CARMÉLITE
Témoignages d'estime et d'affection. — Humilité de la Sainte. — Difficultés pour la réception d'une prétendante.
VIVE y JÉSUS.'
[Paris, 1619].
Ma très-bonne et très-chère Mère, la paix de notre divin Sauveur soit toujours au milieu de votre cœur. Je ressens une consolation profonde d'avoir eu de vos nouvelles, et de voir que vous avez si bonne souvenance de la sainte amitié par laquelle notre Seigneur et Maître unit nos cœurs en sa sainte dilection. Vraiment, ma très-chère Mère, il est très-vrai que ce que Dieu a joint, rien du monde ne le peut séparer, et si je pouvais avoir un jour le bonheur de vous voir, je vous ferais connaître mon amour, et ma confiance aussi entière qu'elle fut jamais envers vous. Je pense que mon âme se fondrait en une sainte suavité, si je recevais ce bonheur de traiter cœur à cœur avec vous de la très-sainte suavité de l'amour de Notre-Seigneur Jésus. Orna Mère! j'y vois peu d'apparence, car au partir d'ici on parle de nous envoyer en Italie. Le grand Dieu accomplisse en fout sa très-sainte volonté ; pourvu que je le serve avec !a profonde humilité et fidélité que je dois, tous lieux me sont indifférents; mais, ma très-chère Mère, c'est ce que je ne fais pas, je suis toujours immortifiée, imprudente et lâche à ce divin service. Priez, je vous supplie, pour mes nécessités, et faites prier vos chères filles; mais je dis doublement, puisque j'en ai une nécessité double, et une plus grande que je ne vous saurais dire.
1 La Révérende Mère Marie de la Trinité d'Hanivel fut la première professe du Carinel en France. Sainte de Chantai, étant encore séculière, l'honorait déjà comme une grande servante de Dieu. Cette digne Religieuse mourut à Troyes, l'année 16i7, en odeur de sainteté.
iv. 22
N'est-ce pas chose admirable, ma très-chère Mère, que de voir une créature indigne et incapable être employée à des services si dignes et de si grande importance? mais c'a toujours été la façon de faire de notre bon Dieu, d'employer les plus viles et abjectes créatures, afin de poser le trône de sa miséricorde sur celui de notre misère. Bonté incomparable! Oh! je voudrais vous écrire longuement; mais le loisir de celui qui vient m'apporter votre lettre ne me le permet pas, ni le mien aussi pour ce coup; mais je ne manquerai de vous écrire et rendre compte de mes actions avant que de partir de ces quartiers. Je m'étais déjà fort enquise de vous; mais comme personne ne m'en disait rien d'assuré, je voulais envoyer vers les bonnes Mères de cette ville pour savoir de vos nouvelles.
J'entends à peu près la demoiselle dont vous m'écrivez; car pour les noms, je ne les retiens que difficilement. Je vous assure, ma très-chère Mère, que Mgr de Genève et nous, avons un très-grand désir de la consoler, mais le devoir que nous avons à cette maison fait que nous n'avons pas voulu aller à l'encontre de ceux à qui Mgr le cardinal de N... l'avait remise, lesquels ont déclaré qu'elle ne pouvait être reçue sans grand intérêt de cette maison, pour plusieurs raisons qui sont marquées dans leur résultat; de sorte qu'il n'y a pas eu apparence de passer outre. Nous lui avons offert retraite en une de nos autres maisons, mais elle ne l'a pas voulu accepter. Qu'est-ce que nous ne ferions pas en votre considération, ma très-chère Mère? mais vous voyez l'impossible, ce qui fera changer votre désir, je m'en assure.
Je suis fort pressée de finir. Bonjour, ma Mère, ma trèschère, de tout mon cœur. Tenez-moi invariable en la dilection sincère que je vous porte en notre Sauveur et Maître. Priez fort pour mes nécessités, et pour tout notre petit Institut. Je demeure, ma très-chère Mère, votre, etc.
LETTRE CCIIÏ
A MADAME DU TERTRE
A LA VISITATION' DU ilOLLIÏS
Une grande ouverture de cœur envers la Supérieure facilite l'amendement et le progrès de l'âme.
VIVE j JÉSUS !
[Paris] 3 septembre 1619.
Ne vous Pavais-je pas assuré, ma très-chère Sœur, que vous trouveriez là un esprit qui vous contenterait et consolerait entièrement? Je prie Dieu qu'il vous fasse la grâce et vous donne la force de profiler au divin amour auprès de celte bonne Mère ', à laquelle je vous conseille et vous en prie, ma très-chère fille, de tenir votre cœur bien ouvert, afin qu'en connaissant ses maladies, elle puisse y apporter les remèdes convenables; vous en recevrez mille douceurs et consolations, outre le profit de votre came , qui est ce que nous devons rechercher par-dessus toutes choses; car, ma fille, cette vie est courte et l'heure d'en partir bien incertaine. Travaillons donc tandis que son jour dure, afin que nous puissions parvenir à la très-sainie éternité; c'est ce que mon cœur désire au votre, que je chéris cordialement, et suis entièrement, ma très-chère Sœur, votre, etc.
Conforme à une copie de i"originaI jjardé à la Visitation de Xevers.
1 La Mère Jeanne-Charlotte de Bréchard.