LETTRE CCLIV
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A LYOM
Religieuse exactitude et fermeté de la Sainte à ne pas aller au parloir pendant
l'Office; agir ainsi, c'est édifier les séculiers sans manquer aux égards qui leur
sont dus.
vive 7 JESUS !
[Paris, 1620.]
Où ctes-vous mon enfant, car il y a déjà si longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles, trois semaines, ce me semble, et, quand je passe quinze jours, le temps m'est long, quoique non pas ennuyeux. Eles-vous déjà en votre nouvelle ruche?1 lime tarde de
1 « La fondation de Montferrand fut procurée par la pieuse comtesse de Dalet, qui, restée veuve fort jeune et animée d'un ardent désir de se consacrer à Dieu, voulut se ménager une retraite pour s'y retirer, aussitôt qu'elle aurait pourvu à l'éducation de ses enfants. La Mère Marie-Jacqueline Favre arriva à Montferrand le G juin 1620, avec ses coopératrices : les Sœurs Anne-Françoise Chardon, (professe d'Annecy), Claude-Marie de la Marlinière , Marguerite-Elisabeth Sauzion .et Anne-Marie Chevalier, professes de Lyon. Le lendemain, rétablissement se fit avec grande consolation et édification de la ville et des Religieuses. » (Fondation de Montferrand.)
Is savoir et comment la petite Supérieure [Sœur M. -Aimée de
Blonay] fera en votre absence.
Si Monseigneur est à Turin ou en chemin, adressez promptement mes lettres à M. le président, afin qu'il les lui fasse tenir, car elles sont d'importance. Je vis l'autre jour le très-cher frère qui meurt d'envie de vous voir ; il est bon et brave; il prit la peine de venir deux fois coup sur coup, parce que la première fois j'étais à Vêpres, et, si ce n'est quelque prélat ou Père de religion de grande importance, Ou des princesses, l'on dit que nous sommes à l'Office, et je n'en sors point, quoique je me fasse avertir, afin de juger ce qu'il faut faire, si ce sont personnes de telle qualité que l'on n'ose les faire attendre. Je vous dis ceci afin que vous en fassiez de même, ma très-chère fille, et toutes les autres Supérieures ; car, autrefois, je ne l'osais faire, j'avais tant de crainte de déplaire; mais nos Règles me lient, et je le leur dis; c'est pourquoi, au lieu de leur donner de l'ennui d'attendre, ils sont fort édifiés; car enfin, si l'on ne fait cela, on serait accablée, perdue et distraite, plus que si l'on était séculière. Oh! certes, je ne suis pas venue ici pour ne rien faire de ce que je dois en ma condition, et si ce ne sont de ces personnes susdites ou des affaires extrêmement nécessaires, quand l'Office sonne, je dis adieu, et cela s'observe par toutes nos Sœurs encore mieux et exactement. Ne fais-je pas bien, ma fille? De vrai, je n'aurais aucun moyen de récollection autrement.
Adieu, ma très-chère fille, je salue chèrement notre petite directrice et toute la chère troupe, à quije souhaite l'abondance des bénédictions.
[Sur l'adresse on lit ces lignes : \ Pour la Sœur de Blonay. Ouvrez cette lettre, ma chère fille ma mie, si notre Sœur n'y est pas, et faites tenir mon paquet sûrement, m'envoyant aussi les autres que vous recevrez par la voie ordinaire.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.