LETTRE CLXX
A LA SOEUR CLAUDE-AGftÈS JOLV DE LA ROCHE
ASSISTANTE A ANNECY '
Haute estime de la Sainte pour la grâce de la vocation à la vie religieuse.
VIVE J JÉSUS
Je loue Dieu, ma très-bonne et très-chère Sœur, des bonnes nouvelles que vous me mandez de toules nos chères Sœurs, et de celles en particulier que vous me dites de votre cœur, lequel j'aime si chèrement et si amoureusement. Dieu le rende tout sien et tout saint, ce cher cœur de ma pauvre Agnès ! Ayez-en bien du soin, ma mie, car il est bon, mais il le faut bien conduire fidèlement, doucement, humblement, et surtout le tenir encourage, afin qu'il persévère. Hélas! que nous sommes toutes heureuses, ma très-chère fille, de n'êlre occupées, employées, ni dédiées qu'au service royal de notre céleste Epoux ! Eh ! que ne devons-nous pas faire pour ce bon Sau-
1 La Mère Claude-Agnès Joly de la Roche, issue d'une très-honorable famille d'Annecy, fut la neuvième religieuse de la Visitation, et l'une des Ames les plus favorisées de Dieu. « Chargée d'enseigner à chanter l'Office divin aux novices ses compagnes, dit la Mère de Chaxujij, elle leur enseignait en même temps par son exemple la solide vertu et leur apprenait à lire dans le Coeur de Jésus mourant sur la croix, qui est le livre des sept sceaux, écrit dedans et dehors et qui n'a été ouvert qu'à l'ouverture de son sacré côté. » En 1G18, Sœur Claude-Agnès tint au monasière d'Annecy, comme assistante, la place de sainte de Chantai, qui dut s'absenter pour les fondations de Bourges et de Paris. En 1620, elle fut envoyée elle-même à Orléans comme supérieure de ce:te nouvelle maison, et en 1628 elle fonda le monastère de Rennes, où elle décéda saintement le 30 décembre 1630. « Le chemin de la Croix, soit intérieur, soit extérieur (disait-elle souvent), est le plus assuré, le plus court, le plus désirable, pourvu que l'on ait du courage et de l'amour. » [Vies des quatre premières Mères de la Visitation.)
veur, en reconnaissance de cette si particulière grâce? Certes, quand je la considère, je voudrais être anéantie et fondue dans sa divine volonté, afin qu'il fît de moi tout à son gré, puisque je n'ai la suffisance de le servir dignement.
Secourez-moi fort de vos prières, je vous en conjure, et toutes nos chères Sœurs, et saluez quelquefois Notre-Dame pour moi, avec son glorieux époux saint Joseph, et son cher fils adoptif, mon bon patron [saint Jean].
Je salue, mais très-cordialement, M. votre père, mon cher frère, et madame votre mère, ma bonne sœur. PourDieu, qu'ils prient un peu pour moi, afin que mon Dieu me faisant miséricorde, il me rende toute sienne.
De grâce, ma mie, quand mon très-cher Seigneur vous verra, baisez-lui révéremment sa chère main de ma part ; mais, je vous en prie, je le fais en esprit de grand cœur.
Adieu, ma mie. Baisez de ma part ma pauvre Sœur Anne- Jacqueline [Coste], Je l'aime bien et vous aussi, ma chère Agnès. Vive Jésus !
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.