LETTRE CCLXXIX
A MADAME DU TERTRE
A MOULIXS
Grandeur et sainteté de la vocation à la vie religieuse.
vive -J- JÉSUS !
[Taris , août 1620.]
Oh ! ma fille toute chère, ayez un grand courage et dites fermement : Je puis tout en Celui qui me fortifie. Oui, ma fille, Celui qui vous a donné les désirs de vous sacrifier à son amour éternel, aura le soin de perfectionner son ouvrage 5 mais il faut avoir une confiance toute filiale et enfantine à ce très-bon Père céleste, qui vous a fait l'honneur et la grâce de vous avoir tirée de l'enfer (je nomme ainsi le monde), pour vous mettre en sa maison, en son jardin de délices, comme une plante d'amour et de l'amour de son Coeur céleste, pour, puis après, vous transplanter en son parterre sacré, et là, vous faire jouir à l'éternité des délices de sa gloire. 0 ma fille ! que cette grâce est précieuse! Oui, je vous en prie, sacrifiez-vous à tous les travaux que votre nature vous fait appréhender, et que peutêtre elle vous fera souffrir. Bienheureuse, ma fille, de rendre à notre Sauveur travaux pour travaux , vie pour vie, amour pour amour, autant qu'il nous est possible, selon notre petitesse.
Oh! courage donc, ma fille, et l'employez, ce courage, à supporter encore la mortification de l'absence de vos proches à votre réception à l'habit; leur excuse est légitime, car les mouvements de guerre effrayent tout. Que cela ne vous trouble
point, ma fille : Dieu et ses Anges sont nos parents, la trèssainte Vierge, notre mère; et puis nos Sœurs et votre bonne Supérieure vous seront vraies mère et sœurs, et nous vous accompagnerons de nos prières et de toute la cordiale dilection que vous pouvez et devez désirer, étant, certes, vôtre sans
réserve.
Dieu soit, béni!
[P. S.] Je salue très-cordialement et très-humblement madame ***, je viens de perdre son nom, la fille de M. le gouverneur. Excusez ma mauvaise écriture , je n'ai loisir de former mes lettres.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de ftevcrs.