‹ Lettres (volume 3)Chapitre 181 sur 351 · ASSISTANTE A LVOV · texte numérisé non relu

ASSISTANTE A LVOV

Dieu fait toujours son œuvre dans une âme humble, simple et conflan

vive -j- JÉSUS !

[Paris, 1620.]

Dieu soit béni, ma très-chère fille, de ce que notre lettre vous a donné quelque lumière! A Dieu soit toute gloire et honneur. Amen. Faites comme vous me dites, ne craignez rient n'appréhendez rien, sinon le péché; faites simplement le mieux, le plus soigneusement que vous pourrez, demandant toujours à Noire-Seigneur la lumière, et vous abaissant devant Lui, avec confiance parfaite, qu'il fera en vous et par vous sa sainte volonté.

Demandez à ma Sœur1 tout ce qu'il vous semblera devoir savoir d'elle pour la conduite, surtout avec Mgr [de Lyon]; mais, croyez-moi, Dieu sera votre conduite et votre guide, si en tout vous vous tenez humble et basse devant Lui, ayant un extrême support et douceur envers le prochain ; car voilà le grand point.

Vous me dépeignez fort bien notre Sœur Jéronyme. Je crois que ces esprits-là se purifient et s'humilient dans les charges, et pourvu qu'elle ait reconnaissance de ses défauts, et volonté bonne avec désir de rendre quelque service à Dieu, je pense qu'il lui serait utile de la relever sous une bonne et judicieuse Mère; elle l'a bien comme il lui faut; mais, à cause des impressions anciennes, je crois qu'une autre lui profiterait plus. Oh ! cela dépend de la Supérieure que l'on destinera ici. Mandez-

1 La Mère Marie-Jacqueline Favre devait aller faire la fondation de Montferrand et laisser Sœur Marie-Airnée de Blonay Supérieure à Lyon.

moi si elle fait grande estime de nos Sœurs Claude-Agnès [de la Roche], et Anne-Catherine [de Beaumont], car l'une de ces deux restera ici1, et pour moi je crois que Monseigneur [de Genève] m'y laissera encore bon espace de temps; je lui en vais écrire, afin qu'il le considère. Cependant, faites beaucoup prier pour cela.

A ma pauvre Sœur Anne-Françoise [Chardon] un très-cordial salut et à notre Sœur Claude-Marie [de la Martinière]; je l'aime et l'estime grandement. Je crois qu'elle fera très-bien , Dieu sera leur conduite. Qui ferez-vous maîtresse des novices? Je suis grandement aise de notre Sœur Anne-Louise [de Villars], je l'aime tendrement et toutes vos chères novices. Je les salue chèrement, suppliant notre bon Dieu de les conduire de sa main paternelle, en la voie où il les a mises, avec un esprit de parfaite simplicité. Priez pour nous; nous avons ici de bonnes filles aussi, et d'autres qui sont fort médiocres. Que faire, sinon le mieux qu'il se pourra? Adieu, ma fille, notre grand Dieu vous rende toute sienne. Puisque la lettre dernière que je vous ai écrite est selon votre esprit, tâchez de vous la rendre utile, croyant que Dieu me l'a donnée pour votre consolation et utilité.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 On voit que la Sainte était encore indécise sur le choix à faire d'une Supérieure pour Taris.

LETTRE CCXLVIÏ

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

Aux monastères qui observent bien la Règle, Dieu ne laissera pas manquer du nécessaire. — Respect pour la clôture, — Ne point recevoir d'enfants trop jeunes. — Caractères des vraies inspirations de la grâce.

vive -J- JÉSUS.'

Paris, 1620.

Ma très-chère Soeur,

Dieu soit votre paix en toutes choses! Il faut avoir un grand courage pour aider cette pauvre fille et pour supporter tout ce qu'il plaît à Dieu qu'il nous arrive. Enfin, si nous suivons bien notre Institut, ne doutons point, Dieu ne nous laissera avoir faute de ce qui nous sera nécessaire. 11 permet que les contradictions et afflictions arrivent pour nous éprouver et unir à Lui plus fortement. Or enfin, si cette fille continue, il faut prendre l'avis du Père recteur, lequel en cela n'est pas trompé, car il a toujours cru qu'elle ne persévérerait pas et plusieurs autres aussi ; la maison n'en recevra point de tare.

A la vérité, je voudrais que madame de Jars entrât toute seule; mais il n'y a que le Père recteur qui puisse faire cela et gagner sur son esprit qu'elle soit moins escortée. Je les resalue, tous ces bons Pères, et très-chèrement.

Ma très-chère Sœur, ayez un grand courage ; remettez continuellement et vous et cette chère petite famille entre les mains de Dieu. Les commencements sont toujours difficiles; n'auezvous pas vu la maison de Lyon et celle de Moulins? mais enfin Dieu les exalte. Dites à toutes ces très-chères filles que je les chéris très-cordialement, et les conjure de cheminer fidèlement et simplement en leur voie, car elle est très-bonne. Dites-leur quelquefois des paroles d'amour de ma part, et à nos chères professes que j'aime bien; faut qu'elles redoublent le pas, que

l'on serve Dieu, Notre-Dame, saint Joseph et saint Augustin. Pour la fille de M. de Lissay, en vérité, on lui ferait tort de la mettre maintenant en notre maison; si nous ouvrions cette porte, ce ne serait jamais que pour elle, tant nous connaissons être obligées à M. de Lissay et encore à cette bonne dame! mais qu'il se contente de notre bonne volonté; les Pères Jésuites peuvent beaucoup en cela. Enfin, il ne faut pas requérir de ses amis ce qu'ils ne doivent donner.

Ayez patience pour ce qui est de votre autel, Dieu y pourvoira, et à ce qui sera requis pour votre nourriture. Souvenezvous du premier document que le bon Père recteur vous donna, de ne vous point plaindre de la nécessité. Il n'en faut donc rien dire, si ce n'est quand elle pressera, que tout cordialement, humblement et franchement, vous le direz aux chers amis, et secrètement. Enfin, si Dieu veut que nous souffrions pour son amour et service, n'est-ce pas un honneur trop précieux? Agrandissez le courage de vos filles, et que la chère Sœur Françoise-Gabrielle aide à cela, car je désire que nous soyons de vraies amazones spirituelles : il faudrait être ici quelque chose de plus. Oh! quelle consolation de n'avoir appui quelconque, ni fondement, que la seule Providence de Dieu!

[P. S.] Cette pauvre fille l est digne de compassion. 0 Dieu! si elle avait une véritable inspiration d'être Carmélite, elle ne serait pas turbulente et pleine de censures, d'opiniâtretés et de propre jugement, ains elle serait toute douce et aimerait le bien qui est en notre manière de vie, et demanderait avec humilité et tranquillité celui auquel elle serait plus attirée. Certes, si elle continue, je crois que le plus tôt sera le meilleur, de la renvoyer, mais avec le conseil des Pères. Je salue madame Thibaut et nos amis et amies.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rossel elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy,

1 II s'agit d'une novice.

Page 1