LETTRE CXCIX
A LA MÈRE PÉROWYE-MARIE DE GHATEL
SlirÉRIELIlE A GltENOBLF.
Encouragements à porter le faix tle la supériorité.
vive -|- Jicscs!
[Paris. 1619].
Seigneur Jésus ! ma pauvre très-chère fille ma mie, il s'en faut bien garder d'arrêter votre pensée, et encore moins voire désir, à vouloir sortir de la supériorité ; par la divine miséricorde, vous faites trop bien et utilement votre charge '. Oh ! non, ma fille, vous ne gâtez pas tout, comme vous me dites, ains, assistée de la grâce de Dieu, vous ne gâtez rien. Que plût à Dieu eussions-nous prou de semblables galeuses ! Je vous assuie que ma conscience me permettrait bien delesmettre en charge. Arrêtez votre esprit à l'avis de notre tout unique Père, et soumettez votre cœur au mal et à la charge. Ne soyez pas si âpre à vous-même, et vous verrez que tout ira bien. Vivez très-joyeuse et allègre, je vous en conjure, ma fille très-chère, que j'aime comme ma propre âme.
1 La Mère de Chàtel avait toujours redouté la charge de Supérieure, e; venait de demander comme une grâce d'en être déchargée.
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A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET
SUPÉRIEURE « BOURGES
Charité et prudence dans la réception des infirmes. — Il faut marcher hâtivement, humblement et fidèlement à la suite du Sauveur.
Taris, 25 août 1619.
Ce doux Jésus vous comble de bénédictions, ma très-chère Sœur ! Je commence à me remettre de ce peu de fièvre que j'ai eue, grâce à Noire-Seigneur.
Je me souviens de notre bonne Sœur Anne Tillier1. Si son mal ne se prend point, et qu'elle soit si bonne Religieuse que vous dites et que je l'espère, à la vérité, il faut grandement peser son affaire, et avec charité et bon conseil des Pères Jésuites, car je ne vous en puis dire autre chose, et il ne faut pas que les Sœurs se rendent si douillettes. Où il n'y a point de péril, la charité supporte tout; mais vous voyez mon sentiment ; que l'on s'en rapporte aux Pères.
Je crois que vous êtes sur le terme de vous loger; Dieu soit votre aide en tout ! Dites, je vous supplie, à l'oreille de vos chères novices, que je salue amoureusement leurs cœurs, mais que je les conjure de cheminer hâtivement, humblement, fidèlement, en la voie de la parfaite observance et soumission. Eh ! mon Dieu ! quelle misère que la nôtre ! voir Dieu qui est mort pour nous, et qui s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix, qui veut dire toutes sortes de travaux et d'abjections, et n'avoir pas la détermination de vivre selon sa
1 C'est la fille humble et courageuse dont parle saint François de Sales dans son quatorzième Entretien. Reçue à sa considération, malgré une infirmité fort abjecte, elle fut guérie miraculeusement peu après le trépas du B. Evéque et par son intercession. (Année Sainte, Ier volume.)
sainte volonté en une parfaite obéissance ! Je salue aussi chèrement nos chères professes et nos bons Pères Jésuites. Je n'oublie jamais tous nos amis et amies, ni notre bonne Sœur Jeanne, mais qu'elle'prie pour moi !
Ma très-chère Sœur, je suis toute vôtre en Noire-Seigneur. Amen.
Conforme à l'original gardé ans Archives de la Visitation d'Annecy.