A LA M EUE MARIE-MARTHE DE MARTEL
SUPERIEURE A COXDRIEl
Un cœur droit trouvera auprès de sa Supérieure le secours dont il a besoin. — L'habit religieux remplace ceux de toutes les confréries.
[Annecy, 1640.]
Je suis très-consolée, ma vraie fille, de la paix et de l'union qui régnent dans votre maison. Au nom de Dieu, conservez-les très-précieusement : c'est tout votre bien; et que vos Sœurs ne respirent et ne cherchent qu'à se tenir au dedans et bien ramassées autour de Notre-Seigneur, qui est la vraie vie. Il faut incomparablement garder notre sainte clôture. Oh ! que l'amourpropre est subtil ! il met tout en usage pour parvenir à ses fins : un esprit simple et droit trouvera auprès de sa Supérieure ce que les esprits faibles et peines cherchent inutilement au dehors. — Pour ces confréries, cordons et habits de Notre-Dame, et choses semblables dont vous me parlez, quand nous fîmes profession notre Bienheureux Père nous fit quitter tout; et la même proposition que vous me faites, ma chère fille, fut faite à
ce Bienheureux, qui répondit : « On ne trouve pas de toutes sortes d'herbes et de fleurs dans un même jardin; il faut que chacun se contente de produire selon qu'il est ensemencé. » Nous aurions tort si nous trouvions mauvais que les autres ne portassent pas la croix d'argent ni ne pratiquassent pas les exercices de la Visitation; nous sommes très-spécialement filles de la Sainte Vierge, et, très-indignes, nous portons l'habit de son cher Institut. Il se faut très-humblement arrêter à cela, et seulement mettre attention à bien faire ce que ce saint habit requiert.
Extraite de l'Histoire de la fondation de Condrieu [Année Sainte, IIIe volume.)
LETTRE MDCCXX
A LA MÈRE LOUISE-DOROTHÉE DE MARIGNY
SUPÉRIEURE A MOXTPEI.MER
Promesse de répondre fidèlement à ses lettres. — Obéissance pour le retour de Sœur F. E. de Nouvery. — Les monastères de Provence sont préservés de la peste.
[Annecy], 24 août [1640).
Ma très-bonne et chère fille,
Le divin Sauveur nous console de sa divine conduite en cette vie et de sa claire vision en l'autre! Amen! Je pensais n'avoir jamais manqué à répondre distinctement à tout ce que je pensais que vos lettres me proposaient; mais j'y serai encore plus attentive y ayant grande affection; et fort souvent, par ce motif, il me semble avoir écrit de ma main. Rarement aussi je ne manque à lire vos lettres, ce que je fais fort peu pour les autres, ayant peine meshui de m'occuper à lire et à écrire. Vous tenez un rang en mon cœur tout particulier, et qui me ferait beaucoup souffrir pour vos maladies si je n'y regardais la volonté de Dieu. Au nom de sa divine Bonté, conservez-vous et n'oubliez rien pour cela; vous voyez si vous êtes nécessaire à votre maison.
Fortifiez en la solide humilité les filles que vous voyez sincères
à leur vocation et capables pour être dressées au gouvernement. Voilà l'obéissance de notre Sœur F.-Emm. [de Vidonne de Xouvery]; mais ne l'envoyez que quand les chemins seront nets de peste et libres de gens de guerre, autrement elle courrait fortune d'affront, tant l'insolence est grande maintenant! Bref, je laisse cela à votre volonté et discrétion pour le faire selon que vous jugerez; car en cela et en tout, tandis qu'elle est sous votre main, je désire que vous en fassiez comme de l'une de vos filles et qu'elle se soumette ainsi. Hélas! certes je l'aime, car elle est bonne; mais, grâce à Dieu, nous n'aurions pas besoin d'elle, n'était sa consolation : il ne lui faut pas pourtant dire. Et je vous prie, dites-lui franchement comme l'on a remarqué cette vanité et jactance de louange de parenté. J'ai une aversion mortelle à cela; avertissez-la charitablement et cordialement de tout, et lui témoignez grand amour et confiance, cela lui profitera. — Dieu soit béni du prompt secours qu'il donne à votre pauvre novice, et de ce que sa Bonté vous a si heureusement préservées de la peste ! certes, vous y avez apporté aussi toutes les précautions nécessaires en telles occasions.
Grâce à Dieu, je n'ai point encore su qu'il soit arrivé de mal en pas une de nos maisons de Provence. J'espère que Dieu les conservera; j'en supplie sa bonté. — Ma fille, quand vous m'écrirez mettez à part ce qui ne sera que pour moi, bien que jamais personne ne lise vos lettres que moi ou ma Sœur J. -Th. Picoteau en qui je me confie de tout avec raison; mais je ne puis plus beaucoup lire, ni certes écrire, je m'en lasse promptement. Ma très-chère fille, priez bien notre bon Dieu de me recevoir entre les bras de sa débonnaireté à ma sortie de ce monde, et je le supplie de vous conserver longtemps pour sa gloire, et de vous combler de son saint amour, auquel je suis de cœur et d'affection incomparable, toute, toute vôtre. Je salue nos chères Sœurs, etc.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
ANiMEE 1640. 301
LETTRE MDCCXXI