LETTRE CXLIX
A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET
ASSISTANTE A AN.VECY
Recommandations pour une cérémonie de profession. vive -J- jésus!
[Grenoble] 5 mai 1618
Ma très-chère Soeur,
Le très-bon Sauveur soit votre consolation et celle de toutes nos très-chères Sœurs, que je salue avec vous de toutes les affections de mon cœur! Nous avons peu de loisir ici, mais il faut que je vous prie de faire écrire tout prompte ment notre
Sœur N. .. à M. N..*. , son père, afin que, sans plus de remise, l'on fasse la profession de nos bonnes Sœurs le dimanche d'après l'Ascension. Il me semble vous avoir déjà écrit, afin que nos Sœurs H. M. et A. C. ' avertissent les parents pour ce jour-là sans faillir, et avant not'e départ nous dîmes à notre Sœur N... comme elle ferait les habits et voiles. Or sus, ma très-chère Sœur, je vous supplie que tout soit bien préparé, et surtout que nos bonnes Sœurs fassent leur retraite et confession le mieux et le plus utilement qu'il se pourra. 0 Dieu! qu'elles seront heureuses de se lier et consacrer ainsi à l'amour du grand et trèsbénin Sauveur de nos âmes ! Quelle pureté, quelle humilité et fidélité se doivent-elles proposer d'acquérir, afin d'être des vraies amantes et épouses de ce très-divin et très-amoureux Epoux!
Mandez-nous si l'on vous a apporté une cloche de Genève pour mettre à la porte; car si vous n'en avez, nous vous en porterons une.
Il faut finir, car je suis entièrement pressée. Mille saluts derechef à toute la troupe bien-aimée. Que ma Sœur N. .. nous mande la réponse de M. N. .. sitôt qu'elle l'aura, car je ne puis rien résoudre sans cela. Je n'oublie de saluer madame la présidente, tous nos amis et amies, notre pauvre vieille Jacquement et nos maîtres.
Je suis toute à vous en l'amour de notre très-bon Sauveur. Dieu soit béni!
Conforme à uue copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-môme. Archives de la Visitation d'Annecy.
1 Les Sœurs Hélène-Marie Le Blanc et Anne-Catherine de Beaumont- Carra firent, en effet, la sainte profession le 27 mai 1618.
LETTRE CL (Inédite)
A LA MÈRE PÉRONNE-MARIE DE CHATEL
SUPERIEURE A GREXOBLE
-Maternels enseignements pour l'exercice de la supériorité.
VIVE -f- JÉSUS !
Lyon, 1618.
Mon Dieu, ma très-chère Sœur ma mie, qu'il me farde que je sache de vos nouvelles et qu'en vérité vous me disiez : « Ma Mère, tout ce que je craignais est évanoui. » 0 Dieu ! quelle consolation à mon àme, si j'entends jamais cela! Donnez-la-moi donc, ma très-chère Sœur, je vous en conjure, et me croyez, car en sincérité il n'y a rien à craindre ni à désirer en vous, que la privation de cette ombrageuse opinion1- mais je n'ai loisir de vous en dire davantage; je vous en supplie, ma mie, que cela suffise. Au reste, plus je pratique votre bon et cher Père, M. Dulme2, plus je le trouve aimable et digne d'une parfaite confiance, pour lui voir une entière affection et sincérité envers vous, et une capacité même pour les affaires extérieures. Soulagez-vous donc avec lui pour tout ; car il vous aidera, et me croyez. Soyez autant franche, confiante et sincère qu'il vous sera possible, mais je sais que vous l'êtes.
Faites-moi le bien de faire très-humble révérence à Mgr de Chalcédoine 3 de notre part et un mille d'embrassements à toutes
Après avoir passé six semaines à Grenoble, sainte Jeanne-Françoise de Chantai s'arrêta quelques jours à Lyon, h la prière de la Mère M. .1. Faire; c'est de là qu'elle écrivit à la Mère Péronne-Marie de Chàtel cette lettre si maternelle, où elle l'encourage à se garder d'une trop grande défiance d'elle-même et de son éloignement naturel pour la charge de supérieure.
3 Frère de Mgr l'archevêque d'Embrun et confesseur de la Visitation de Grenoble, estimé pour un très-vertueux et dévot ecclésiastique. [Histoire inédite de la fondation de Grenoble, par la mère de Chaugij).
'■ Mgr Alphonse de la Croix de Chevrières, coadjuteur de son père, l'évéque de Grenoble.
nos chères Sœurs, un peu à part secrètement à celles que vous le jugerez à propos et à ma très-chère Sœur Barbe -Marie, comme vous savez que je le ferais, et à notre bonne Sœur madame de Granieu et à toutes celles que vous jugerez à propos. Pensez si je suis contente d'être ici, où certes je trouve de bonnes filles et une brave supérieure1; de la maîtresse2 je n'en dis rien, afin d'entretenir ma bonne coutume de vous mortifier. Je n'oublie M. de Lagrand, M. Clément ni tout ce que vous voudrez. Adieu, ma chère amie; certes, en vérité je vous aime de tout mon cœur. Vivez toute à Dieu.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.