LETTRE CCXI
A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÈCHARD
SUPÉRIEURE A MOULINS
Dieu ne laisse point sans secours une communauté où règne l'observance. — Tout le bien des maisons dépend des Supérieures. — 11 faut retrancher à madame du Tertre les correspondances et les conversations inutiles. — Demande de prières selon les intentions de saint François de Sales.
vive -J- JÉSUS !
[Paris, 1610.]
Je vous laisse à penser, ma très-chère Sœur ma mie, si je serais bien aise que la charité que Monseigneur vous a concédée s'accomplit ! n'en douiez nullement. Dieu ne laissera jamais sans pain la maison en laquelle il est servi. îl est vrai, si je ne
me trompe, que je vous entends en ce que vous me dites que bienheureux sont les humbles de cœur, touchant cette pauvre affligée d'esprit ; mais dites-le-moi plus clairement, afin que cette occasion me serve, car l'expérience est un grand maître.
Ce petit livre est très-bon ; faisons-en profit, je vous prie. 0 Dieu ! ma fille, cela est si très-vrai que tout le bien de ces maisons dépend des Supérieures, qu'elles ne sauraient assez être humbles et basses devant Dieu, sans la conduite duquel elles ne peuvent s'acquitter [de leur charge] ; mais aussi avec cette sainte conduite, [elles] peuvent tout bien. Vous voyez que ce n'est qu'un billet écrit sans loisir.
L'on m'a dit que votre hôtesse1 avait écrit à certains amis ou amies, et les priait de lui chercher une retraite en laquelle elle ne fût point sujette à ses parents ; je pense qu'il la faut un peu considérer en ses lettres et conversations avec les séculiers ; c'est une glose et un article sans lequel nous ne l'eussions pas retirée. Il la faut conduire doucement et l'observer.
Faites fort prier pour Monseigneur à ce que Dieu lui donne conseil en une chose de très-grande importance. Les autres maisons disent un Veni Creator le matin et font force communions pour cela. Priez aussi, je vous prie, pour les besoins de cette maison et de mes enfants; Dieu soit leur conduite. Je salue mademoiselle votre chère hôtesse, toutes nos bonnes et chères Sœurs, et surtout votre cœur bien-aimé, que je chéris trèscordialement, vous le savez ; je salue très-humblement le Révérend Père recteur et le bon confesseur; je me recommande à leurs prières et tous les amis.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
a Madame du Tertre.