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LETTRE CCXLV

A LA MÈRE JEANXE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

SUPÉRIEURE A MOULINS

Avantages temporels que la famille de madame du Tertre offre au monastère pour lui obtenir le titre de bienfaitrice. — Crainte et charité de la Sainte pour cette réception.

VIVE 7 JÉSUS.'

Paris, 28 avril 1620.

Ma très-chère fille,

Lanière de madame du Tertre vint hier et assez matin céans ; véritablement, elle témoigne de l'affection à sa fille et pense qu'elle a fait ce qu'elle a pu vers M. son mari, lequel enfin et finale résolution donnera à sa fille pour employer à son désir quatorze mille francs, moitié à l'entrée, moitié à sa profession ; mille francs de pension sa vie durant, et après son décès, six cents livres à la maison, rachetable de dix mille francs l. A la vérité, vu qu'elle a des entants, je trouve qu'ils lui *ont un bon parti, mais c'est à vous à considérer si cela sera battant pour commencer un monastère ; si tout n'est fort cher à Neuers, il me semble qu'il suffira. A la vérité, je ne sais pas les raisons pourquoi ils ont retranché ces deux mille écus, mais je sais bien que nous prenons une grande charge de nous obliger à laisser cette bonne damoiselle parmi nous avec les privilèges de fondatrice. Toutefois, il ne se faut point départir de notre résolution , espérant que Dieu en sera glorifié au salut de cette pauvre àme, et vous faut essayer de la conduire et traiter le

1 Madame du Tertre poursuivant son projet d'aller à Nevers , ses parents lui accordèrent tous les avantages temporels qu'elle pouvait désirer, pour la faire jouir dans le monastère des privilèges de fondatrice. Sainte de Chantai pressentait, on le voit, combien la réception d'un tel sujet serait onéreuse à l'Institut; mais, fidèle aux intentions de son Bienheureux Père, qui lui avait recommandé de prendre un soin tout spécial de cette pauvre âme, elle fit un acte d'héroïque abnégation, en priant la Mère de Bréchard de l'admettre dans sa communauté.

plus doucement et cordialement qu'il vous sera possible avec Messieurs ses parents qui promettent des grandes assistances et reconnaissances, comme je pense qu'ils en feront. Vous savez, ma très-chère Sœur ma mie, comme il faut manier délicatement cette bonne damoiselle pour ne point la laisser altérer et la faire acquiescer doucement. J'ai vu, par une lettre qu'elle écrit à mademoiselle d'Asy, le grand désir qu'elle a de faire ici un voyage, devant, dit-elle, qu'elle s'enferme. Certes, je ne trouve nullement cela à propos qu'elle vienne ici faire ces montres. Si vous pouvez détourner cela, je pense que ce serait un grand bien. Néanmoins, il ne faut pas lui témoigner que l'on se méfie d'elle, comme l'on ne fait pas aussi. Mademoiselle d'Asy lui en écrit; car tous ceux qu'elle désire voir l'iront plutôt trouver.

Je suis fort lasse d'écrire, et du grand tracas que nous avons en cette maison. Hélas ! nous venons démettre dehors la première et la plus riche fille que nous eussions reçue; mais plutôt mourir que de manquer de fidélité à notre cher Institut, gardant des esprits qui ne lui sont pas propres. Mon Dieu ! ma chère amie, priez bien pour nous, afin qu'en tout et partout sa sainte volonté soit accomplie ! Amen. Je salue chèrement la chère fille du Tertre, et toute la bénite troupe. Je prie Dieu qu'il y répande ses bénédictions. Vous savez que je suis toute à vous en Noire-Seigneur. Qu'il soit béni éternellement ! Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCXLVI

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