LETTRE CLXXI
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A L\OX
Peines de la Sainte concernant ses enfants. — Pauvreté de la communauté de Bourges.
VIVE V JÉSUS
Bourges, 20 novembre 1618.
Ma très-chère fille, je sais si peu de vos nouvelles et de celles de Nessy que cela me donne des pensées qu'il ne soit arrivé quelque chose à Françoise ; si elle n'arrive bientôt, l'hiver la combaltra. Je trouve ici de bonnes et poignantes épines, que si Dieu n'y met sa bonne main, elles me poindront longuement,
parce que je suis mère. Il est vrai que tant que je puis, je détourne ma pensée des choses à venir, voire même des présentes, les remettant au soin et providence de mon Dieu , auquel je me repose et confie.
Les neuf tilles de 10,000 écus qui servaient de fondement à ce nouveau monastère sont réduites à une; et enfin on nous voulait, et j'espère que de la multitude des filles qui demandent, qui sont pauvres ou petites en commodités temporelles, nous en recevrons cinq ou six, après que nous les aurons un peu examinées. Il ne s'était encore rien commencé de plus appuyé sur la divine Providence, et c'est ce qui nous console l.
Voilà pour cette pauvre nouvelle veuve qui me donne bien de la douleur et compassion. Je n'ai moyen ni loisir d'écrire à Nessy, car le messager me surprend, et si ces deux lettres n'eussent été prêtes, il n'y avait moyen. Adieu, ma fille; je sais
que vous me croyez toute vôtre. Jésus soit notre tout et sera
de bon cœur que vous lui manderez nos nécessités.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.