MOXSIEUR ET MON CHER FRÈRE
Dieu soit béni ! Je ne doute point que sa divine majesté ne tire sa plus grande gloire de toutes les petites traverses qui se sont passées, et que notre chère Sœur Marie-Aimée ne réussisse [à devenir] une très-bonne servante de Dieu. J'avoue que j'en ai un grand désir, et la connaissance qu'elle m'a donnée, par la communication qu'elle m'a faite, des grâces et faveurs qu'elle a reçues de Dieu, me sollicitera continuellement à la conjurer de correspondre fidèlement. Qu'elle sera heureuse, cette chère âme, si elle persévère saintement!
Je suis grandement marrie que les premières lettres de notre bon Père, Monseigneur de Genève, se soient égarées. Vous en aurez reçu maintenant d'autres, ainsi qu'il me l'écrit par les siennes du neuvième de ce mois, où il reconfirme qu'au moins les dix mille francs doivent demeurer à Nevers. Et je vous dirai confidemment, mon très-cher frère, que j'ai été consolée de voir les
raisons qu'il marque pour cela, quasi (quoique plus saintement exprimées) semblables à celles que je vous ai écrites. Or sus donc, je m'assure que la bonté de votre cœur vous fera tout employer pour persuader cette chère Sœur, si elle en a besoin, afin que doucement et cordialement elle acquiesce à l'inclination du très-digne Père et de sa chétive très-indigne Mère.
Un mot de la pauvre Supérieure; écrivez-moi franchement, mon très- cher frère, ce que vous en avez su. Ce cœur (et me croyez plus que le monde), c'est un bon cœur, plein d'honneur et de piété. Si quelque petite altération parait, écrivez-le moi confidemment. Vous voyez si je vous tiens pour mon cher frère; et me croyez encore de ceci, que j'aperçois, il y a longtemps, quelques esprits plus curieux que charitables; mais je n'en veux pas dire davantage. Jésus sait tout, il aura soin de ses servantes; je vous les recommande toujours, mon très-cher frère, soyez à jamais leur bon Père, je vous en prie.
Je n'ai pas le loisir de bien former mes lettres, mais croyez que je suis entièrement, Monsieur mon très-cher frère,
Votre très-humble sœur et servante en Notre-Seigneur.
[P. S.] L'on m'a fait entendre que l'on croyait, à Moulins, que notre Sœur Jeanne-Charlotte désirait ardemment que les dix mille francs , voire davantage , demeurassent à Nevers. Croyez, en vérité, que cela n'est point, et je vous assure qu'au contraire elle a poursuivi pour Moulins.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.
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LETTRE CCLXXXIÏ
A LA MÈRE JEAWE-CHARLOTTE DE BRÉGHARD
SUPÉRIEURE A MOULINS
Les difficultés des affaires temporelles ne doivent en rien troubler la pais, le calme et l'union des cœurs.
vive -f- JÉSUS !
Paris, 24 août 1C23.
Dieu soit béni, ma très-chère fille ma mie, de tout ce que vous me mandez, que tout est bien calme par delà. Au nom de Dieu, que la réunion des cœurs soit faite entièrement, car sans cela il s'échappera toujours quelques paroles qui ne seront pas d'édification. Prenez simplement ce que je vous dis, ma trèschère amie, et en faites profit; que vos paroles, que votre visage, que voire cœur, que tout cela ne ressente que douceur, je vous en conjure; que les choses passées s'oublient parfaitement, et maniez le cœur de cette chère Sœur Marie-Aimée [de Morville] comme aulrefois; que tout ombrage soit levé, je vous en prie, ma très-chère Sœur. Vous devez, derechef, avoir reçu des lettres de Monseigneur, qui m'écrit les raisons raisonnantes pourquoi il faut laisser ceux de Nevers au pays; j'en écris à M. de Palierne et à la chère Sœur. Si la fille vient, nous la considérerons. Je suis bien aise que notre chère Sœur F. -J. ' vous contente, c'est un bon et brave cœur; je ne sais si elle a reçu celle que je lui écrivis il y a quelque temps.
Certes, vous devez procurer que la visite [canonique] se fasse; parlez un peu au Révérend Père Jésuite comme vous pourrez faire cela; si vous aviez là quelque brave ecclésiastique, il le faudrait appeler avec le Supérieur. Faites tenir notre lettre à notre chère Sœur Marie-Jacqueline [Favre]. Nos Sœurs sont
1 Sœur Françoise-Jéronyme de Villelte, professe de Lyon, prêtée à Moulins. (Voir la note de la lettre XLII, p. 67.)
ANNÉE 1620. 4Gfl
encore ici, mais je crois qu'elles iront bientôt. Je suis sans loisir, ma très-chère fille; vous savez que suis vôtre, certes, je le suis sans réserve.
Dieu soil béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.