LETTRE CXLI
A LA SOEUR PAULE-JÉROXYME DE MONTHOUX
UAITRESSK DES NOVICES, A .1XXECV l
Les Xovices doivent en toute occasion s'adresser à leur maîtresse et suivre sa direction. — Exemple d'humilité et sollicitude- de la Sainte à provoquer la pratique des vertus de douceur, de simplicité et de droiture.
vive -J- jésus!
Grenoble, 1618.
J'ai reçu toutes vos lettres, ma pauvre très-chère fille, mais c'a été eu deux fois, et je vous ai fait réponse aux cinq premières ; maintenant, j'en tiens quatre pour vous y répondre ce qui sera requis. Il n'y a point de doute que les novices se doivent adresser pour tout à leur maîtresse ; la règle le dit, et ne sera que très à propos que, tant qu'il se pourra bonnement, notre Sœur assistante leur dise par votre entremise ce qu'elle jugera leur devoir être dit, autrement cela leur nuirait grandement. Oui, vous faites bien de me dire les choses principales ; mais faites fort mal de m'appeler sainte ; confessez-vous-en, et
1 Sœur Paule-Jéronyme de Monthoux d'Annemasse, d'une très-ancienne noblesse de Savoie, lit profession au monastère d'Annecy le 27 décembre 1615. En 1620, elle fut envoyée comme supérieure à la fondation de Xevers, et en 1625 à celle de Blois. « Cetle grande religieuse (dit la Mère de Chaugy) fut des premières reçues dans la Congrégation par nos Bienheureux Père et Mère; elle en porta les premiers travaux et les premiers emplois dans les fondations, et en conserva le premier esprit jusqu'au dernier soupir de sa vie. Elle travailla tellement à bien établir les vertus de simplicité, de pauvreté et d'humilité dans les maisons qu'elle fonda, que l'on peut dire en vérité : L'ouvrière est reconnaissais à la perfection de son travail. Elle décéda à Blois le 3 septembre 1661, et sa mémoire y demeura en si grande bénédiction, qu'on lui éleva un tombeau dans l'église de la Visitation. II était partie du côté des religieuses, partie du côté des séculiers, qui avaient une extrême dévotion à celte grande servante de Dieu. » (Livre des vœux du premier monastère d'Annecy.)
n'usez jamais de ce mot. 0 grand Dieu ! je ne suis qu'un abîme de toutes misères. Vous faites bien de faire votre charge de directrice tant que vous pourrez; la faiblesse humaine estgrande; ayez soin pourtant de ne rien faire qui nuise à votre santé. Dieu bénisse vos remèdes; j'ai grand' peur qu'ils ne vous laissent malade, mais en tout il faudra être contente du bon plaisir de Dieu.
Vous vous pouvez bien tromper, ma fille, en l'opinion que la Sœur assistante n'en use pas assez franchement avec vous ; ne vous arrêtez pas en cela, et allez votre train à la bonne foi. Le bon M. le sénateur n'avait-il pas raison ? Saluez-le de ma part, mais avec tout le respect et affection que vous pourrez. Je vous vois fort malade, et certes, cela me tient en peine ; or il faut tout bien dire au médecin, et lui obéir sans réserve. Je le salue de grand cœur, le bon homme. Et votre infirmière; mais d'où vient que je n'en ai point eu un brin de nouvelles? 0 Dieu! que je l'aime pourtant, et que je la conjure de grand cœur de prendre le dessus sur son cœur, afin qu'elle le conduise à une parfaite douceur et simple observance ; mais voilà que je vais le dire à cette chère fille Marie-Adrienne [Fichet].
Vous me faites plaisir d'employer la petite Sœur Françoise- Marguerite [Favrot] ; dressez-la bien, et qu'elle s'avance dans la parfaite modestie et observance. Si ces chères novices s'attachent toutes à cela et à ce que vous me marquez, elles iront bien loin, je les en conjure. Ne craignez point de m' écrire franchement, les lettres viennent tard, mais sûrement. Je voudrais que vous m'eussiez un peu plus particularisé les causes qui empêchent la capacité de supérieure, je les pensais plus extérieures qu'intérieures. 0 Dieu ! faut-il que notre négligence porte tant de préjudice au service de notre bon Dieu ! Ecrivez franchement, et soyez fidèle à cheminer dans une trèsextrême douceur, simplicité et droiture, et avec un support du
prochain incomparable. Regardez à Dieu en toutes choses et lui soyez fidèle. Il a ses yeux sur votre cœur; parlez hardiment avec pleine confiance à notre bon M. Michel, c'est un bon homme et sincère. Adieu, ma fille ; le grand Jésus vous rende toute sienne. Amen.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.