LETTRE CXXXII
AU MÊME
Elle confie Celse-Bcnignc à sa direction.
vive -j- JÉSUS !
Annecy, 1618.
Je ne pouvais quasi plus durer, mon très-cher Père, sans avoir un peu de vos nouvelles. Il ne faudrait pas traiter avec ce garçon maintenant2, autrement que vous le faites; mais, Dieu
1 D'après les anciens livres de compte du premier monastère de la Visitation d'Annecy, ces moulins furent achetés en 1618, pour le prix de 15,666 florins.
2 La Sainte parle de son iils , Celse-Bénigne , qui venait d'arriver à Annecy. Il avait alors vingt et un ans « et était très-adonné au inonde, où
aidant, j'espère que son esprit se rassérénera, et qu'avant qu'il parte, il vous ouvrira le chemin d'une plus cordiale familiarité pour son utilité. Hier, je ne lui parlai qu'en commun; aujourd'hui, je dois lui découvrir ses plaies. Mon très-cher Père, dites la sainte messe à cette intention, afin que Dieu m'assiste et lui touche le cœur ; je ne pourrai m'empêcher de vous mander ce qui se sera passé. Je serais bien aise que vous entreprissiez un peu ces autres messieurs en particulier l. J'espère que Dieu nous aidera , mon très-cher Père ; il faut que je vous dise que c'est la façon de ce garçon de se tenir réservé vers les personnes d'autorité et de respect ; néanmoins, je m'assure qu'il s'apprivoisera plus, avant qu'il parle.
Dieu soit notre aide et notre seul amour; mon très-cher Père, il ne faut venir que samedi.
Conforme à l'original gardé aux Archires de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DE LA SOEUR PEROW E-MARIE DP] CHATEL A LA MÈRE J. CFL DE BRÉCHARD
[Cette lettre mérite d'être placée ici, vu les détails qu'elle renferme.]
Annecy, 1618.
Dieu soit à jamais notre tout , ma très-chère et bien-aimée Mère. Nous vous dirons un peu des nouvelles de notre trèschère Mère [de Chantai], car nous savons bien qu'une des plus grandes consolations que vous puissiez recevoir, c'est d'en avoir souvent. Xous voudrions bien les donner bonnes, pour votre consolation et pour la nôtre ; mais Xotre-Seigneur ne le
il était fort goûté » ; mais sa sainte Mère lui désirait une autre fortune, et souhaitait vivement qu'il profitât des entretiens de saint François de Sales pour se ranger à la dévotion.
1 Les amis de Celse-Bénignc, qui l'avaient accompagné à Annecy.
veut pas encore, puisqu'il lui laisse celte fièvre quarte, laquelle l'abat fort, bien qu'elle ne soit pas trop violente. Sa défluxion l'a grandement travaillée; elle lui donne des grandes douleurs de dents. Nous croyons qu'elle ne vous pourra pas écrire, parce que le messager nous a averties trop tard. Elle vous salue trèsamoureusement comme sa chère première fille, qu'elle aime fort tendrement. Il nous semble que vous demeurez trop sans lui écrire, et sans nous faire un peu part de vos nouvelles. Nous attribuons ce silence à ce que vous nous écrivîtes la dernière fois, quiest,disiez-vous, que l'on vous avait annoncé que notre chère Mère avait défendu d'écrire plus de deux fois l'an. Nous ne savons qui a pu vous dire telle chose; mais nous n'en avons pas ouï parler; les supérieures ne sont pas comprises en cela; mais vous le savez bien, ma très-chère Mère. Vous savez bien aussi que nous sommes toutes vôtres, et que nous vous chérissons de tout notre cœur, plus que nous ne vous pourrions exprimer. Nous oubliions de vous dire encore quelques particularités de notre chère Mère pour vous tenir plus en repos : c'est que depuis que sa fièvre quarte l'a reprise, elle ne laisse pas d'être à toutes les assemblées de nos Sœurs et d'aller à la messe, et de communier fort souvent et faire son ouvrage. M. le baron, son fils, est ici, qui l'est venu voir. Certes, il fait bon le voir; il ressemble fort à feu M. de Thorens. Mademoiselle de Chantai ne est si en œuvre qu'elle ne le peut quitter.
Voilà tout ce que nous vous pouvons dire pour cette fois. Toutes nos chères Sœurs vous saluent, et nos chères novices tout particulièrement; notre chère Mère trouve qu'elles font fort bien toutes; c'est cela que nous désirons grandement pour la gloire de Dieu. Croirez-vous bien, ma chère Mère, que nous n'avons point de satisfaction en cet office [de directrice], sinon celle de l'obéissance? et, certes, nous en avons bien le sujet, ce sont de bonnes filles. Il faut vous dire que ma Sœur Anne-Marie [Rosset] fait fort bien en sa charge d'assistante avec
une grande utilité, et ma Sœur Claude-Agnès [Joly de la Roche], en celle d'économe. Certes, toutes font fort bien, Dieu soit béni. Dites-nous un peu de la ferveur de vos chères novices, comme elles s'avancent en la perfection ; car nous croyons qu'elles font un grand chemin. Elles ne peuvent de moins, ayant une si bonne mère et maîtresse. Nous les saluons toutes de tout notre cœur et vous tout particulièrement, ma chère Mère, car nous sommes de tout notre cœur votre très-humble fille et servante,
P. M. de Chatel, de la Visitation.
Dieu soit béni !
Post-scriptwn écrit de la main de la Sainte. — Mon Dieu, ma très-chère Sœur ma mie, que nous avions bien résolu de vous écrire, au moins une bonne petite lettre; mais, las! nous sommes toujours infirme, et aujourd'hui nous nous sommes trouvée si mal de la défluxion que nous ne pouvons, sinon vous saluer et embrasser en esprit de tout notre cœur et toute votre chère troupe; il nous tarde de la savoir augmentée. Dieu, par sa douce bonté, la multiplie à sa gloire. Nous vous envoyons tous les Entreliens que Monseigneur nous a faits depuis notre retour de Lyon ; celui sur la règle est admirable. Le doux Sauveur vous tienne sous sa protection et vous comble de bénédictions avec nos chères Sœurs. Adieu et bonsoir, ma toute chère fille.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.