu'il en soit ainsi, et qu'il vous donne une si abondante plénitude de l'esprit de notre sainte vocation, que vous le puissiez répandre sur toutes lésâmes qu'il amène en votre Congrégation. Ma chère Sœur, surtout ayez de la douceur; ne traitez rien avec ardeur, mais toutes choses avec un esprit paisible, humble, patient et condescendant en toute action légitime; celles qui ne le sont pas, s'en retirer avec modestie, sans chaleur de parole ou d'action. Si vous ne m'étiez pas une fille précieuse , et que je désire qui réussisse à la gloire de Dieu, peut-être que je n'eusse osé vous dire tout cela; mais votre bon cœur, qui a toujours été joint au mien, m'en donne confiance; et vous êtes et vous serez toujours, ma très-chère fille, ma Mère ma mie, que j'aime chèrement. Dieu vous bénisse et toutes nos chères Sœurs vos filles et les miennes bien-aimées! Priez toutes pour moi qui suis vôtre en Notre-Seigneur.
Extraite de l'Histoire inédite de la fondation de Bordeaux.
LETTRE MDCCXIV [Inédite)
A LA SOEUR MARIE-MADELEINE DE GRANIEU
a GRE.VODLK
Promesse d'une communion générale et d'une neuvaine. — Les tentations ne sauraient souiller une âme qui les rejette.
vive \ JÉSUS !
[Annecy, 1640.]
Ma très-chère fille, Je vous assure que s'il me fût été permis, nous fussions allées vers vous avec consolation; mais il n'a pas plu à Dieu, puisque l'obéissance ne l'a pas agréé. Nous n'avons pas encore reçu votre tableau, ma très-chère; aussitôt que nous l'aurons, nous l'offrirons selon votre désir, et cependant nous ferons demain la communion générale à votre intention, et je ferai une neuvaine ensuite, car j'ai fort à cœur la pureté et conservation de votre chère âme au saint amour de notre divin Sauveur. Ayez bon courage, ma très-chère fille; ne vous étonnez ni effrayez pour les assauts qui vous sont donnés, sur l'assurance que vous devez avoir que tout l'enfer ensemble ne saurait souiller une âme qui dénie son consentement au mal, car il n'y a que la volonté qui fasse le péché. Souffrez donc les attaques avec humilité, et vous fortifiez dans une absolue confiance que Dieu vous tirera de la fournaise de cette affliction pure et reluisante comme l'or qui sort du creuset, si vous lui êtes fidèle à ne vouloir point le mal, comme j'espère qu'il vous en fera la grâce, ainsi que de toutes mes forces j'en supplie sa Bonté par les intercessions de notre Bienheureux Père, qui, je m'assure a un soin tout particulier de vous. Nos Sœurs prient de bon cœur pour vous, sans savoir qui vous êtes. Ayez patience et courage, et vous déterminez d'être toute à Dieu, et vous verrez sa gloire. Je suis d'une affection très-sincère toute vôtre en Notre-Seigneur.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.
LETTRE MDCCXV