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LETTRE CXCVIII

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A UOURGES

L'Esprit de Dieu ne manque pas d'assister une âme humble et confiante. — La grâce

seule peut donner aux novices la vocation et la persévérance. — Quelle quantité

de nourriture donner aux Sœurs. — Il ne faut pas recevoir dans le monastère une

enfant trop jeune. — La Supérieure doit maintenir une sainte joie dans la

communauté.

VIVE 7 jésus!

Paris, août 1619.

Ma très-chère Soeur ,

Je suis fort consolée de votre conduite. Je m'assure que si vous continuez à vous tenir humble et confiante, l'esprit de Dieu ne vous manquera point, cela est infaillible. Celles que la divine Providence a destinées pour notre Institut, le monde ne les détournera pas ; que, s'il le fait, elles ne persévéreront pas ailleurs. Enfin, demeurons humblement abandonnées au gouvernement de ce divin Sauveur, et soyons fidèles à l'observance ; il nous élèvera et multipliera quand il en sera temps. Je le pense, que ces bonnes filles du Père André ne nous seraient pas propres. Ce sera hasard si la Sœur N... fait profession ; il la faut grandement aider, et ne la point laisser parler en particulier

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avec les autres Sœurs; Dieu nous aidera, n'en douions point.

Je me souviens de vous dire qu'il faut donner jusqu'à six onces de viande aux Sœurs, nous le faisons ici. Je ne saurais penser que M. de Lissey ' se veuille altérer de ce que l'on ne recevra maintenant sa petite fille, puisque c'est chose que la Règle ne nous permet; mais il est bien à propos de le lui dire fort doucement, et même, s'il est requis, d'employer pour cela le bon Père recteur. Je ne puis écrire à la petite Maurice ; je la salue; si son père lui voulait donner jusqu'à deux mille francs pour sa dot, et ses meubles un peu petitement, il n'y aurait point de danger de la recevoir. Si je puis, nous vous déduirons [conduirons] quelques filles d'ici; il s'en présente de bonnes, et en très-grand nombre; mais la plus grande part ont fort peu de commodités. Vivez contente et consolée, je vous en prie, ma mie, et ayez soin que les Sœurs soient de même, car cela m'importe fort. Monseigneur se porte bien ; nous le voyons quelquefois, mais nous ne lui pouvons quasi point parler 2.

Je salue chèrement notre bon Père P. et le Père principal et Rerthus ; je les chéris cordialement. Je vous prie, dites à l'oreille du cœur de toutes vos novices et en secret que mon àme les chérit très-cordialement, mais je les conjure d'aimer bien leur esprit 3. A la bonne madame Thibaut un mot cordial. Il

1 II avait travaillé à l'établissement du monastère.

9 La confiance qu'inspirait saint François de Sales multipliait ses travaux et ses rapports avec les plus hauts personnages; il ne pouvait se défendre de leurs pieux empressements. On lit même dans les Annales inédites de la l isilation « que Mgr de l'Aubespine, évêque d'Orléans, voulut le posséder dans sa ville épiscopale pour lui voir exercer toutes les fonctions pastorales. Ce fut alors que madame la comtesse de Saint-Paul, princesse de la maison de Longueville, personne d'une eminente piété, exprima au B. Prélat le désir de contribuer à l'établissement d'un monastère de la Visitation dans la ville d'Orléans, dont AI. le comte, son fils, était gouverneur. Le Saint lui répondit agréablement : « Oui, madame, vous aurez de mes filles dans » voire belle ville d'Orléans. »

3 L'esprit de leur vocation.

faut supporter la bonne madame de Jars et faire tout ce que vous pourrez pour la contenter. Je salue tous les amis et amies et les gens de Mgr de Bourges. Sans loisir, j'écris à nos Sœurs. Priez pour nous. Certes, ma mie, je suis toute vôtre en Jésus.

Conforme a une copie faite sur l'original par la Mère Hosset elle-même. Archives d la Visitation d'Annecy.

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