‹ Lettres (volume 3)Chapitre 162 sur 351 · A MADAME DE JARS · texte numérisé non relu

A MADAME DE JARS

Témoignages d'honneur et de religieuse amitié. — Félicitations du bonheur qu'elle aura de voir saint François de Sales.

VIVE -j- JÉSUS !

[Paris] 23 septembre [1619].

Ma très-chère Mère, notre bon Dieu vous donne s'il lui plaît une santé entière et console votre cœur de sa sainte consolation! Je vous assure, en vérité, ma très-chère Mère, que je ne savais pas que vous fussiez malade; seulement, lundi ou mardi je reçus une lettre de Mgr l'archevêque qui me le mandait; j'étais bien étonnée de ce que je ne recevais plus de vos lettres, mais aussi je n'en ai guère reçu de Bourges, depuis que ce bon pasteur s'en alla d'ici. Je ne demande pas, ma très-chère Mère, que vous me disiez vous-même votre mal , mais je vous prie de m'en faire écrire; j'en suis en peine. Je supplie notre bon Dieu de vous y soulager selon qu'il connaît vous être nécessaire, et vous donner abondance de toutes saintes bénédictions. Ce sera le continuel souhait que mon cœur fera pour le votre, que je chéris avec un honneur et un amour tout spéciaux.

Je me réjouis de l'espérance que j'ai que vous verrez Mgr de Genève, car l'on tient qu'ils passeront à Bourges, et je sais que vous en serez consolée. Prenez courage, ma très-chère Mère, faites tout ce qu'il vous sera possible pour votre soulagement, mais surtout ne laissez point abattre votre esprit; tenez-le joyeux et content de tout ce qu'il plaît à notre bon Dieu qui vous arrive, car la soumission amoureuse à son bon plaisir est l'unique et vrai remède de tous nos maux intérieurs et extérieurs.

Il me tarde que j'aie de vos nouvelles, et je vous assure, ma très-cbère Mère, que j'ai de la douleur de savoir que vous avez été si longtemps malade sans que j'en aie rien su. J'en ferai redoubler les prières, afin de regagner tant qu'il se pourra le temps qui s'est ainsi passé. Bonjour, ma très-cbère Mère; je vous prie derechef et vous en conjure de tenir votre esprit fort courageux et soumis à la très-sainte volonté de Dieu, auquel je suis pour jamais de tout mon cœur, ma très-chère Mère, votre très-humble, etc.

Très-humble salut à mesdames de Rhodes.

Conforme à une copie de L'original gardé à la Visitation de Xanlcs.

LETTRE CCVI

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

Annonce du passage de saint François de Sales à Bourges. — Tout doit se /aire par l'autorité de la Supérieure.

vive f: jèsus !

[Paris, 1619].

J'ai si grande joie de ce que vous verrez Monseigneur, notre très-cher et digne Père, que je ne sais que vous dire, sinon

que vous ïui parliez de tout, et il vous répondra pour moi. Ayez hardiment un esprit de sainte liberté, et croyez que je n'ai nulle intention, sinon que tout se passe avec suavité, gardant et employant selon votre discrétion et pour votre soulagement votre charge et son autorité, sous laquelle il faut que tout se passe et se fasse saintement et doucement.

Je n'ai pas le loisir de revoir votre lettre; si Monseigneur n'y fait réponse, je le ferai. Faites-lui tenir sûrement ce paquet; il il y a des lettres d'importance. Je salue chèrement votre cœur et celui de vos filles, particulièrement la petite brebiette [Sœur ?J. F. Thibaut] que j'aime tendrement, et la souhaite toute douce et soumise '.

LETTRE CCVII

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉGHARf)

SUPÉRIEURE A UOL'LIXS

Passage de saint François de Sales à Moulins. — Retrancher à madame du Tertre la liberté de parler et d'envoyer des lettres à i'insu de la Supérieure. — Il faut porter la crois amoureusement, paisiblement, et tout attendre de Dieu et de son secours.

VIVE y JÉSUS !

Paris, 26 septembre 1619.

Vous le ferez [ce que je vous ai conseillé], ma très-chère fille, vous le verrez, ce tout bon el très-cher Père de nos cœurs. S'il est encore là, vous lui donnerez cette lettre en le saluant

1 Après son passage à Bourges, le Bienheureux Évêque écrivit les lignes

suivantes à sainte de Chantai : « Mais, à vous dire vrai, j'ai trouvé la

» pauvre petite Mère Rosset si affaiblie de corps et si déchue, que je crois > qu'il la faudra retirer de dessous le fardeau. Cette pure colombe est bien » plus propre à demeurer avec son Bien-Aimé dans le trou de la masure » d'une cellule qu'à converser avec les hommes. Chacun admire sa vertu et a bien peu goûtent sa conduite. 0 ma Mère, il ne faut pas s'étonner de « cela; les âmes n'ont pas toutes la grâce de joindre l'actif au passif el. de « passer sans préjudice intérieur de l'un à l'autre. »

en la façon et suivant le cœur de votre Mère. Faites tous les jours faire des prières particulières pour ce voyage qui est grand et fâcheux, ce me semble, pour lui qui n'a pas accoutumé d'aller sur l'eau; mais Dieu qui l'a pris et fait pour l'enfant de son Coeur en aura soin. Vous vous éclaircirez de vos difficultés, et il vous dira, je m'en assure, qu'il faudra retrancher petit à petit, à cette damoiselle ', la liberté de parler à part et donner des lettres; car cela sans doute nourrirait son esprit en ses humeurs, ce qui n'est pas expédient. C'est bien fait, ma très-chère fille, de purger nos maisons; Dieu nous fasse la grâce d'accomplir en toute fidélité sa très-sainte volonté. Hélas! que je vous plains pour le trouble de cette pauvre fille! mais, ma très-chère Sœur, portez cette croix amoureusement, tant qu'il vous sera possible, Notre-Seigneur vous y confortera; ne vous tourmentez pas autour d'elle, commettez-lui une Sœur des plus douces et courageuses.

Si vous avez besoin de Sœurs blanches, je pourrais bien vous en envoyer une bonne et qui a joliment de commodités. Certes, si je vous pouvais aider et soulager en toutes façons, je le ferais de tout mon cœur. Croyez que nous aurions ici une effroyable charge, si Dieu ne [me] donnait la confiance qu'il la portera; c'est pourquoi je n'en ai point de peine. Priez pour mes nécessités particulières, croyez que je ne vous oublie pas, ni votre famille. Ecrivez-moi souvent, car ce m'est consolation de savoir de vos nouvelles. Nous avons remis le velours à madame d'Asy, car elle a dit qu'elle avait une marchande bien

1 Madame du Tertre, dont il est ici question, n'avait pas tardé à mettre le trouble dans le monastère qui l'avait accueillie; mais l'indulgence et la débonnaireté de saint François de Sales ne lui permirent pas de congédier cette pauvre àme. Il recommanda plutôt à la Mère de Bréchard de la traiter avec bonté et douceur, afin de la gagner à Dieu par les attraits d'une charité toute suave; c'est ce que fit cette vénérable Mère avec une affection conforme au respect qu'elle portait à son Bienheureux Père. (Histoire de la fondation de Moulins).

assurée pour le changer, parce que nous craignons à cause de cette peste. Bonjour, ma très-chère Sœur ma mie, et à votre hôtesse, et à toute la chère troupe. Dieu vous comble de bénédictions.

[P. S.] Je vous recommande, s'il vous plaît, ce paquet; car l'on m'a remis des lettres que Monseigneur serait marri qu'elles fussent égarées. Si Monseigneur n'est là, refaites un paquet. Je suis fort pressée.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCVIÏI

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON

Elle la félicite du bonheur qu'elle aura de pouvoir entretenir saint François de Sales, arrivé à Lyon. — La peste est dans Paris. — Admirable résignation de la Sainte. — Soubaits ardents pour la perfection de la Mère Favre, et crainte de la voir sortir de Lyon avant que le monastère jouisse des privilèges accordés par la Bulle de Paul V.

VIVE -J- JÉSUS

[Paris] 29 septembre [1619].

Vous voilà bien consolée, ma très-chère fille, de voir et de jouir un peu de notre très-cher Père ; je suis si soulagée de le sentir dehors de Paris, où cette maladie est si forte ', que cela

1 On lit dans la Fondation inédite du premier monastère de Paris : « En ces années 1619 et 1620, Dieu permit qu'une peste furieuse s'allumât dans Paris. La crainte du danger en éloigna non-seulement la cour, mais presque tout le monde, en sorte que l'herbe croissait dans les rues de cette grande ville, chacun ne pensant qu'à sauver sa vie et se mettre en sûreté. Il est aisé de comprendre que, dans une telle calamité, les aumônes qui faisaient subsister notre communauté naissante cessèrent entièrement, et, pour comble de disgrâces , nous étions environnées de maisons de pestiférés, et nous entendions tous les jours la clochette du chariot des morts qui passait devant notre porte et sous nos fenêtres. »

m'a rendu son départ plus doux. Ne craignez point pour nous, ma très-chère fille, quoiqu'elle nous avoisine ; mais priez bien soigneusement notre bon Dieu qu'il accomplisse sa très-sainte volonté en nous. J'ai cette confiance qu'il ne nous arrivera rien que ce qui lui plaira, et ce qui lui plaira nous plaira. Ainsi, s'il lui plaît, je vous écrirai souvent, et vous adresserai toutes mes lettres pour Monseigneur, qui m'a commandé de lui bien mander de nos nouvelles ; mais je voudrais que vous me donnassiez la meilleure adresse pour vous faire tenir nos lettres, et me mandez aussi par quelle voie vous me ferez tenir les vôtres. Quand M. Rousselet sera de retour en cette ville, son entremise sera bonne, car il a aussi un frère à Lyon.

Ma chère fille, je ne vous dirai point de nouvelles, je laisse cette commission à mon neveu de Boisy, et puis, certes, c'est uue chose que je n'aime guère: une seule aussi est nécessaire, qui est d'avoir Dieu : j'en ai un grand désir, de cet unique bonheur ; tout le reste n'est que fumée ; attachons-nous donc invariablement à cette sainte prétention. Écrivez-moi de votre cœur ; voici le temps que vous le reverrez : mon Dieu ! que je l'aime, ce cher cœur de ma très-grande chère fille ! Que je lui souhaite de générosité, de pureté, de perfection; bref, une sainte union avec le Coeur de son Dieu très-aimable et adorable. Adieu, ma fille, je vous donne mille fois le bonjour, et à toute votre chère troupe; je ne sais si Mgr de Lyon est retourné ; il voudra peut-être différer de réduire votre congrégation en monastère, et toutefois il est expédient que cela soit fait avant que l'on vous tire de là l : Monseigneur vous en aura parlé. Il faudra donc acheminer doucement celte affaire. Encore ce mot :

1 Mgr de Marquemont, qui le premier avait désiré pour la Visitation la clôture et les vœux solennels, fut cependant le dernier à mettre en vigueur la Bulle qui érigeait la Congrégation en Ordre religieux. L'espérance de faire adopter à la maison de Lyon le grand Office canonial motivait ce retard aux yeux de l'archevêque.

éprouvez bien vos filles avant que de leur donner la profession. Adieu, ma fille; je suis toute vôtre en Noire-Seigneur, vous le savez; il soit béni. — Jour de saint Michel.

Conforme à une copie do l'original gardé à la Visitation de Chambcry

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