AUX SOEURS DU MONASTÈRE DE LA VISITATION D'ANNECY
Affectueux encouragements à observer la Règle.
VIVE f JÉSUS !
Lyon, 16 février 1(3 lô.
Excusez-rnoi, je vous supplie, mes très-chères et très-bonnes Sœurs, si je ne réponds pas à chacune en particulier; la faveur que vous m'avez faite le mérite bien, et mon affection le voudrait, mais ma tête ni mon loisir ne me le permettent; aussi bien je ne vois aucune nécessité en pas une, dont je loue Dieu. Persévérez en vos bons désirs, croissez vos bonnes œuvres, et vous rendez tous les jours plus fidèles et affectionnées à l'observance de vos saintes Règles, et me croyez qu'en ceci seul vous devez avoir tout votre soin; n'étendez donc [point] votre vue ailleurs, et soyez assurées que vous cheminerez assurément et ferez un bon et très-heureux voyage. Dieu, par son infinie miséricorde, vous visite et donne sa très-sainte bénédiction, pour parfaitement accomplir sa très-sainte volonté ! C'est ce que je vous désire de toute mon àme, qui vous chérit toutes en général, et chacune en particulier très-parfaitement, trèscordialement et plus chèrement que vous ne sauriez jamais
1 Sainte Jeanne-Françoise de Chantai avait quitté Annecy le 2G janvier 1615, pour aller fonder le monastère de Lyon, accompagnée des Sœurs Marie-Jacqueline Faire, Péronne-Marie de Châtel et Marie-Aimée de 151onay. Pendant son absence, Sœur Jeanne-Charlotte de Bréchard gouverna le monastère d'Annecy en qualité d'assistante.
penser. Je dis de tout mon cœur à toutes, toutes généralement, autant à celles qui n'ont point écrit : Dieu vous bénisse, mes très-chères filles! Dieu soit notre seul amour et prétention ! Amen. Priez, je vous supplie, pour les nécessités de votre pauvre Mère qui vous est très-affectionnée, et servante plus humble et indigne en Xotre-Seigneur.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d Annecy.
A LA SOEUR JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉGHARD
ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES A ANNECY '
Souhaits ardents pour la perfection de ses filles. — Confiance sans bornes en la direction de saint François de Sales. — Avis pour une confession générale. — Recommandation d'écrire les Entretiens faits à la communauté d'Annecy.
Lyon, 1615.
Que nous sommes heureuses, ma très-chère fille, de nous savoir si bien aimer en Dieu! car assurez-vous que je corresponds sincèrement à votre affection, laquelle j'envie et chéris de tout temps, vous le savez; et plût à la divine bonté que je pusse vous en rendre les témoignages que je désire et à toutes nos chères Sœurs, la perfection desquelles m'est plus précieuse
1 La Vénérable Mère Jeanne-Charlotte deBréchard, troisième Religieuse de la Visitation , descendait de deux nobles familles de Bourgogne , les Bréchard et les Machecop; mais cette âme, destinée à honorer les abaissements du Verbe incarné, ne connut jamais l'éclat des grandeurs mondaines. Du berceau à la tombe, fidèle compagne de Jésus-Christ, elle participa à l'indigence de la crèche, aux privations et à la dépendance de Nazareth, aux persécutions et aux calomnies de la vie publique, et enfin aux humiliations et à la mort du Calvaire. Cette vénérable Mère fonda les monastères de Moulins et de Riom, au milieu des plus rudes traverses : mais toujours elle fut supérieure aux épreuves, par sa soumission; aux travaux, par son courage; aux difficultés, par sa constance; aux infirmités, par son amoureux
que mille mondes et mille vies, et, si je les avais, je les quitterais de tout mon cœur, si par ce moyen je pouvais leur acquérir un petit avancement au souverain amour de notre doux Sauveur.
Je suis très-aise de quoi mon bon et très-honoré Seigneur vous communique de nos nouvelles. Ne vous tenez point en peine, ma chère fille, je vous supplie, pour ce qui est de ma santé : elle va assez bien, grâce à Dieu; et puis, assurez-vous que Notre-Seigneur ne me donnera pas plus de charge que je n'en pourrai porter. Hélas! vous m'attendrissez quand vous me parlez de me revoir en notre pauvre petite retraite d'Annecy qui est mon lieu de suavité et de repos, puisqu'il possède l'unique trésor de mon cœur, voire, et je le puis dire à vous, tout mon bien spirituel en Jésus-Christ, en la personne de notre très-honoré Seigneur et Père. Néanmoins, je suis trèscontente de demeurer ici, autant qu'il plaira à la divine majesté; trop heureuse et honorée de pouvoir, par le moyen de sa sainte grâce, pâtir la privation d'un bien qui m'est précieux, comme lui seul sait, et pour le seul amour de sa très-sainte volonté, qui sera à jamais, s'il lui plaît, le grand et souverain amour de notre amour. Hé ! Dieu, ma fille, que nous serons heureuses en cette béatitude, où l'une des félicités qui m'a toujours été des plus amiables est cette perpétuelle société! Mais ce n'est
abandon au divin bon plaisir. «Dieu a conduit celte âme, (écrivait sainte de » Chantai), par des voies de grandes et extrêmes souffrances intérieures et >; extérieures, et par plusieurs autres afflictions qu'elle reçut toujours hum- » blenient, religieusement et héroïquement de la main et du Coeur de son » bon Père céleste; car, à ce grand et très-rare esprit que Xotre-Seigneur » lui avait donné, elle avait, avec la divine grâce, joint la très-sainte hu- » milité, en sorte que l'on peut dire : C'était une vraie humble de cœur, » (lui ne présumait rien de soi, mais attendait tout de Dieu ; aussi Dieu ne » lui a-t-il pas manqué, puisqu'elle est parvenue à une perfection vraiment » rare et admirable. » Elle décéda à Riom le 18 novembre 1637, en grande odeur de sainteté.
pas pour cela que nous la désirerons, ni pour toutes ses autres excellences; ains pour le très-pur amour du Sauveur, pour lequel que ne devons-nous pas entreprendre? Au moins, humilions-nous très-profondément. Demandez instamment cette grâce pour moi, afin que je me puisse parfaitement anéantir. Que je serai consolée, ma très-chère Sœur, quand vous aurez bien vidé votre cœur devant ce digne Père, par une confession générale ! Ayez un grand courage pour faire cette action; j'espère de la bonté de Dieu qu'elle vous sera très-profitable : c'est peut-être la meilleure action que vous puissiez faire en cette vie. Nous vous assisterons de nos petites prières, et vous conjure qu'en ce temps-là vous priiez bien Notre-Seigneur pour nous; car je crois qu'il vous donnera tout ce que vous lui demanderez. Mais savez-vous, ma fille, quand mon unique Père aura suffisamment parlé à toutes nos chères Sœurs en particulier, je vous prie, quand il vous viendra voir avec un peu de loisir, que vous le fassiez parler en commun l, si toutefois il l'a agréable, afin que nous puissions avoir quelques miettes de
l'abondance de vos consolations.
Votre, etc.
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère de Bréchard. Archives de la Visitation d'Annecy.
1 Les Religieuses d'Annecy recueillirent soigneusement les exhortations que leur faisait le B. Évêque ; telle fut l'origine de l'admirable livre intitulé : Entretiens de saint François de Sales.