SUPÉRIEURE AU DEUXIÈME MONASTÈRE DE PARIS
Mécontentement qu'exciterait dans l'Ordre l'établissement d'un Visiteur. S'en tenir aux moyens d'union prescrits par saint François de Sales.
vive -|- jésus!
[Annecy, 1640.]
Que veut dire, ma très-chère tille, que dès l'élection de votre supériorité je n'aie aucune nouvelle de votre maison, et ne sais qui est élue chez vous? Je pense pourtant que c'est vous, et tant plus je pense que vous vous dépitez contre moi. Qu'ai-je fait? Pourquoi, ma très-chère fille, me garder un si grand silence? Je n'ai pas répondu à votre dernière, car j'allais attendant des nouvelles de Paris, pour ce béni Visiteur, et de celles de nos monastères qui en sont avertis et en grand nombre, bien que non pas de ma part. Vous êtes la seule maison qui l'approuviez, avec celle de la ville; [les autres] qui le savent en ont appréhension queMesseigneurs leurs prélats les quittent d'affection et en disent de bonnes raisons. Ce sentiment étant si grand, et les dispositions si éloignées d'agréer ce dessein, s'il était poursuivi il est clair que cela troublerait toute la paix de notre petite Congrégation, surtout de la manière que l'on propose de l'établir, laquelle vraiment par son autorité fermerait bien la
bouche à tout le monde, mais sans doute ouvrirait la porte à de grands mécontentements et troubles dans l'Institut, et empêcherait tout le fruit que l'on peut espérer.
Je remarque dans deux ou trois lettres, que l'on prétend que le Visiteur peut, durant ses cinq ans, remédier par son autorité aux petits inconvénients qui pourraient arriver es monastères, par exemple à ce qui s'est passé de ces Sœurs renvoyées de Rouen ; jamais je n'avais entendu cela, car ce serait être Supérieur général par-dessus nos bons seigneurs et prélats, ce qui serait tout à fait contraire aux intentions de notre Bienheureux Père et à toutes nos Règles et Constitutions; cela ne se peut faire ni recevoir sans renverser les fondements de l'Institut où 3e Bienheureux a tout établi en douceur et charité. Il faut réduire «es grandes autorités à cet esprit-là, autrement on renverserait tout; et, s'il faut un Visiteur, qu'il soit de charité, agissant sous l'autorité et bon plaisir de nos légitimes Supérieurs, sinon qu'il arrivât quelque grand déchet en la Congrégation, qui ne pût être remédié par les moyens marqués au Coutumier, alors il faudrait recourir au Saint-Père, oui ferait de soi-même ce qu'il jugerait nécessaire l. La chose étant éventée, l'on ne fera rien autrement, et c'est mon sentiment qu'il est plus expédient de laisser les choses comme elles sont au soin de la divine Providence qui sait et qui fera, quand il en sera besoin, ce qui sera requis pour la conservation de ce qu'elle a établi ; cependant tenons-nous fidèles à nos observances. Je vous prie, lisez ceci à nos Sœurs pour réponse à ce qu'elles m'avaient écrit, et croyezmoi, parlons de ceci le moins que faire [se peut]. J'écris à nos bons seigneurs. Ma très-chère fille, que j'aime de cœur incomparable, priez pour moi.
Ma très-chère fille, j'ai encore le temps d'écrire un mot à ma
1 Ce recours au Saint-Père ne fut jamais nécessaire; l'Institut s'est conservé dans sa ferveur primitive par les seuls moyens de charité et de cordiale déférence indiqués par les saints Fondateurs.
Sœur la Supérieure de la ville; je tous prie de le lui faire tenir promptement.
Ma très-chère fille, je tous dis derechef, ne parlons plus de Visiteur en façon quelconque, et laissons étouffer cela en toute façon. — Ma fille, je ne puis écrire pour ce coup à notre chère Sœur de la ville par ce messager, outre qu'il n'y a guère que j'y ai écrit; mais faites-moi ce bien de faire tenir sûrement ce paquet à mon très-bon Mgr de Bourges, auquel il y a bien longtemps que je n'ai écrit et à notre bon Mgr de Châlon.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Dijon.
LETTRE MDCCXIX