‹ Lettres (volume 3)Chapitre 14 sur 351 · A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL · texte numérisé non relu

A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL

Très- chère et dévote Oratrice,

La résolution que vous avez faite, de servir avec tant de zèle à Dieu et au prochain, nous a été très-agréable, et nous ne pouvions recevoir davantage de contentement que de l'élection que vous avez faite de nous, pour être mère et protectrice de votre dévote Compagnie, ce que nous avons accepté très-volontiers pour avoir part à une si bonne œuvre; aussi avons-nous fait que Son Altesse Monseigneur et père vous ait particulièrement recommandée au marquis deLans et au Sénat, auquel vous pouvez recourir pour toutes sortes d'occasions, comme aussi à nous qui ne manquerons pas de vous favoriser et assister de tout notre pouvoir, comme la comtesse de Tournon vous dira de bouche, à laquelle nous avons donné charge d'assister à notre nom, à la solennité que vous ferez. Il me reste donc à vous dire que, comme tous ces fléaux que nous souffrons viennent du courroux que justement Noire-Seigneur conçoit contre nos péchés, et qu'il ne se peut mieux apaiser que par les dévotes oraisons des âmes religieuses, nous avons jugé que les vôtres seraient très à propos pour faire souvenir sa divine majesté de sa miséricorde, et regarder de son œil de pitié nos afflictions publiques : voilà de quoi je vous conjure de prier sans intermission, afin que bientôt nous puissions voir quelque bout de tant de calamités; ce que nous nous assurons que vous ferez volontiers. Je vous recommande de prier en particulier pour moi qui vous chéris bien fort.

Margarita , duchesse de Mantoue.

Turin, ce 22 décembre 1613.

Conforme à une copie de l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE IX (Inédile)

A SAINT FRANÇOIS DE SALES

La Sainte s'excuse de n'avoir pas écrit une lettre. Réflexion sur la fête des Rois.

VIVE -J- JÉSUS.'

[Annecy, janvier 1614]

Hélas! mon très-cher Père, je n'ai point écrit à Celse-Bénigne *, car ce malin Ton m'est venu dire que vous me mandiez que j'écrivisse en Bourgogne, ce que j'ai fait. Or, il n'importe, j'écrirai bien une autre fois à cet enfant; je lui écrivis dès Meximieux. Bonsoir, mon très-cher et tout uniquement trèscher Père, notre doux Jésus règne seul en notre cœur sans doute. Oh! que ces Rois furent heureux de voir de leurs propres yeux le très-saint Enfant, et que nous sommes heureux aussi de le recevoir et voir journellement.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

AU MÊME

Désirs d'aimer Dieu et d'accomplir sa volonté.

VIVE f jésis!

f Annecy, 1614.]

Monseigneur ,

Je prie Notre-Seigueur qu'il vive à jamais glorieux au milieu de votre cœur parmi ces fâcheuses affaires 2 ; ce que je crois qu'il fera sans doute, et qu'il vous portera à une excellente sainteté. Mon Dieu ! que nous avons d'occasions de mériter! Je

1 Fils unique de la Sainte.

- On refusait au B. Prélat un emplacement nécessaire à la construction du premier monastère de la Visitation.

suis puissamment mortifiée quand je sais que l'on vous détourne d'écrire au livre de Y Amour divin , amour que mon cœur désire toujours plus ardemment. Je suis tout accablée d'affaires, mais je crois que tout ira bien. J'ai un grand désir d'accomplir la volonté de Dieu, c'est pourquoi je vous prie derechef de me marquer tout ce qu'il faut que je fasse pour cela; car j'ai des mouvements que je ne puis exprimer, et certaine joie qui dit à mon àme que ce grand Dieu me conduira et rendra capable de son amour, encore que je voie l'inhabileté de mon àme. Priez-le qu'il me donne la force de faire ce qu'il requiert de moi. Je vous demande votre sainte bénédiction. Dieu vous conserve toujours dans son amour.

AU MÊME Embarras suscités à propos de la construction du monastère.

VIVE -j- JÉSUS !

[Vers le milieu de l'année 1614.]

Mon très-cher Seigneur,

M. Ruphy me vient mander qu'il avait appris de bonne part que l'on avait résolu de ne nous laisser que le tiers du canal; si cela est leur plaisir, il nous sera à charge, et nous servira de fort peu ; car le moins que nous nous saurions passer , c'est de dix pieds et demi, et si Monsieur1 ne nous fait cette

1 C'est le titre qu'on donnait alors au duc de Nemours.

« Le 20 août 1(514 (dit la Mère de Chaugy, dans V Histoire de la fondation du 1er monastère d'Annecy), Mgr Henri de Savoie, duc de Nemours, voyant la peine qu'on avait d'avoir place pour bâtir le monastère, poussé d'un vent favorable du Saint-Esprit, fut inspiré d'assister les servantes de Dieu, et dépêcha de son château d'Annecy une patente par laquelle il permit que l'on bâtit au long du canal qui coule du lac, et que le monastère s'appropriât l'usage particulier d'une partie de ladite eau. »

charité-là, il nous incommodera pour jamais, et nous le serons déjà grandement de nous réduire aux susdits dix pieds et demi. Au bout de là notre bon Dieu nous aidera, s'il lui plaît, et après que vous aurez fait votre pouvoir, nous demeurerons contentes de sa sainte volonté, n'est-ce pas, mon très-cher Père? et certes, moyennant sa grâce, plus humbles et plus fidèles à son très-saint amour, duquel je supplie sa bonté vouloir remplir notre cœur.

N'oubliez pas l'église, car ne sachant où employer promptement nos ouvriers, nous les y ferons travailler. Bonjour, mon très-cher Père , mon unique; conservez-nous bien votre trèschère santé.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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