LETTRE CC IV
A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHAR1
SUPÉRIEURE A MOULINS
Saint François de Sales a quitté Paris ; on murmure contre lui à l'occasion d'un mariage. — Acquiescement de la Sainte au bon plaisir divin.
vive f jésus!
Paris, 17 septembre 1619.
Ma très-chère Soeur,
Voilà que l'on me demande si je vous veux écrire, et qu'il le faut faire tout maintenant; notre messe me presse, mais je ne saurais m'empêcher de vous dire l'extrême ressentiment que j'ai du mal de cette pauvre chère Sœur Marie-Catherine ' ; j'espère que notre bon Dieu en aura soin; il me tarde que j'en sache des nouvelles. Mais, ma très-chère Sœur ma mie, conservez-vous parmi tout cela et ne vous étonnez, ni troublez point; il faut que nos cœurs soient fermes et disposés à recevoir toutes les afflictions et tourments qu'il plaira à notre bon Dieu nous envoyer. J'espère que vous verrez bientôt Monseigneur; il partit dès jeudi -, en bonne santé, grâce à Dieu. Il reçoit ici une attaque pour un mariage dont plusieurs murmurent, et auquel il n'a contribué que ce qu'il devait; c'est un retour
1 Sœur Marie-Catherine Chariel fut l'une des premières professes de Moulins; en 1023, elle accompagna la Mère de Bréchard à Riom, et, après avoir gouverné ce monastère, elle entreprit la fondation de Metz. Bientôt après, les guerres de Lorraine l'obligèrent à transférer sa communauté àGuéret, et de làà Périgueux, où elle termina sa vertueuse carrière, en 1612. (Année Sainte, VIIIe volume.)
2 Saint François de Sales, après avoir quitté Paris, suivit à Angoulème le prince de Piémont , qui voulut y aller rendre ses hommages à Marie de Médicis, dont il venait d'épouser la fille, Christine de France; puis étant revenu à Amboise, où était la cour, il reprit le chemin de la Savoie en passant par Bourges, Moulins et Lyon.
digne du monde, et qui me toucherait douloureusement, si je n'avais la. confiance que Dieu le tient en sa spéciale conduite et providence; il faut acquiescer doucement au divin bon plaisir de Notre-Seigneur et lui remettre cette affaire. Adieu, ma mie ma très-chère Sœur; vivez contente de tout, et vous tenez audessus de tous les événements, vous reposant dans le sein de la divine Providence.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CCV (Inédite)