LETTRE CCLIII
A MADAME DU TERTRE
A MOULINS
La correspondance à une grâce en attire d'autres. — Souffrir avec patience les difficultés suscitées par sa famille.
VIVE 7 JÉSUS
Taris, l"juiii 1620.
Oui, celles, ma très-chère fille , et je vous le dis derechef, que Dieu vous tient de sa bonne main. Je Je supplie, par son infinie douceur, de parachever en vous ce qu'il a commencé. Correspondez fidèlement et suavement, ma très-chère fille, et vous recevrez de si grandes faveurs, que votre âme se fondra en bénédictions de douceur et d'amour, dont une once vaut mieux que tout ce que des millions de mondes pourraient nous donner, amour qui dure éternellement et qui est l'éternité et le Dieu de l'éternelle gloire. Je vous souhaite ce bonheur, ma fille, et prie Dieu de toute mon affection d'en combler votre cher cœur.
Vous voyez comme je cours et n'ai quasi le loisir de former mes lettres; c'est pour vous dire qu'il faut que vous ayez un peu de douce patience pour votre affaire, en laquelle, certes, votre chère mère l fait des merveilles à témoigner de l'affection pour vous ; c'est elle qui amène tout à raison. La bonne femme a été malade et l'est encore. Elle nous a envoyé ce malin un de messieurs vos beaux-frères ; je ne me souviens pas de son nom ; il vous affectionne fort, et m'a dit que je vous assurasse que madame votre mère était tellement changée envers vous qu'il ne se pouvait dire davantage.
Ils font une assemblée de parents, et veulent qu'enfin ce contrat se fasse ici dans cinq ou six jours, ou huit, si la bonne
1 La mère de madame du Tertre.
fête [de la Pentecôte] ne se trouve parmi, en laquelle on ne pourra y travailler. Ce sont des personnes qui font tant de considérations, que j'eusse fort désiré que le contrat se lut fait vers vous. Dieu, par sa bonté, y mettra sa bonne main. Cependant, ma très-chère fille, demeurez bien en paix, assurée que nous avancerons l'affaire tant que nous pourrons.
Dieu soit votre tout, ma très-chère fille. Je suis en Lui, trèsassurément,
Votre plus humble sœur et servante cordiale.
onforrae à une copie de l'original gardé à la Visitation de devers.