LETTRE XII
AU MÊME
Nouvelles contradictions.
vive -j- jésus!
[Annecy, 1614.]
Il est force, mon très-cher Père, et, il me fâche de vous donner ce déplaisir : les N. N. ont, à force de menaces, tellement épouvanté nos ouvriers ' , qu'ils ont quitté besogne, et
1 Ces contradictions eurent lieu au sujet de la bâtisse de l'église et du monastère.
On lit dans V Histoire de la fondation du 1er monastère d'Annecy : « Le bâtiment s'avançait avec beaucoup de bénédictions, mais non sans de bonnes incommodités. Ayant été fait refus à notre Bienheureux Père de certaine place , on lui en fit des excuses , auxquelles il fit cette sainte réponse : « Quant au jardin, mon très-cher Père, je n'y pense plus, non que » je voie bien que le projet fait n'incommodait pas N..., ains l'accommo- » dait par le moyen de la récompense que nous eussions donnée ; mais, par » la grâce de Dieu, je n'eus jamais envie de me rendre contentieux , ni de » blesser l'esprit de personne. Nos filles de la Visitation feront leur bâtiment
)6 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.
leur ont dit qu'ils les chasseraient à coups de pierres, et que, s'ils travaillaient, ils les battraient fort bien où ils les trouveraient. Certes, ceci me déplaît bien, mon très-cher Père, et particulièrement pour vous; enfin il faut avoir patience. Les ]Y. font faire ces boutades par leurs jeunes [gens], mais la justice mettra ordre à tout. Je vous écris parce qu'on nous a dit que le Père prieur i^ous était allé trouver, et aussi pour savoir ce que nous ferons.
Mon pauvre très-cher Père, ceci passera bientôt, et la paix nous durera éternellement, s'il plaît à Dieu; mais, je vous prie, mon très-cher Père, pensez un peu, je vous en supplie, qui nous pourrons offrir pour être caution, et il en faudra donner une.
: avec incommodité, mais elles s'en contenteront très-volontiers; ains, je » puis dire : elles en seront très-contentes, puisque il ne se peut mieux. Et >i puis, elles savent qu'il n'est pas hors de propos que les fidèles Épouses de Celiii qui n'eut jamais ni logis , ni où reposer son chef en ce monde, » ne soient pas logées à leur commodité. Comme vous savez, mon cher » Père, la Mère qui gouverne celle nouvelle troupe a si hien appris à loger - au mont du Calvaire, que tout autre logis terrestre lui semble encore trop » beau ; elle n'a donc nul sentiment du refus, sachant bien que les pèlerines qui devront avoir retraite en ce logis, n'y devant habiter que la • nuit de cette petite vie, seront, Dieu aidant, si attentives à tirer pays dans le beau séjour de leur cité permanente, que le reste leur sera indifférent. Et enfin, mon très-cher Père, nous sommes enfants de la Providence céleste : Dieu aura soin de ses servantes selon son bon plaisir ; il faut avoir patience : Qui scminant in lacrymis , in exultationc mêlent. Ainsi les rosiers produisent premièrement les épines, ensuite viennent les roses. »
La patience du saint Evêque triompha de tous les obstacles : le 18 septembre de cette année 1614, il put bénir et poser la première pierre de l'église et du monastère.
Conforme à l'original gardé aux Archices de la Visitation d'Annecy.