‹ Lettres (volume 2)Chapitre 91 sur 163 · A LA SOEUR JEANNE-AGNÈS PROVENCHÈRE · texte numérisé non relu

A LA SOEUR JEANNE-AGNÈS PROVENCHÈRE

A UAUBRS

La Sainte bénit Dieu de la préservation des Sœurs de Mamers et loue leur charité. — Du bon choix des Sœurs conseillères. — Tempérer par la suavité un zèle trop ardent. — Avis pour la confession et la direction.

vive -J- JÉSUS !

[Annecy, 1640.]

Ma très-chère fille,

Je commence à vous répondre par une très-humble action de grâces que je fais à notre bon Dieu, de vous avoir si heureusement préservées de la contagion. Dès que notre chère Sœur la Supérieure du Mans nous eut donné avis que ce mal était chez vous, nous fîmes des prières particulières pour votre conservation. Toute votre conduite a été fort bonne en ce temps de dangers, aussi Notre-Seigneur ne manque jamais de donner au besoin sa sainte lumière quand l'on recourt conOdemment à sa Bonté. — Cette petite Sœur est bienheureuse d'être sortie de ce monde si vertueusement, avant que la malice du siècle ait corrompu l'innocence de son cœur. Certes , je sais bon gré à ma Sœur Paule-Marie de lui avoir rendu tous les derniers services et s'être exposée pour cela; comme aussi vous m'avez grandement consolée de me dire avec quelle charité et courage nos bonnes Sœurs se voulaient exposer l'une pour l'autre. Notre-Seigneur ne lairra pas cette bonne volonté sans récompense.

Je n'en doute point, ma fille, que votre cœur n'ait une grande joie de se voir en l'aimable condition d'inférieure; c'est un bonheur duquel il faut faire très-bon usage. Vous fîtes fort bien de ne point changer la première résolution prise pour votre catalogue, nonobstant les tracasseries de ces bonnes Sœurs conseillères; et il faut tenir pour une maxime inviolable de ne jamais mettre en la charge de conseillère ces esprits soupçonviii. 20

neux et ambitieux, car non-seulement ils ne sont pas capables de donner un bon conseil, ou à cause de leur faiblesse d'esprit, ou à cause de leur préoccupation; mais aussi ils attirent et nuisent aux autres conseillères, voire, quelquefois peuvent renverser le conseil.

Mon Dieu! ma fille, que je vous sais bon gré d'avoir si soigneusement cultivé ces chères âmes en l'esprit de leur vocation, et d'avoir si grande affection à ce que les intentions de notre saint Fondaleur soient suivies I Mais de prendre cela si à cœur que, quand on y manque, la douleur que vous en sentez vous affaiblisse et laisse des lassitudes corporelles, cela témoigne un esprit trop véhément, qu'il faut corriger par la très-douce et suave charité et tranquillité qui régnaient au cœur de notre trèsdébonnaire Père, qui regardait tout en esprit de repos. Je vous dis de même de la résolution que vous avez faite depuis que vous êtes déposée, de vous imposer une pénitence toutes les fois que vous chopperezà dire vos pensées et avis. Ma très-chère fille, si vous êtes prompte et active, vous auriez fort à faire; il ne faut pas être si pénitente, s'il vous plaît; suffit de faire une douce attention à vous tenir humblement ramassée auprès de Dieu. Quand vous verrez quelque chose qui ne sera pas bien, [contentez-vous de] n'en pas reprendre les autres, mais en avertir la Supérieure, si c'est chose importante; si la chose est légère, faire cordialement les avertissements. Puisque M. votre Père spirituel a désiré que vous fussiez économe pour conduire le bâtiment, j'y acquiesce, bien que j'aie toujours grande inclination que l'on donne au moins un an de repos aux déposées; et [je] voudrais que l'on se contentât de vous laisser économe, sans toutes ces autres petites charges que vous me nommez.

Pour ce qui est des confessions, il faut se tenir fermement exacte à ce que les Petites Coutumes en disent, et ne voir jamais les confessions écrites sous quelque prétexte que ce soit. Il est

vrai que nofre Bienheureux Père dit fermement que pour les scrupules et tentations contre la pureté, il faut toujours renvoyer les filles à leur confesseur, et que ni la Supérieure ni la directrice ne les interrogent jamais là-dessus, ni leur souffrent d'en parler à elles, sinon en général, par exemple : Je suis travaillée de tentations contre la pureté, et qu'elles ne disent rien de plus que cela, seulement pour être instruites et confortées. Il se faut donc tenir à cela, ma chère fille; car c'est notre saint Fondateur qui a donné cet ordre-là. Vivez dans une douce joie et franchise avec votre bonne Mère, et ne prenez point garde à sa mine , car elle vous chérit parfaitement.

LETTRE MDCCXXIII

A LA MERE BARBE-MARIE BOUVART

SUPÉRIEURE AU MANS '

Conseils pour le bon gouvernement de sa communauté; quel recours avoir' à la Sœur déposée. — Les Filles de la Visitation doivent demeurer cachées sous les larges feuilles de leur petitesse. — La Sœur déposée devrait n'avoir d'autre charge que celle de conseillère pendant la première année de sa déposition.

vive f jésus!

[Annecy], 25 août [1640].

Ma très-chère et bonne fille,

Je bénis la divine Providence du choix que nos bonnes Sœurs ont fait de Votre Charité pour leur conduite. Je ne m'étonne point, ma très-chère fille, de la douleur que votre cœur a ressentie à ce rencontre; mais aussi il faut toujours faire surnager la tranquille et très-humble acceptation des effets de la trèssainte volonté de Dieu , quoique contraire à nos propres désirs et consolations; ce que je dis, ma très-chère fille, à cause de cette parole que vous me dites que l'attention à bien conduire pour ne rien gâter dans les esprits, vous ôte la suavité et gêne

1 C'est à la douce lumière de Celle que l'Eglise invoque sous le titre

l'esprit. Quant à la suavité, ma chère fille, elle doit être à faire ce que Dieu veut que nous fassions; mais pour se gêner et bander l'esprit "h. la conduite, vous n'y avanceriez rien pour les autres et perdriez beaucoup pour vous-même. Il faut prendre pour maxime de votre gouvernement une très-grande confiance en Dieu, avec une grande fidélité à faire avec paix et soin votre petit travail autour des âmes, puis en remettre le succès et le fruit à la divine Bonté, qui seule le peut donner. Toutes vos sollicitudes et anxiétés n'y servent de rien, surtout en cette besogne de la conduite des âmes.

Votre Constitution vous apprendra excellemment tout ce que vous avez à faire pour faire une bonne conduite, selon l'esprit de Dieu et au contentement de toute votre communauté. Il est vrai, ma très-chère fille, que ce vous sera un très-grand et cordial appui que ma toute bonne et chère Sœur M. -Anastase [Pavillon], à laquelle vous pouvez sans scrupule parler et conférer de tout ce que vous voudrez, car c'est une âme de telle vertu et sincérité qu'il n'y a rien à craindre. Quand les Mères déposées ont des vraies vertus et l'esprit de l'Institut, on leur peut dire tout ce dont on a besoin pour se conseiller ou conforter; car il est vrai, ma très-chère fille, que surtout les jeunes Supérieures ont besoin d'être un peu appuyées sur celles qui

Etoile du matin, que la Mère Barbe-M. Bouvard comme ira, poursuivit et acheva saintement sa carrière religieuse. Reçue en 1629 au premier monastère de Paris, d'où on l'envoya à la fondation de celui du Mans, « elle le servit pendant quatre triennats (disent les anciens Mémoires) avec une vertu et utilité nonpareilles, tant au spirituel qu'au temporel, étant également intelligente et soigneuse de l'un et de l'autre, et aussi utile dans la qualité d'inférieure que dans celle de Supérieure. Notre Bienheureuse Mère de Chantai, qui faisait un grand état de sa vertu et des dons intérieurs que Dieu lui avait départis, la nommait Fille des cœurs, tant elle avait d'attraits pour les gagner à Dieu et de force pour les engager de s'unir à la divine Majesté. » Après avoir passé tous ses jours sous le regard et dans l'amour de Marie, la Mère Bouvard rendit le dernier soupir en invoquant cette Reine immaculée, le 13 septembre 1650. [Année Sainte, IXe volume.)

les ont précédées, ne pouvant avoir l'expérience requise pour savoir se conduire en plusieurs occasions. Bien que je ne voudrais pas donner généralement ce conseil, de dire toutes choses particulières aux déposées, comme je vous ai déjà dit, ma trèschère fille, la vôtre est telle que vous y devez aller tout franchement et confidemment sans crainte, assurée que vous devez être que ce que vous mettez dans son cœur y demeurera comme s'il n'était point sorti du vôtre.

Pour ce que vous dites, ma très-chère fille, que vous ne recevez pas de filles, d'autant qu'elles cherchent l'éclat et que vous n'en avez point; ma très-chère fille, réjouissez-vous de cela, et tenez-vous amoureusement cachée sous les larges feuilles de votre petitesse et abjection. Ne paraître en chose aucune, c'était le grand désir de notre saint Fondateur, et que nous fussions grandement amoureuses de notre petitesse, et pour cela il nous donna ce saint document déparier toujours bassement de noire Congrégation ; cela veut dire, ma très-chère fille, sans exagération de louanges, sans comparaison aux autres Ordres. A la vérité, nous pouvons bien dire que Notre-Seigneur avait donné à notre Bienheureux Père des grandes lumières [sur] la vraie et solide perfection religieuse pour l'établir dans son Institut ; mais il ne faudrait pas dire que celle perfection surpasse celle des autres Religions. Ce que notre saint Fondateur dit en son premier Entrelien sur ce sujet, et ce qui est aux Réponses nous déclare entièrement comme il se doit pratiquer. Faites-le bien, je vous en conjure, ma très-chère fille.

Et ceci me donne sujet de vous répondre au dernier point de votre lettre, où vous marquez que ma très-chère Sœur M.-Anastase fait des miracles. Voyez-vous, ma toute chère fille, cet esprit de profonde humilité veut premièrement que l'on n'attribue pas à miracle les secours que Dieu donne dans les rencontres journalières. Et, en second lieu, quand il plairait à celte infinie Bonté de faire des choses évidemment miraculeuses

par cette chère Sœur, il faut que cela ne s'évente point au dehors, ni même que l'on n'en fasse pas grand bruit au dedans pendant la vie de cette bien-aimée Sœur, qui est vraiment une âme toute pleine de grâces et de vertus. Vous ne sauriez mieux faire, ma chère fille, que de vous tenir bien humblement et cordialement joiule et unie à elle, sans toutefois lui donner si grande multitude de charges qu'elle a déjà; car, si ce n'est par vraie nécessité, j'aime grandement qu'au moins pour cette première année, l'on ne donne point d'autre charge sinon celle de conseillère, parce que la règle le témoigne aux Mères déposées, afin qu'elles aient plus de loisirs et de moyens de se tenir bien proche de Dieu, et rentrer tout de bon en elles-mêmes, après les tracas de la charge.

Je salue d'un cœur très-sincère ma chère Sœur AI.-Anastase et la conjure avec vous de nous recommander à la divine Bonté, que je supplie vous combler de son très-saint amour, et toutes nos Sœurs que je salue, en me recommandant à leurs prières, et vous assure, ma très-chère fille, de mon invariable et toute sincère et cordiale dilection envers vous, à qui je me donne toute en l'amour de notre divin Sauveur qui soit béni. Amen.

Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.

LETTRE aIDCCXXIV (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-ALMÉE DE RABITIXJ

SL'PliniEL'RE A THOXOX

La S-iinte lui propose un nouveau confesseur.

vive f jésus!

[Annecy], 14 septembre 1640

Ma très-chère fille,

Je viens de voir ce bon ecclésiastique qui désire vous servir; à la vérité, je crois que c'est un vrai serviteur de Dieu, et que votre maison ne saurait faire une meilleure rencontre. Il ne

désire sinon d'avoir une petite chambre et sa vie, et avec cela peu de chose pour s'entretenir courtement. Il se contentera de vivre comme votre communauté, car il sait bien pâtir, et ne désire sinon avoir un peu de retraite auprès de Dieu, et non être parmi les tracasseries des hommes. Si vous ne voulez le nourrir, je pense qu'il se contentera de trois cent cinquante florins. Mon Dieu! ne perdez cette occasion. Mandez-nous promptement réponse, car il veut se pourvoir. Je vous écrirai à loisir, si vos Sœurs conseillères font difficulté. Ma fille, je ne peux écrire davantage^ recommandez-moi à la Très-Sainte Vierge.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCXXV {Inédite)

A LA MÊME

Qualités de l'ecclésiastique qui s'offre pour confesseur au monastère de Thonon. — Les Supérieures déposées n'entrent pas en retraite après leur déposition.

vive f jésus!

[Annecy, septembre 1640.]

Ma très-chère fille,

Enfin l'on tracasse toujours un peu sur vos confessions. Vous vous êtes fort bien comportée en cette occasion, de laisser parler en confession ces bonnes Sœurs, à ce bon Père Capucin.

Il est vrai que c'est une chose bien fâcheuse que les libraires vendent ainsi communément nos Règles; j'en parlerai au plus tôt à Monseigneur afin de pourvoir aux remèdes que l'on y devra mettre. — Le confesseur que vous avez est tout à fait impropre et incapable de cette charge. Cela doit vous faire connaître le besoin que votre monastère a d'en avoir un qui ait les conditions requises à un emploi si important au bien des âmes. Je n'ai su m'empêcher d'un peu sourire de voir la simplicité du bon M. N. M. Quêtant, votre très-digne Père spirituel, vous parlera amplement de celui qui se présente pour vous aller servir de confes-

seur. L'on en dit tout le bien qu'il se peut dire, et le principal, c'est qu'il est capable d'être dressé et instruit de ce qu'il devra faire, ce que n'est pas celui que vous avez à présent. II faudra que vous en parliez à vos Sœurs conseillères, et que vous résolviez avec M. Quêtant et elles ce qu'il faudra faire, afin que l'on rende réponse à cet ecclésiastique d'une façon ou d'autre. On lui donne de gage, à Saint-Pierre, trois cents florins et sa messe. Je pense qu'il se contentera à beaucoup moins, pourvu que vous le nourrissiez de même que la communauté ; car c'est un homme fort sobre à ce que l'on dit. M. Quêtant vous dira tout. Pour moi, je crois que si Dieu permet qu'il se rencontre à son contentement et à celui de votre communauté, qu'il n'est pas tant attaché à son bénéfice qu'il ne le quitte bien pour servir peut-être toute sa vie le monastère de Thonon.

Nous n'avons pas écrit en point de lettre de communauté que les Supérieures déposées né dussent point avoir de charge après leur déposition. J'ai bien écrit à quelques particulières que je trouvais fort bon de les laisser un peu en repos cette première année, pour se un peu reprendre. — Pour cette novice qui est si fort exercée intérieurement et extérieurement, selon le récit que vous m'en faites, l'on voit que véritablement c'est une âme choisie de Dieu. Vous vous y comportez fort bien. Je n'ai rien à dire sur cela, sinon qu'elle est en bonnes mains, étant entre les vôtres. — Je ne pense pas qu'il fût bien que les Supérieures déposées entrassent en solitude après leur déposition. Cela ne s'est pas encore fait.

Je n'entends pas ce que Votre Charité veut dire en disant que vous avez trouvé une table pour votre confesseur, sinon que ce oit une condition en quelque maison séculière; mais il n'y veut point être, et cela par dévotion, car il est porté à la retraite intérieure. Notre bon M. Marcher le trouve fort à son gré. Quand M. Quêtant et vous aurez résolu ce qui se devra faire, si vous l'acceptez pour votre confesseur, alors je l'entretiendrai et lui

dirai tout ce qu'il faudra dire, surtout afin qu'il prenne une entière confiance avec vous. M. Marcher vous ira voir, puisque vous le voulez, et vous dira toutes nos nouvelles et nous rapportera toutes les vôtres.

Je vais un peu voir nos chères petites Sœurs de là-haut. Mon Dieu! que je suis marrie de la petite de Blonay1! Quel dommage que ces âmes ne veuillent sortir d'elles-xnêmes! Dieu soit toujours votre guide et votre unique prétention. Amen.

Conforme à l'original garde aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCXXVI

A LA MÈRE LOUISE-DOROTHÉE DE MARIGNY

SUPÉRIEURE A MONTPELLIER

Quelle doit être son occupation intérieure pendant la retraite. — Sœur F. IC. de Nouvery est rappelée à Annecy.

vive -J- JÉSUS !

[Annecy], 30 septembre [1040].

Ma toute très-chère et bien-aimée fille,

Je vois, par celle que le sieur Charcot nous a apportée, que vous n'aviez pas encore reçu les nôtres dernières. Béni soit notre très-bon Dieu qui vous conserve et préserve votre ville [de la peste]. Je vois voire très-chère âme toujours toute ardente au désir d'une vie toute parfaite et très-pure. Bénie soit-elle en l'accomplissement d'un désir si juste!

Ma très-chère fille, que vous dirai-je pour votre solitude et renouvellement? Exposez-vous devant Dieu, vide de vous-même, autant que vous pourrez, par une très-simple remise de tout votre être en ses bénites mains, et cela en la manière que vous serez attirée, le plus doucement et simplement qu'il se pourra, et suppliez sa Bonté de vous remplir des saintes lumières et affections qu'il vous a préparées et destinées en son éternité,

1 Une nièce de la Mère Marie-Aimée de Blonay.

ne voulant que cela et la grâce d'y correspondre selon son trèssaint bon plaisir; et ceci n'est qu'un renouvellement de la disposition en laquelle sa souveraine Providence vous a mise, il y a longtemps, laquelle il faut suivre et ne point chercher d'autre voie ni moyen de perfection; et, avec cela, nous tenir fidèles à faire le bien et fuir le mal que nous connaîtrons, selon nos saintes observances.

Ayez un grand soin, je vous prie, de conserver cette faible santé que vous avez; faites pour cela tout ce qui vous sera possible. Mais je vous conjure, prenez fort doucement les affaires tant spirituelles que temporelles de votre maison , ne vous chargeant par-dessus vos forces, surtout du soin de votre bâtiment, vous faisant aider pour cela à quelqu'un de dehors. — J'envoie à ce coup l'obéissance de notre bonne Sœur F.-Emmanuelle [de Nouvery], non toutefois pour s'en servir qu'après l'Ascension, afin que ce qui doit revenir se fasse ensemble; cependant, je lui écris qu'elle demeure allègrement et en paix. Aidez-la à cela, ma très-chère fille, et que l'on ne lui fasse point la guerre de ce relardement, ni du désir qu'elle témoigne de s'en venir, de quoi je lui mande de s'abstenir. Je n'ai nulle pensée de la faire proposer à Arles; notre Sœur M. F. qui y est assistante, y sera élue, s'il plaît à Dieu. Certes, nous sommes quarante-sept céans, et tout ce qui doit revenir nous chargera fort, car notre monastère n'en peut tenir que quarante-six; mais la sainte Providence y pourvoira. Tout, grâce à sa Bonté, va bien en ces deux maisons. J'ai été la semaine passée en la seconde ; de part et d'autre, nous avons quantité de malades, dix ou douze céans, mais sans péril, oui bien de grandes langueurs.

Quand ma Sœur F. E. reviendra, et même tandis qu'elle sera là, tâchez de fort gagner son cœur, afin de lui pouvoir cordialement dire et faire bien connaîfre ses défauts particuliers et ceux qu'elle a faits au gouvernement, ce sera une bonne charité. Faites donc cela, s'il se peut, ma toute chère fille, et

jetez de bonne heure l'œil sur celles de votre maison que vous jugerez plus sensées et sincères à la Religion, afin de les dresser à la conduite, les faisant passer par toutes les charges, car d'aller dehors, il ne le faut plus, ni parler de mourir devant moi. Oh! non, ma très-chère fille, bien que sans exception la très-sainte volonté de Dieu soit faite! Priez fort sa Bonté que je passe le reste de mes jours et les finisse en sa sainte grâce et bon plaisir. — Voilà donc nos ciseaux ; je vous remercie des vôtres et de votre jus de réglisse, qui est très-bon et beau. — Quand vous verrez Monseigneur, saluez-le en tout respect de ma part. Je salue nos chères Sœurs; qu'elles prient pour moi. Je vous souhaite à toutes le comble des grâces divines. L'Institut s'épanche fort : le nombre des maisons passe quatre-vingts l. Dieu réduise tout à sa gloire, et ne permette rien que selon son bon plaisir! Ma fille, je suis très-sincèrement toute vôtre en Dieu, qui soit béni éternellement de nos âmes! Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Auiieey.

1 Le 80 monastère de la Visitation est celui de Dieppe, établi le 25 avril 1640, par des Religieuses de Rouen.

Le 14 septembre de celte même année le deuxième monastère de Paris lit la fondation d'Amiens, qui eut pour première Supérieure la Mère .M.-Euphrosine Turpin. Cette sainte entreprise avait d'abord rencontré de puissantes oppositions : elles s'évanouirent devant l'enthousiasme universel qu'excita le miracle opéré en faveur de M. Adrien Gambard, confesseur du deuxième monastère de Paris. Ce respectable ecclésiastique, atteint d'une maladie mortelle pendant qu'il négociait à Amiens les affaires de la fondation, avait été rappelé des portes du tombeau, par l'attouchement d'un autographe de saint François de Sales. Une âme favorisée de grâces extraordinaires, que le Père Saint-Jure, Jésuite, assurait être à l'abri de toute illusion, eut vers le même temps une connaissance particulière que Dieu serait bien servi dans le futur monastère, et qu'il y serait glorifié jusqu'à la fin des siècles. (Histoire de la fondation d'Amiens.)

LETTRE MDCCXXVII

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABITIX

SUPÉRIEURE A THONOX

Indifférence au bon plaisir divin. — Conseils pour le gouvernement de L communauté.

vive -}- jésvs!

[Annecy], 12 octobre [1640],

Ma très- chère fille,

J'ai reçu votre reddition de compte dan? notre solitude. N'importe par où Dieu nous fasse faire notre chemin, par terre ou par eau, pourvu qu'il soit avec nous. Or, Il est avec nous très-assurément, et c'est Lui qui nous donne le désir d'être toute sienne; il le faut être selon qu'il le veut, et puis, quand il lui plaît que nous cheminions dans la simplicité et dénûment de tout acte, il y faut obéir et ne s'empresser plus pour cela. Mais il faut demeurer ferme là et ne point faire de réflexions, jamais : ceci a tant été dit qu'il ne faut plus le répéter.

Il faut donner lumière à votre confesseur de la qualité des fautes de vos Sœurs, ou par M. Quêtant ou par vous-même, et ne le pas changer. Mais il faut tout à fait retrancher à ma Sœur X. sa conversation, et me semble vous l'avoir déjà écrit , et retrancher tous ces petits présents. Certes, ces choses ne doivent point être permises en nos maisons; la règle en dit assez pour nous donner l'autorité de le faire. — Je parlerai ou ferai parler à M. le marquis par le bon M. Pioton, afin qu'il fasse retirer celte dame chez elle. — Pour X. , recommandez-lui fort de ne point gâter sa santé, et qu'elle tâche de tirer ses gages, qu'elle ait au moins de quoi se vêtir; mais il faut qu'elle soit bien résolue de servir à la cuisine sans autre prétention; on la recevra environ Pâques. Si vous la retenez, vous l'éprouverez mieux. M. X. vous aura dit toutes nos nouvelles passées, et nos Sœurs écriront les présentes; car, ma fille, je ne le puis, nous avons ici bien

de l'occupation. Dieu soit béni de tout et nous comble de son

saint amour. Je me porte mieux qu'il ne se peut dire. Soyez en

repos de votre âme, Dieu l'aime, je la chéris uniquement.

Mille saluts à M. Quêtant, à vos dames et nos Sœurs.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de la Côte-Saint-André (Isère) .

LETTRE MDCCXXVIII

A MONSEIGNEUR CLAUDE D'ACHEY

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