LETTRE CXXXIX
A LA MÊME
Arrivée de la Sainte à Grenoble. — Elle nomme les Sœurs fondatrices qu'elle y laissera et prie la Mère Famé de l'avertir si son passage à Lyon est nécessaire. —■ Recommandations diverses.
vive 4* JÉSUS !
Grenoble, 20 avril 1618.
Nous voici donc, ma très-chère fille, en cette brave ville ', où sans doute les pauvres et les riches témoignent de la joie de nous voir. Je ne vous dis rien de la joie et empressement de notre pauvre très-chère Sœur Barbe-Marie ; c'est chose inexplicable, et des charités qu'elle fait à cette maison, qui ne vit que d'aumônes, tant l'on y en fait. J'espère que plusieurs bonnes âmes profiteront autour de nos Sœurs.
Nous laissons pour supérieure ma Sœur Péronne-Marie [de Châtel]. Ses aides seront : la petite et tout aimable Sœur Marie- Françoise [de Livron], et la grosse fille Marie-Marguerite [Milletol] ; ma Sœur Marie-Antoine Tiolier est pour la cuisine. Nous ramènerons ma Sœur Claude-Agnès [Joly de la Roche]. Ecrivez, je vous prie, une bonne, cordiale et courageuse lettre à la chère Péronne ; car vous savez qu'elle est de naturel craintif ; mais c'est une fille toute d'or et digne de la charge qu'on lui donne. J'espère qu'elle fera ici une maison de solide vertu. Hélas ! ma très-chère fille, je vous écris sans loisir de bien penser à ce que je voudrais vous dire. Vous nous conjurez d'aller repasser vers vous. 0 Dieu ! quelle consolation serait-ce à mon âme de revoir un peu le cœur de ma très-chère grande fille que j'aime si uniquement, et celui de ses autres filles tant aimées ! Je vous
1 Sainte Jeanne-Françoise de Chantai et ses filles arrivèrent à Grenoble le 7 avril, et furent reçues parles autorités civiles et religieuses avec de grands témoignages de satisfaction et de bienveillance.
248 LETTKES DE SAINTE CHAMAL.
dis donc, ma très-chère fille, que si vous avez quelque notable nécessité de ma présence, nous vous verrons si vous le voulez; car, quant à l'affection de notre part, elle est incomparable; mais je vous parle ainsi , notre très-digne Père me l'ayant commandé, sur la considération qu'il fit de la nécessité des affaires de cette nouvelle maison, et de celle de Nessy, dans laquelle nous sommes nécessitée d'être pour l'Ascension, ou, au fin plus tard, le samedi matin d'après, pour des affaires qui seraient trop longues à vous dire. Voyez donc, ma très-chère fille, ce que vous voulez que je fasse, et me commander tout librement, je vous en supplie, en cette occasion ; mais faites-le, ma fille très-chère, je vous en conjure. Que si vous vous résolvez de nous voir, ne le faites savoir à personne du monde, afin que ces deux ou trois jours que nous pourrons être près de vous soient libres, et pour vous seule. Or, voilà parler comme je dois à ma très-chère fille ; reste que vous nous avertissiez de bonne heure de votre résolution. Que si vous délibérez que nous n'irons j as, écrivez-nous tout au long de votre novice dauphinoise, et nous vous répondrons ce que Dieu nous donnera, comme sur tout ce que vous nous manderez.
Si vous n'avez acheté les soies pour Nessy, et que vous vouliez que nous allions là, retardez encore, car nous les choisirions bien; sinon, je vous en prie, que l'on suive bien les montres et le mémoire; incontinent vous en aurez l'argent. Bonjour, ma très-chère fille, je ne puis écrire davantage. La chère petite cadette que j'aime tant m'excusera bien, et les autres filles. 0 Dieu ! j'oubliais de vous dire que si ma Sœur Anne-Marie ', en sortant, ne laisse 50 livres, ou au fin moins 40 sur sa pension, nous ne prendrons point sa sœur;
1 Une des fondatrices du monastère de Lyon. M. Chaudon, son mari, entra chez les capucins , tandis qu'elle était reçue elle-même au noviciat de la Visitation; mais elle fut bientôt obligée de le quitter, M. Chaudon n'ayant pas persévéré dans sa vocation.
car, certes, noire maison de Nessy est trop pauvre, et n'avons en ceci nulle obligation de le faire, que pour l'amour de ma très-chère Sœur Barbe-Marie ; mais je connais bien son cœur qui aimera toujours mieux l'utilité et contentement de notre maison, que la préférence d'une personne particulière. Bonjour, ma très-chère fille , de tout mon cœur.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CXL (Inédite)
A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET
ASSISTANTE A ANNECY
Commissions et souhaits.
Grenoble, 1618.
VIVE j JÉSUS !
Ma très-chère fille,
Dieu vous comble de bénédictions et toutes mes très-chères Sœurs, que j'aime avec vous parfaitement de tout mon cœur. Mandez-nous par le retour de ce porteur de vos nouvelles et du bâtiment. Je n'ai nul loisir, mais toute vôtre je suis pour jamais en Notre-Seigneur.
Dieu soit béni!
A ma très-chère Sœur de la Fléchère, à ma Françon et à toutes nos amies, mille saluts. Je n'oublie pas M. Michel, ni M. Roland, ni nos maîtres [ouvriers], non plus que ma pauvre Jacquement.
Conforme à une copie faile sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.
250 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.