ARCHEVÊQUE DE BESANÇON
Humilité de la Sainte. — Charitable accommodement entre les communautés de Besançon et de Fribourg. Don fait pour une fondation à Lons-le-Saulnier.
Annecy, 15 octobre 1640.
Monseigneur,
Nous avons reçu depuis peu de jours votre chère lettre. «Te vous rends très-humble grâce de la permission que vous donnez à ces pauvres Sœurs de Fribourg pour leur établissement à Dole, et de l'honorable et cordiale approbation que votre bonté fait de notre Coutumier.
Mais, mon Dieu! mon très-honoré seigneur, combien me suis-je rendue indigne du titre que vous m'y donnez; je ne saurais penser à la grâce de ma vocation, sous la conduite de notre Bienheureux Père, ni à la croyance que plusieurs ont que j'en ai tiré le fruit que je devais, sans douleur et sans larmes. Oh! que mes ingratitudes et le peu de fidélité à y correspondre me servent d'une poignante épine, quand j'y pense! La confiance paternelle que votre cœur me témoigne tire ces paroles du mien. Hélas ! mon très-cher seigneur, que les jugements de Dieu sont bien différents de ceux des hommes! Obtenez-moi miséricorde de ce divin Sauveur, et grâce pour accomplir entièrement sa très-sainte volonté, puisque votre débonnairelé m'a fait la grâce de m'accepter pour sa fille, afin que les prières que
j'offrirai incessamment à sa divine Majesté pour votre conservation, Monseigneur, et pour votre consommation en son saint amour, lui puissent être agréables et à nous profitables, et que surtout sa douce Bonté nous donne le contentement de voir bientôt une sainte paix et renouvellement d'esprit dans votre cher diocèse, si accablé des ruines de cette misérable guerre. Vous me commandez, mon très-honoré seigneur, de vous dire en confiance mon sentiment sur l'accommodement que ces dignes et vertueux ecclésiastiques ont fait entre nos très-chères Sœurs de Besançon et de Fribourg. Ils traitent cette affaire avec beaucoup de raison et de justice; car, en effet, tous ces traités [antérieurs] sont de nulle valeur puisqu'ils sont faits sans l'autorité du Supérieur. Mais pour les raisons, ou plutôt pour ies considérations douces et charitables que nous devons avoir traitant ensemble, afin de conserver la sincérité que nous devons, je crois, mon très-honoré seigneur, que votre débonnaireté fera régner la charité au lieu de la justice, et que votre bonté ne désagréera pas que je lui en dise tout simplement les motifs qui m'en sont venus à notice, et que je joins à cette lettre, laquelle je n'eusse osé envoyer sans le commandement que vous m'en faites, les soumettant, et ma volonté et mon jugement, très-absolument à tout ce que votre prudente charité vous dictera, et veux espérer que nos Sœurs de Fribourg recevront aussi ce qu'il vous plaira en déterminer, avec la révérence et soumission qu'elles doivent. Pour nos chères Sœurs de Besançon, je n'en puis douter, bien qu'il y en ait quelqu'une un peu portée au temporel, mais vraiment non pas la Alère qui me paraît une vraie fille selon l'esprit de sa vocation. Si notre Bienheureux Père était en vie, je ne lui écrirais pas mes pensées avec plus de fidélité que je fais à votre débonnaireté, mon très-cher seigneur, qui m'en donnez aussi une si entière confiance.
Notre très-chère Sœur M. -Agnès de Bauffremont nous a écrit pour nous remercier de l'assurance que nous lui avons donnée
de la recevoir en ce monastère ; ce sera de tout notre cœur l. Elle m'écrit, Monseigneur, que vous lui en avez donné la licence, dont elle se servira quand Mgr de Genève rappellera leur bonne Mère pour venir avec elle. En cas que la fondation ne se fasse pas à Eribourg, nous ferons ce que Votre Seigneurie nous commandera.
J'oubliais quasi de vous dire, Monseigneur, que nous avons ici un bon ecclésiastique, nommé M. Belot, qui est de Lons-le- Saulnier. Ce vertueux prêtre a pris en telle affection notre Institut, qu'il lui a fait donation de sa maison qui était grande, mais presque toute brûlée, et les jardins et les vergers bien clos qu'il a, joignant quelque héritage, pour y fonder un de nos monastères quand il plaira à Dieu de donner la paix et rétablir la ville. Nous l'avons acceptée [sa donation] sous votre bon plaisir, Monseigneur, et celui de nos Supérieurs, nous confiant en votre sainte affection. Que si vous jugez le lieu convenable, lorsqu'il sera restauré, franchement et charitablement vous nous donnerez votre sainte bénédiction et permission pour nous y établir, ne voulant en cela que ce que vous jugerez à propos. Suppliant notre bon Dieu de vous combler des richesses de son amour, et vous conserver longuement pour sa gloire et le bonheur de votre cher peuple et le nôtre en particulier, et baisant en tout respect vos mains sacrées, je demeure avec une profonde révérence et fidèle dilection, Monseigneur, votre, etc.
1 Ce ne fut qu'après la mort de sainte J. F. de Chantai lue Sœur M. A. de Bauffiemont fut reçue au premier monastère d'Annecy, où, d'après le Livre des Vœux, elle passa l'année 1644 et les quatre suivantes.
LETTRE MDCCXXIX
A MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY
A MOULINS
Promesse de se rendre à Moulins, si Mgr de Genève le permet.
vive -J- JÉSUS !
[Annecy], 25 octobre [1640].
Madame,
Je dirai tout simplement à voire bonté qui s'intéresse si fort pour notre bien (en quoi je reconnais tous les jours plus la grandeur de la bénédiction de Dieu sur nous, de nous avoir donné une si précieuse amitié et un si solide appui en votre digne personne, Madame), je lui dirai donc que bien que mon âge et mon inclination ne requièrent plus le travail des voyages ni l'emploi aux affaires, que néanmoins la force et l'autorité de votre jugement sur moi persévérant à m'imprimer la nécessité de la maison de Moulins, je m'y rends et rendrai avec tout le respect et soumission qui me sera possible, pourvu, Madame, que Mgr de Genève me le commande, auquel il faudra faire connaître les besoins et nécessités ; car, vous me permettrez d'observer cette maxime que Dieu m'a donnée que, quand il s'agit de l'emploi de ma chétive personne, je n'y veux rien du mien, mais la pure et simple obéissance, par laquelle la volonté de Dieu m'est signifiée, et cela me suffit; car, peu m'importent toutes choses, pourvu qu'avec la divine grâce je vive là dedans. Voilà donc quelque espérance de recevoir encore le précieux et désirable honneur et consolation de vous revoir, Madame. Cependant je suis de cœur et en tout respect, Madame, votre très-humble et très-obéissante servante en Nôtre-Seigneur.
Conforme à une copie de l'original <;ardé à la Visitation de Nevers.
LETTRE MDCCXXX
A MONSEIGNEUR OCTAVE DE BELLEGARDE
ARCHEVÊQUE DE SEXS
Remercîments pour l'envoi d'un livre. — Prévisions au sujet des élections qui doivent se faire aux monastères de Montargis et de Melun. — Mort du commandeur de Sillery.
vive -J- JÉSUS !
[Annecy, 1640.]
Monseigneur notre très-bon et très-honoré Père,
Mon Dieu ! que je trouve le temps long dès que je me suis donné l'honneur de vous écrire! Depuis, j'ai reçu votre cher livre, que l'on m'envoya sans me dire qu'il fût vôtre; je ne savais que voulait dire cela. Je le lus et me sembla d'y trouver votre esprit, car la plupart des écrivains de ce siècle n'écrivent pas si moelleusementni si solidement. Le sujet en est totalement utile et nécessaire d'être suivi, et Dieu le fasse comprendre à ceux qui se mêlent de la conduite des âmes! Seulement hier j'appris, par notre Sœur la Supérieure de Montargis, qu'il était vôtre, ce qui me le rend plus précieux, mon très-cher Père. Je n'avais encore lu que la première partie; mais, Dieu aidant, je le lirai et relirai et avec profit, moyennant sa divine grâce. Je vous en remercie de tout mon cœur et de la très-belle et dévote image qu'il vous a plu de m'envoyer. Je supplie la souveraine Majesté qu'elle représente, et sa très-sainte Mère, de vous être à jamais favorables, mon très-cher Père, et que par cette sainte et douce représentation que j'aurai souvent devant mes yeux, mon cœur soit purifié de ses défauts, afin que ses désirs, que j'offrirai souvent à la divine Bonté pour votre conservation et augmentation en son très-pur amour, soient plus facilement exaucés.
Nos deux bonnes Sœurs les Supérieures de Montargis et de Melun m'écrivent pour l'élection qui se doit faire celte année [prochaine] en leurs petites maisons; je leur nomme quelques vin. 21
Sœurs que je pense être capables de cet emploi. Et pour celles qu'elles disent de pouvoir proposer de leurs maisons, je les renvoie à votre jugement, Monseigneur, ayant un extrême désir que ces chères âmes donnent gloire à Dieu par la fidèle observance de leur Institut, et consolation à votre bonté paternelle, de laquelle elles reçoivent tant de biens spirituels et temporels. La divine Bonté leur en fasse la grâce!
Enfin notre bon M. le commandeur est parti très-heureusement et saintement, à ce que l'on m'écrit1. On ne pouvait attendre d'une si bonne vie qu'un trépas conforme; et je ne puis douter que notre bon Dieu ne lui donne une très-ample récompense de tant de charités qu'il a faites, et des œuvres pour sa gloire, qui enrichiront le ciel de beaucoup d'àmes. Il a fondé en ce diocèse une mission de prêtres, qui font des fruits merveilleux par les villages où ils travaillent. Il nous a laissées chargées de grandes obligations pour les charités qu'il a faites à plusieurs de nos maisons. Dieu les lui rende par un accroissement de gloire!
Pardonnez-moi, mon très-cher Père, ma mauvaise écriture; la presse que le départ de ce bon Père me donne en est cause, n'ayant loisir de bien penser à ce que j'écris. Votre bonté me supportera, s'il lui plaît, et me donnera sa sainte bénédiction, puisque de tout mon cœur et en tout respect je suis, Monseigneur, votre très-humble, très-obéissante et indigne fille, etc.
1 Aussitôt après la mort de M. de Sillery, arrivée le 26 septembre de cette année 1640, saint Vincent de Paul écrivit : « Il est mort en saint, comme il a vécu depuis qu'il s'est retiré de rembarras du monde... Il est allé au ciel comme un monarque qui va prendre possession de son royaume, avec une force, une confiance, une paix et une douceur qui ne se peuvent exprimer. J'en parlais ces jours passés à Son Emmence (le cardinal de Richelieu), et je l'assurais avec raison que, depuis huit ou dix ans que j'avais l'honneur de l'approcher, je n'avais remarqué en lui ni pensée, ni parole, ni aucune action qui ne tendit à Dieu, et que sa pureté allait au delà de tout ce qu'on peut dire. »
LETTRE MDCCXXXI {Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTLV
SUPÉRIEURE A THONOM
Conduite que doit tenir l'âme attirée à la simplicité.
VIVE \ JÉSUS
[Anueey, 1640.]
Ma très-chère fille,
Selon que je connais l'ardeur de votre esprit, il me semble que vous souffrez toujours beaucoup quand vous n'avez pas facilité à aller à Dieu; sa divine Bonté vous a voulu laissera vous-même pour vous faire voir qu'est-ce que peut la chétive créature de soi; rien du tout certes. Et c'était dans cette impuissance que vous deviez demeurer patiente, paisible et souffrante, sans vous essayer de faire chose quelconque, sinon de dire de temps en temps de ces paroles que vous me marquez, mais sans effort, tout simplement, et vous contenter de demeurer en la vue de Dieu avec une grande révérence, sans vous essayer de le regarder ni d'aller à Lui, ni de faire chose quelconque. Vous ne fîtes pas bien de faire ces billets, mais il fallait demeurer soumise dans votre pauvreté. Oh bien! vous serez une autre fois plus sage. Mais j'ai peine à supporter ces réflexions, que ce sont vos lâches infidélités et négligences; car, par la divine grâce, selon que je vous connais, vous n'êtes nullement entachée de ces défauts. Votre solitude vous sera plus utile que si vous vous fussiez fondue en douceur; Dieu le vous fasse voir un jour, s'il lui plaît! Je le bénis et remercie des grâces qu'il fait à vos Sœurs; faites qu'elles prient un peu pour mes besoins, surtout notre Sœur F. M.
Je commence à répondre à votre mémoire [sur] l'état de votre solitude. Je vous l'ai déjà dit, il ne fallait point s'essayer à faire ce regard, vous n'en étiez en pouvoir; mais demeurer sans acte actuel, sans vous mouvoir à quoi que ce soit... Tous ces actes
que vous marquez de se laisser soumettre, quand [l'âme] a liberté de les faire, dans cette très-simple simplicité, il la faut laisser faire; mais vous n'aviez pas ce pouvoir, et partant il ne s'en fallait pas efforcer. Quand l'on a le simple regard libre, il comprend tout et en un degré d'unité qui surpasse tout, bien que l'on y puisse dire des paroles quand elles sont excitées par l'attrait divin ; mais non pas vous, car ce ne serait que pour rechercher des satisfactions humaines. Il faut recevoir tout ce que Dieu donne, soit les bonnes pensées, lumières, mouvements , paroles et semblables traits qui passent dans nos cœurs, s'ils arrivent en cette vue et simple regard en Dieu. Il ne faut pas quitter cette attention pour courir, ou se complaire ou amuser à cela, car ce serait quitter le principal pour l'accessoire. Ces choses demeurent comme il plaît à Celui qui les donne et se passent de même. 11 faut suivre les attraits et excitations que Dieu fait à l'àme. Demeurez tout en Dieu qui soit béni. [Que] Dieu bénisse et possède ma fille! Je suis toute vôtre de cœur.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Paray-le-Monial.
LETTRE MDCCXXXII
A LA MÈRE CATHERINE-ELISABETH DE LA TOUR
SUPÉRIEURE A GRAV
Encouragement à porter le poids de la Supériorité. — Témoigner une respectueuse dileclion à la Supérieure de Fribourg. — Préservation du monastère de Turin. Élection de Sœur M. -Françoise Humbert à Crest.
Annecy, 21 novembre 16-40.
Ma très-chère et bien-aimée fille, Mais qui en doutait que vous fussiez réélue? Certes, ce n'était pas moi; nos chères Sœurs ont trop bonne vue pour aller cher-
cher loin ce qu'elles ont chez elles. Or sus, ma chère fille, je veux dire votre coulpe, je vous veux un peu mortifier de laisser entrer si avant dans voire esprit le désir de quitter la charge d'une maison que vous voyez qui n'a pas encore des sujets prêts pour sa conduite, et où vous voyez que Dieu donne de si grandes bénédictions à la vôtre, pour le spirituel et temporel et au contentement et édification de chacun. Ma très-chère fille, que cela vous serve de signe de la très-sainte volonté de Dieu, et vous fasse tenir très-humble et reconnaissante devant sa Bonté, qui daigne se servir de vous pour conduire sa maison et ses épouses. Continuez donc, ma très-chère fille, joyeusement votre petit service à ce cher monastère, et que nos bonnes Sœurs s'avancent de plus en plus en la sainte observance, et du. côté de la sainte éternité, où je vois que Dieu retire toujours quelques-unes de vos bonnes Sœurs. Certes, vous en enterrez prou ; mais je pense que le souverain Maître veut toujours cueillir de temps en temps quelques-unes des fleurs des mieux épanouies. La très-sainte volonté de Dieu soit faite! Mais vous, ma très-chère fille, que pensez-vous de vous trouver ainsi mal? je vous conjure que vous vous laissiez soulager et traiter comme le médecin ordonne, afin qu'avec l'aide divine vous puissiez encore servir longuement, humblement et saintement notre Institut que vous chérissez tant.
Je suis bien consolée, ma très-chère fille, de votre heureux établissement dans Gray, et que ce soit un Père Jésuite qui ait fait toute la cérémonie et le sermon. Partout les Pères de cette Compagnie nous témoignent une si sainte affection que certes cela nous oblige à un grand respect et reconnaissance cordiale. Au reste, ma très-chère fille, vos pensées pour l'accommodement entre Champlitte et Gray sont fort conformes aux miennes, et je trouve tout cela fort bien dans la raison et dans une égale et cordiale charité pour les unes et pour les autres. J'espère bien en Notre-Seignenr qu'il n'y aura point de difficulté entre les
maisons de Gray et de Champlitte. — Pour ce qui est de la bonne Mère de Fribourg, ma très-chère fille, n'opposez à toutes ses froideurs qu'une très-humble et respectueuse dilection cordiale. Tenez-vous dans la disposition et bonne volonté de lui céder le nom de la maison de Champlitte; mais ne vous mettez pas en peine de lui en écrire davantage, attendez qu'elle vous en parle, Pour moi, je crois qu'elle n'y pensera plus, puisque Mgr de [Besançon] a concédé de s'établir à Dole.
Ma très-chère fille, j'avais écrit cette lettre à l'avantage, il y a bien trois semaines, attendant votre apothicaire pour mettre toutes les réponses ensemble; mais puisqu'il ne vient point, je donne toujours ceci à un bon Père de Saint-Dominique qui va à Besancon, et nous a fait avertir ce soir qu'il part demain de grand matin. — Nous nous portons toutes bien, grâce à Dieu, bien que les fièvres aient essayé le courage de bien bon nombre de nos Sœurs qui sont maintenant hors de l'infirmerie. La secrétaire a été la dernière, et je vais toujours la première à souhaiter à ma plus chère fille mille saintes bénédictions, étant du tout, ma très-chère fille, votre très-humble et indigne sœur et servante qui est, je vous assure, vôtre, et toute vôtre de bien bon cœur, ma très-chère fille.
[P. S.] Notre-Seigneur a préservé de tout mal nos Sœurs de Turin dans les plus grands troubles de la guerre; elles ont fini les affaires de leur Bulle et fait leurs filles professes. Notre Sœur M. -Françoise Humbert est allée ce mois d'octobre à Crest, où nos Sœurs l'ont élue. Ma Sœur M. A. Ducret est allée avec elle.
LETTRE MDCCXXXIII
A MONSIEUR LE MARQUIS DE PIANESSE
A TURIX
Actions de grâces à Dieu pour la conservation du marquis et de la communauté de Turin pendant la guerre.
vive -{- jésus!
[Annecy], 9 décembre 1640.
Monsieur,
Que peut-on dire maintenant, sinon : Loué soit éternellement le grand Dieu d'Israël, qui a fait miséricorde à ce bon peuple de Turin, quia conservé votre chère personne, Monsieur, erami tant de périls, qui a lenu sous les ailes de sa paternelle protection cette petite famille consacrée à sa gloire et à l'honneur de la Très-Sainte Vierge sa Mère, et enfin a garanti des hasards de la mort le fidèle M. B. et le bon M. Truitat, que la divine Providence avait donnés à ces chères âmes comme des anges visibles, pour les aider et garder en tant de si grands besoins ! Bénie soit une si grande et souveraine bonté! Monsieur, aimez bien, je vous prie, ces deux fidèles amis de la Visitation, laquelle je ne vous saurais recommander; il serait superflu : vous en êtes le tout bon père et protecteur.
De la chère petite fille ' en êtes-vous content, Monsieur? L'élève-t-on selon vos saintes intentions? Au moins devez-vous vous assurer que le soin et l'affection n'y manquent pas, non plus qu'une entière obligation à vous rendre toutes sortes de devoirs. — Nos Sœurs d'ici vous saluent en tout respect avec moi. Assurément, Monsieur, nous vous avons toutes tenu parole, vous nous étiez toujours présent devant Dieu. J'étais bien touchée quelquefois d'appréhension; mais quand après la sainte communion, je vous montrais à Notre-Seigneur, il me semblait
1 La fille du marquis de Pianesse qu'on élevait au monastère de Turin.
que je demeurais consolée, et je me confie que vous ne m'oublierez jamais devant sa divine Bonté, je vous en supplie et conjure, Monsieur, et de me croire toujours, car je la suis, du cœur qui sans cesse vous souhaitera les très-précieuses grâces de notre divin Sauveur, Monsieur, votre très-humble, etc.
LETTRE MDCCXXXIV (Inédite)
A LA MÈRE CATHERINE-ELISABETH DE LA TOUR
SUPÉRIEURE A GRAY
Prière de céder la fondation de Champlitte au monastère de Fribourg.
VIVE -j- JKSUS!
Annecy, 20 décembre 1640.
Ma thés-chère fille,
Je supplie notre divin Sauveur de nous faire abondamment part des mérites de sa sainte Nativité.
Vous aurez reçu à présent les réponses que nous fîmes aux vôtres par la voie de votre apothicaire, lequel vous a été bien plus fidèle que n'a pas été celui de nos chères Sœurs de Besancon qui nous envoya si tard leurs lettres depuis Genève, que les réponses nous en sont demeurées, avec la croyance que j'ai qu'à présent vos affaires sont faites, et que vous serez demeurées d'accord et en bonne union, sachant bien que votre bon et cordial cœur ne désire rien tant que cela. Or, ma très-chère fille, en voici un autre qui se présente et lequel je vous propose, et afin de ne pas vous écrire la chose tout au long, je vous envoie la lettre que ma Sœur la Supérieure de Fribourg a écrite à ma Sœur Jeanne-Thérèse [Picoteau] ; c'est pour savoir si vous voudriez bien faire la charité de leur céder votre établissement de Champlitte, au cas qu'elles ne soient pas établies à Fribourg, sans que pour cela elles désirent aucunement de vos biens qui en dépendent; mais ayant celte assurée retraite, au moins de nom, cela donnerait facilité aux filles de Fribourg d'enlrer
parmi elles; et cela étant, ce serait le moyen d'y avoir plus facilement leur réception, y étant fort aimées et estimées, et Monseigneur même leur veut donner sa maison. Les parents des filles ne veulent en façon quelconque leur permettre d'être Religieuses, qu'en mettant dans le contrat le lieu où elles se retireront, au cas qu'elles ne soient pas reçues à Fribourg. Nous retirerons toujours de bon cœur ma Sœur la Supérieure et ma Sœur M. -Désirée; mais de nous hasarder à dire qu'en ce cas nous retirerions toute cette troupe-là, c'est chose que nous ne pouvons pas faire, bien que j'espère que Dieu ne permettra pas que l'on soit en ces peines.
Ma très-chère fille, je connais votre bon cœur, et je suis trèsassurée que vous ferez en celte occasion tout ce qui se pourra faire, comme une bonne et vraie fille de la Visitation doit faire pour le bien de son cher Institut et de ses chères Sœurs. Je vous prie d'en écrire à ma Sœur la Supérieure de Fribourg tout franchement et confidemment, afin que par ensemble vous puissiez faire ce petit accommodement qui serait, à mon jugement, fort agréable à Dieu et servirait au repos de ces pauvres filles. Vous verrez plus amplement dans sa lettre ses propositions qui ne sont point chargeantes, n'intéressant votre maison.
Ma très-chère fille, votre tout bon cœur, que le mien chérit certes très-sincèrement, se confie en sa charité qu'il fera tout ce qui se pourra légitimement pour la consolation de ces pauvres filles, qui certes me font pilié. Ma bien-aimée et très-chère fille, que votre chère âme ait à cœur de prier pour moi, je vous en conjure, et toutes nos chères Sœurs que je salue chèrement avec vous. Dieu soit bénil — Veille de saint Thomas.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCXXXV
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOiYAY
SUPÉRIEURE A BOURG E\ BRESSE
Choix d'une Supérieure pour Moulins. — Désir que la Mère de Blonay soit élue
à Annecy.
vive -j- jésus!
[Annecy], 19 décembre [1640].
Ma TOUTE TRÈS-CHÈRE FILLE,
Vous pouvez penser avec quelle consolation j'entendis le récit que notre bon M. Marcher me fil de vos nouvelles et de votre chère troupe; mais il me mit en peine quand il me dit que votre maison aurait encore besoin d'une Supérieure de dehors, parce que je ne sais bonnement où la trouver, sinon que je pense que notre Sœur deChastellux y retournerait d'aussi bon cœur que les filles la désireraient. Mais, selon qu'elle m'a déjà écrit, elle nous voudrait en sa place, non qu'elle me l'ait osé dire clairement, mais me demandant pour trois ans, si elle ne les peut obtenir, au moins pour trois mois, dit-elle, avec une Supérieure ancienne qui soit en grand crédit et estime, et dont la vertu et l'expérience se fassent révérer. Je n'en sais point que vous en tout l'Ordre. Je l'ai priée de me la nommer. Or c'est la vraie vérité qu'il en faudrait une telle en cette maison-là, pour achever son raffermissement et pour la consolation de madame de Montmorency, qui est un trésor de vertus et d'appuis en cette maison-là. Néanmoins je persévère à vous retirer ici, si nous pouvons, en cas que l'on ne vous veuille à Lyon, ce que je ne pense pas qui soit l'intention de Son Eminence et qu'il veuille vous laisser là. Or pourtant je voudrais, si l'on ne vous relâche à nous, que vous allassiez à Moulins, afin que n'étant plus en son diocèse nous vous puissions rappeler ici, qui est mon grand désir de passer le reste de mes jours avec vous, si c'est le bon plaisir de Dieu. J'attends quelque résolution de Lyon : je le presse.
Cependant, je vous prie, faites tenir ces lettres à Paray, et les accompagnez d'une charitable recommandation, afin qu'elles assistent leurs pauvres Sœurs de Charolles, leur donnant une couple de leurs Sœurs avec leurs dots, pour les aider à se tirer de la misère, et leur faire avoir du pain. Je leur écris pour cela; voyez ma lettre et puis la fermez. Dieu nous veuille donner cet esprit de parfaite charité! Ma fille, je suis vôtre d'un cœur incomparable.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCXXXVI (Inédite)
A LA MÊME
Douleur qu'éprouverait la Sainte si elle ne pouvait obtenir cette Mère pour le monastère d'Annecy. — Une Supérieure ne doit pas permettre des louanges et des ilalteries autour de sa personne.
vive f jésus!
(Annecy, 19 décembre 1640.]
Puisque j'ai le loisir d'ajouter à ma lettre de ce matin, que j'ai faite si à la hâte, je vous dirai, ma très-chère fille, que ce que vous me dites de notre Sœur de Chastellux n'avait point été représenté à ma pensée, et je pense que c'est quelqu'un qui se veut rire; mais je pense bien qu'elles s'écrivent fort contidemment ces deux bonnes [Sœurs].
Or, nous faisons ce que nous voyons pouvoir être utile, mais dans l'entière dépendance de Dieu ; et je vous prie de prier et faire prier pour cela, car cela nous serait dur que l'on ne voulût permettre votre retraite ici et que l'on vous tînt ailleurs. Que si l'on vous rappelait en Bellecour, oh! ce serait nous faire justice et charité, et je leur céderais de bon cœur ; mais vous donner à d'autres, pour nous priver de votre chère personne, cela serait dur; cependant demeurons en paix et disposées à
recevoir ce qu'il plaira à Notre-Seigneur, sans ouvrir noire bouche pour dire une seule parole de plainte. Et je vous prie d'être fort sur vos gardes de ce côté-là, avec qui que ce soit; je connais votre bonté et facilité à parler avec ceux qui vous témoignent un peu de confiance. Enfin j'espère que Dieu convertira tout à sa gloire, et encore à votre honneur et avantage, bien que de ce point nous ne devions pas seulement y penser, mais laisser tout ce qui nous touche à Dieu. Voilà notre bon Père Nf... ce vrai serviteur de Dieu et cordial [ami] de la Visitation ; je l'aime chèrement et lui ai bien de la confiance.
Il faut que je vous dise selon notre pensée et confiance que notre bon M. Marcher, lequel est jaloux et exact à tout ce qui touche la Visitation, me dit à son retour de vers vous, qu'il avait remarqué que vos filles vous faisaient quantité de caresses et qu'elles vous louaient nonpareillement et que vous ne leur en dites rien; que s'il eût eu plus de loisir, il vous eût dit confidemment que cela l'avait étonné. Il vit bien que vous le souffriez par bonté; mais c'est la vérité qu'il ne faut pas souffrir cela aux filles qui abondent en telles flatteries. Il a fallu que mon cœur ait dit cela au vôtre qui m'est très-cher.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Solenre (Suiss ) .
LETTRE MDCCXXXVII {Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN
SUPÉRIEURE â THOXOX
Les grâces de Dieu doiuent être conservées par la mortification. vive -f- jésus!
[Annecy, décembre 1640. |
Ma toute très-chère fille, De vrai, notre très-bon Dieu vous fait de grandes grâces et à toute votre communauté. Je crois que la Très-Sainte Vierge en est le canal, et votre dévotion, l'attrait. Enfin, vous êtes infini-
ment obligée à cette souveraine Majesté qui donne tant de bénédictions à votre chère âme et à celles de toutes nos Sœurs. Gardez-vous de tout désir et empressement intérieur, et vaquez à tout avec très-grande tranquillité.
Dieu fasse la grâce à notre Sœur J. -Baptiste d'être fidèle à la grâce reçue, elle est très-grande; mais, si elle ne se mortifie fidèlement, il est à craindre que quand les sentiments seront passés, elle ne s'alentisse. Et ma pauvre Sœur Séraphine, si le Père qui les a confessées leur pouvait bien faire comprendre l'importance de demeurer fermes en la grâce reçue, et la crainte qu'elles doivent avoir de la perdre, car peut-être ne retournerait-elle jamais, je pense que cela leur ferait grand bien. Je vous confesse que je suis attendrie de la grâce donnée à ma Sœur M. -Séraphine, oh! qu'elle est grande et précieuse! Dieu lui donne mille morts avant que d'en déchoir; mais J'espère qu'elle ne le fera pas, car Celui qui a commencé l'œuvre, par sa puissante main, la soutiendra et perfectionnera. Mille millions de louanges lui en soient rendues et à sa sainte Mère. Je sens cette fille toute dans mon cœur. Je me recommande aux prières de toutes.
Conforme à l'original gardé am Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCXXXVIII
A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE DE LA TRINITÉ
PRIEURE DES CARMÉLITES, A TROYES
Mort du commandeur de Sillery. — Union proposée et acceptée entre l'Institut de la Visitation et le saint Ordre du Carmel. — Désir du ciel.
VIVE f JÉSUS !
[Annecy, 1640.]
Ma très-bonke et très-chère Mère, Le divin Sauveur règne éternellement en nos âmes, et sa très-douce et sainle Mère notre vraie protectrice!
J'espère en la grâce de leur divine Majesté que ce qu'ils ont
uni en leur sacrée dilection , le temps ni le silence, ni chose quelconque n'y apportera aucune altération. Il me semble impossible de vous oublier; vous m'êtes trop chèrement précieuse. J'estime tant la grâce de votre amitié et de votre souvenir devant Dieu que rien n'y est comparable. Ma bonne et chère Mère, obtenez de ce très-débonnaire Sauveur que je vive, ce peu de jours qui me restent, et que je meure dans sa grâce, accomplissant parfaitement sa très-sainte volonté.
Hélas! que le très-cher et bon père M. le commandeur est heureux d'avoir vécu et fait son passage si saintement ! Cette chère âme ne respirait que la gloire de Dieu et l'honneur de sa sainte Mère. Mon cœur a ressenti cette perte qui est très-grande; mais béni soit le saint Nom de Dieu qui nous le rendra plus utile devant sa Majesté où il verra, avec nos saints Fondateurs, les besoins de leur Institut, et de nos âmes en particulier, pour nous obtenir ce qui nous est nécessaire ! Il avait bien au cœur l'union de notre petite Congrégation avec votre grand et saint Ordre. Je crois qu'il vous fit tenir la lettre que je vous écrivais sur ce sujet, où je vous priais, ma bonne Mère, de nous signifier ce que de notre part nous devrions contribuer pour acquérir le bonheur d'une spéciale union avec vous. Le Révérend Père Gibieux nous fit l'honneur de nous en écrire et nous disait que nous devions faire une communion générale tous les samedis à cette intention les unes pour les autres. Je lui répondis comme nos Constitutions ne nous permettaient pas des communions générales par-dessus celles qui sont ordonnées, mais que nous appliquerions à cette intention celles qui se feront tous les samedis, qui sont au moins trois; et que si votre saint Ordre nous faisait part de la sienne du samedi, cela serait bien convenable à la grandeur de sa charité. 0 ma très-bonne et très-chère Mère ! ne faut-il pas que les grands et abondants en richesses spirituelles en départent aux pauvres et petits, comme en vérité je crois qu'est notre petite Congrégation en
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comparaison de votre saint Ordre, qui a déjà envoyé tant de saints et de saintes dans le ciel?
Depuis peu de jours, j'ai reçu votre lettre du 8 de novembre, où vous me déclarez vos pensées pour cette sainte union, laquelle j'embrasse de tout mon cœur, ayant incontinent offert ma volonté à Dieu et celle de toutes les Filles de la Visitation, selon votre sainte intention qui est tout à fait selon que nous pouvions désirer, et laquelle me donne un certain sentiment qui me console et fait espérer beaucoup de grâces de cette liaison. Or, comme la fête de la très-sainte et pure Conception de Notre-Dame et celle de saint Jean étaient passées quand je reçus votre bénite lettre, je n'ai pas laissé de faire l'offrande et de faire coucher par écrit les saintes intentions de notre union, bien exprimées, que j'enverrai dans tous nos monastères, afin que dès maintenant nos Sœurs offrent au divin Sauveur et à sa sainte Mère leurs cœurs pour cela, attendant de le faire généralement au jour de l'Immaculée Conception , et les prie que cela soit écrit sur le livre du Chapitre et que tous les ans à ces deux saintes fêtes nous reconfirmions et reliions de nouveau notre sacrée union; voilà, ma toute bonne et chère Mère, ce que nous ferons. Faites que votre monastère fasse le même, afin que ce bonheur nous soit permanent et constant, à la trèsgrande gloire de Jésus et de Marie ' .
Vous me dites que nous ne vivrons plus guère nous deux. Oh Dieu! la bonne nouvelle! Mais pourriez-vous obtenir de la divine Miséricorde que nous partissions et allassions ensemble louer, adorer, aimer et bénir éternellement ce souverain amateur des âmes ? Ma bonne Mère, employez votre crédit pour cela, selon
! Ce vœu de sainte J. F. de Chantai a été réalisé jusqu'à ce jour dans l'Institut de la Visitation où l'on professe envers l'Ordre du Carmel une estime toute particulière. On y a conservé chèrement la pratique des communions, telle que la sainte Fondatrice l'indique ici , et cette union qu'elle a cimentée elle-même durera autant que sa Congrégation.
toutefois le très-saint bon plaisir du Sauveur, que je supplie vous combler de son saint et pur amour et toutes vos chères filles, aux prières desquelles je me recommande, et je suis de cœur, votre, etc.
LETTRE MDCCXXXIX {Inédite)